LES VEDAS ET LA BIBLE – partie 16
Mais si, ainsi que nous le constatons, chaque patriarche représente, à un point de vue, ainsi que le font tous les Pradjâpatis, une nouvelle race d’êtres humains antédiluviens ; et si, ainsi qu’il est aisé de le prouver, ce ne sont que des copies des Saros ou âges babyloniens, et que ceux-ci sont des copies des dix dynasties hindoues des « Seigneurs des êtres » (166d) néanmoins, de quelque façon que nous les envisagions, elles sont parmi les allégories les plus profondes jamais conçues par un esprit philosophique.
Dans le Nuctemeron (167d), l’évolution de l’univers et ses périodes successives de formation, y compris le développement graduel des races humaines, sont illustrés aussi pleinement que possible, dans les douze « heures » de la division de l’allégorie. Chaque « heure » symbolise l’évolution d’un homme nouveau, et celle-ci, à son tour, est divisée en quatre quarts ou âges. Cet ouvrage prouve jusqu’à quel point l’ancienne philosophie était teintée de la doctrine des anciens Aryens, lesquels furent les premiers à diviser la vie sur notre planète en quatre âges. Si l’on pouvait suivre la trace de cette doctrine depuis sa source dans la nuit des temps de la période traditionnelle jusqu’au voyant de Patmos, on ne risquerait point de s’égarer dans les systèmes religieux des nations. On verrait que les Babyloniens enseignaient que quatre Oannès (ou Soleils) apparurent en quatre différentes périodes ; que les Hindous proclament leur quatre Yugas ; que les Grecs, les Romains et les autres croient fermement à leurs âges d’or, d’argent, de bronze et de fer, chacune de ces époques étant annoncée par l’apparition d’un sauveur. Les quatre Bouddhas des Hindous et les trois prophètes des Zoroastriens – Oshedar-Cami, Oshedar-mah, et Sosiosh – précédés par Zaratushtra, sont les types de ces âges.
A son début même, la Bible nous dit qu’avant que les (fils) de Dieu aient vu les filles des hommes, ceux-ci vivaient de 365 à 989 ans. Mais lorsque le « Seigneur Dieu » vit les iniquités des hommes, Il décida de ne leur accorder que 120 ans (Genèse, VI. 3). Pour expliquer une telle différence dans les tableaux de la mortalité humaine, il faut suivre la trace de la décision du « Seigneur Dieu » jusqu’à son origine. Les incongruités que nous rencontrons à chaque pas de la Bible ne peuvent être attribuées qu’au fait que le livre de la Genèse et les autres livres de Moise ont été faussés et remodelés par plus d’un auteur ; et que dans leur condition originelle ils étaient, exception faite de la forme extérieure des allégories, de fidèles copies des livres sacrés hindous. Nous lisons ce qui suit dans le livre I, de Manou : « Dans le premier âge, on ne connaissait ni la maladie, ni la souffrance. Les hommes vivaient 400 ans. »
Cela avait lieu dans le Krita ou Satya-yug.
« Le Krita-yug est le symbole de la justice, le taureau qui se tient ferme sur ses quatre pieds en est l’image ; l’homme s’attache à la vérité, et le mal ne dirige pas encore ses actions (168d). » Mais à chaque âge successif, la vie humaine primitive perd un quart de sa durée, c’est-à-dire que dans le Treta-yug, l’homme ne vit plus que 300 ans, dans le Dwapara-yug 200 et dans le Kaki-yug, ou notre âge actuel, il ne vit en général tout au plus que 100 ans. Noe(), fils de Lamech – Oulom Ach, ou le père de l’âge – est une copie déformée de Manou, le fils de Swavambhu et les six Manous ou Rishis, issus du « premier homme » hindou, sont les originaux de Terah, Abraham(), Isaac(), Jacob(), Joseph() et Moise, les sages hébreux, lesquels, en commençant par Terah étaient, dit-on, des astrologues, des alchimistes, des prophètes inspirés et des devins ; en d’autres termes et pour parler clairement, des magiciens.
Si nous consultons la Mishna talmudique nous y voyons que le premier couple divin émané, l’androgyne Démiurge Chochmah (ou Hachma Achamoth) et Binah se construisent une maison avec sept piliers. Ce sont les architectes de Dieu – la Sagesse et l’Intelligence. Son compas et Son équerre. Les sept colonnes sont les sept mondes futurs ou les sept « jours » typiques primordiaux de la création.
« Chochmah immole ses victimes ». Ces victimes sont les innombrables forces de la nature qui doivent « mourir » (se dissiper), afin de pouvoir vivre ; quand une des forces meurt, ce n’est que pour donner naissance à une autre force, sa progéniture. Elle meurt pour vivre dans ses enfants et ressuscite après chaque septième génération. Les serviteurs de Chochmah, ou la sagesse, sont les âmes de H.-Adam, car en lui sont toutes les âmes d’Israël.
II y a douze heures dans le jour dit la Mishna, et c’est au cours de ces heures que s’accomplit la création de l’homme. Cela serait-il compréhensible si nous n’avions Manou pour nous enseigner que ce « jour » embrasse les quatre âges du monde et a une durée de douze milles années divines des Dévas ?
« Les créateurs (Elohim) esquissent dans la deuxième « heure » l’apparence de la forme corporelle de l’homme. Ils la séparent en deux et préparent les sexes afin de les rendre distincts l’un de l’autre. C’est ainsi que procédèrent les Elohim par rapport à chaque chose créée » (169d). « Les poissons, les oiseaux, les plantes, les animaux et l’homme, tous étaient androgynes à la première heure. »
Voici ce que dit le commentateur, le grand Rabbin Simon Ben-Jochai « Oh, compagnons, compagnons, l’homme en tant qu’émanation était aussi bien homme que femme, du côté du PERE comme du côté de la MERE. Voilà la signification des paroles de l’Elohim lorsqu’il dit : « Que la Lumière soit et la Lumière fut !… C’est là « l’homme double » (170d) ! »
Il fallait une femme spirituelle pour contraster avec l’homme spirituel. L’Harmonie est la loi universelle. Le discours de Platon, dans la traduction de Thomas Taylor, est rendu de manière à lui faire dire de l’univers actuel qu’ « Il le fit mouvoir d’un mouvement circulