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LES VEDAS ET LA BIBLE – partie 4

Nous lisons, plus loin, le judicieux conseil donné aux étudiants des hymnes du Rig-Véda, de réunir, de collationner, de passer au crible et de rejeter. « Qu’il étudie les commentaires, les Sûtras, les Brahmanas, et même les ouvrages plus récents, afin d’épuiser toutes les sources d’où il pourrait tirer ses informations. Il [l’étudiant] ne doit pas mépriser les traditions des Brahmanes, même là où leurs fausses conceptions… sont palpables… Il ne doit laisser inexploré aucun recoin des Brahmanas, des Sûtras du Yaska et du Sâyana, avant d’imposer sa propre interprétation… Après que le savant aura complété son œuvre, c’est au poète et au philosophe de la reprendre et de la terminer (101) ».

Quelle chance aurait un « philosophe », s’il voulait chausser les bottes d’un philologue et se permettre de corriger ses erreurs ? Comment le public lettré d’Europe et d’Amérique accueillerait-il le plus savant des érudits hindous, s’il se permettait de relever l’erreur d’un savant qui aurait passé au crible, accepté, rejeté, expliqué et déclaré ce qu’il y avait de bon, ou ce qui était « enfantin et sot » dans les écritures sacrées de leurs ancêtres ? Ce qui aurait été déclaré « une fausse interprétation brahmanique » par le conclave des savants européens et tout particulièrement des allemands, aurait aussi peu de chances d’être reconsidéré à la demande des pandits les plus érudits de Bénarès ou de Ceylan, que l’interprétation des Ecritures juives de Maimonide et Philon le Juif, par les Chrétiens, après que les Conciles de l’Eglise eurent accepté les fausses traductions et les explications d’Irenee et d’Eusebe. Quel est le pandit hindou, ou le philosophe indigène qui soit aussi bien au courant du langage, de la religion ou de la philosophie de ses ancêtres qu’un Anglais ou un Allemand ? Ou pourquoi permettrait-on plutôt à un hindou d’exposer la doctrine des brahmanes, qu’à un savant rabbin d’interpréter la religion judaïque ou les prophéties d’Isaie ? Sans doute avons-nous chez nous des traducteurs bien plus capables et bien plus dignes de foi ! Espérons, néanmoins, qu’on rencontrera enfin, si même ce ne doit avoir lieu que dans un avenir très lointain, un philosophe européen, capable de passer au crible les Ecritures sacrées de la religion-science, sans être contredit par tous les autres de son rang.

Entre temps, essayons nous-mêmes de passer au crible quelques-uns de ces mythes de jadis sans nous inquiéter de l’opinion des prétendues autorités en la matière. Nous en chercherons l’explication dans l’interprétation populaire, et nous éclairerons le terrain à l’aide du flambeau magique du Trismégistele mystérieux nombre sept. Il doit y avoir une raison pour que ce chiffre ait été universellement accepté comme calcul mystique. Chez tous les peuples de l’antiquité, le Créateur, ou le Démiurge a été placé au-dessus du septième ciel. « Et si j’avais à aborder l’initiation à nos Mystères sacrés », dit l’Empereur Julien- le Cabaliste, « que les Chaldéens instituèrent à l’instar de ceux de Bacchus par rapport au Dieu des sept rayons, élevant les âmes par Lui, je dévoilerais des choses ignorées, et inconnues de la populace, mais bien connues des bienheureux Théurgistes (102). » Dans Lydus il est dit que « les Chaldéens nomment le Dieu IAO, et il est souvent appelé SABAOTH, comme Celui qui est au-dessus des sept orbites (cieux ou sphères), c’est-à-dire le Démiurge (103).

C’est des pythagoriciens et des cabalistes qu’il faut apprendre à connaître la puissance de ce nombre. Exotériquement, les sept rayons du spectre solaire sont représentés d’une manière concrète dans le dieu Heptakis aux sept rayons. Ces sept rayons, résumés en TROIS rayons primitifs, c’est-à-dire, rouge, bleu et jaune, composent la trinité solaire, et représentent respectivement la matière esprit, et l’essence-esprit. La science aussi a dernièrement réduit les sept rayons à trois primordiaux, corroborant ainsi la conception scientifique des anciens, au moins d’une des manifestations visibles de la divinité invisible, le sept se divisant en quaternaire et trinité.

Les pythagoriciens nommaient le nombre sept le véhicule de la vie, parce qu’il contient le corps et l’âme. Ils l’expliquaient en disant que le corps humain est composé de quatre éléments principaux, et que l’âme est triple, car elle comprend raison, passion et désir.

La PAROLE ineffable était considérée la Septième, la plus élevée de toutes, car il y a six substituts mineurs, appartenant, chacun, à un degré de l’initiation.

Les Juifs empruntèrent leur Sabbat aux anciens, qui l’appelaient le jour de Saturne et lui attribuaient une influence fâcheuse ; et non ceux-là aux Israélites après leur conversion au christianisme.

Les nations de l’Inde, de l’Arabie, de la Syrie et de l’Egypte avaient des semaines de sept jours ; et les Romains apprirent le système hebdomadaire de ces pays étrangers lorsque ceux-ci furent assujettis par l’Empire. Ce ne fut, néanmoins, qu’au IVème siècle qu’on abandonna les calendes, les nones et les ides de Rome pour y substituer la computation par semaines ; et les noms astronomiques des jours : dies Solis (jour du Soleil), dies Lunx (jour de la Lune), dies Martis (jour de Mars), dies Mercurii (jour de Mercure), dies Jovis (jour de Jupiter), dies Veneris (jour de Vénus), et dies Saturni (jour de Saturne), prouvent que ce ne fut pas d’après les Juifs que l’on adopta la semaine de sept jours. Mais avant d’examiner ce nombre au point de vue de la cabale, analysons-le au point de vue du Sabbat judéo-chrétien.

Lorsque Moise institua le yom shaba ou Shebang (le Shabbath) l’allégorie du Seigneur Dieu se reposant le septième jour de son œuvre de création, n’était qu’un masque, ou, ainsi que s’exprime le Sohar, un écran pour cacher son sens véritable.

Les Juifs calculaient alors, comme ils le font encore aujourd’hui, leurs jours par des nombres : premier jour ; second jour et ainsi de suite ; yom ahad ; yom sheni ; yom shelisho ; yom rebis ; yom shamishi ; yom shishehi ; yom SHABA.

« Le sept שבע hébraïque, composé des trois lettres S.B.O. » a plus d’une signification. En premier lieu il signifie l‘âge ou le cycle, Shab-ang ; le Sabbath שבת peut aussi bien se traduire par vieillesse (âge ancien) que par repos, et dans l’ancien Copte Sabe veut dire sagesse, connaissance. Les archéologues modernes ont trouvé que comme en hébreu Sab שב veut également dire tête blanche, par conséquent le jour de Saba était le jour où les « hommes à tête blanche », ou les « pères âgés » d’une tribu, avaient coutume de se rassembler pour le conseil ou le sacrifice (104).

« Ainsi la semaine de six jours et le septième, le jour de Saba, ou Sapta, appartiennent à la plus haute antiquité. L’observance des fêtes lunaires en Inde, montre que cette nation avait également ses réunions hebdomadaires. À chaque nouveau quartier la lune apporte des changements dans l’atmosphère, par conséquent certains changements ont lieu dans tout notre univers, dont les plus insignifiants sont les changements météorologiques. C’est en ce septième jour, le plus puissant des jours prismatiques, que se réunissent les adeptes de la « Science Secrète », ainsi qu’ils le faisaient il y a des milliers d’années, afin de devenir les agents des pouvoirs occultes de la nature (émanations du Dieu en action), et de communier avec les mondes invisibles. C’est cette observance du septième jour par les anciens sages – non pas comme jour de repos de la Divinité, mais parce qu’ils avaient pénétré dans son pouvoir occulte – que réside la vénération profonde de tous les philosophes païens pour le nombre sept, qu’ils appellent le nombre « vénérable » ou sacré. La Tetraktis de Pythagore, vénérée par les Platoniciens, était le carré placé au-dessous du triangle ; celui-ci, ou la Trinité incorporant la Monade invisible – l’Unité, était considéré trop sacré pour être prononcé en dehors des murs d’un Sanctuaire.

L’observance ascétique du Sabbat chrétien par les Protestants est une pure tyrannie religieuse, et fait, croyons-nous, plus de mal que de bien. Elle ne date que de l’ordonnance de Charles II en 1678, qui interdit à tout « commerçant, ouvrier, travailleur ou autre personne » de « faire ou d’exécuter un travail profane quelconque, etc., etc. le jour du Seigneur ». Les Puritains le portèrent à l’extrême, sans doute pour prouver leur haine du catholicisme, tant Romain qu’Episcopal. Il ressort non seulement des paroles, mais des actes de Jésus, qu’il n’a jamais eu l’intention de mettre ce jour à part. Les chrétiens primitifs ne l’observaient pas.

Lorsque Trypho, le Juif, reprocha aux chrétiens de ne pas avoir de Sabbat, quelle fut la réponse du martyr ? « La nouvelle loi veut que vous observiez un sabbat perpétuel. Vous croyez que vous êtes religieux après avoir passé un jour dans l’oisiveté. Le Seigneur ne se comptait point en choses de cette nature. Que celui qui est coupable de parjure ou de fraude se réforme ; s’il est adultère, qu’il se repente ; il aura alors observé l’espèce de Sabbat qui est vraiment agréable à DieuLes éléments ne sont jamais oisifs et ils n’observent pas de Sabbat. Il n’y avait pas davantage lieu de le faire après Jésus-Christ. »

Le Heplaktis n’est pas la Cause Suprême, mais simplement une émanation d’Elle – la première manifestation visible du Pouvoir Non Révélé : « Son Souffle Divin, s’échappant avec force, se condensa en brillant avec éclat jusqu’à se transformer en Lumière, devenant de cette manière perceptible aux sens extérieurs », dit John Reuchlin (105d). C’est l’émanation du Suprême, du Démiurge, la multiplicité dans l’unité, les Elohim, que nous voyons créant notre monde ou plutôt le façonnant en six jours, et se reposant le septième. Et qui sont ces Elohim sinon les pouvoirs évémérisés de la nature, les fidèles serviteurs manifestés, les lois de Celui qui est Lui-même, la loi et l’harmonie immuables.

Ils résident au-dessus du septième ciel (ou du monde spirituel) car ce sont eux qui, suivant les cabalistes, façonnèrent successivement les six mondes matériels, ou plutôt les essais des mondes qui précédèrent le nôtre, lequel, disent-ils, est le septième. Si, laissant de côté la conception métaphysico-spirituelle, nous portons notre attention uniquement sur le problème religio-scientifique de la création en « six jours », sur laquelle nos meilleurs savants bibliques ont médité depuis si longtemps en vain, nous serions, peut-être, sur la voie de la véritable idée sur laquelle l’allégorie est fondée. Les anciens étaient des philosophes conséquents en toutes choses. Ils enseignaient que chacun de ces mondes disparus ayant achevé son évolution physique, et atteint – par la naissance, la croissance, la maturité, la vieillesse et la mort – la fin de son cycle, était retourné à la forme primitive, subjective, d’un monde spirituel. À la suite de cela, ce monde spirituel devait servir de demeure, pour l’éternité, à ceux qui y vécurent comme hommes, et même comme animaux et qui sont à l’heure qu’il est des esprits. Cette notion, toute incapable qu’elle soit d’être aussi exactement démontrée que celle de nos théologiens concernant le Paradis, est, tout au moins, un tant soit peu plus philosophique.

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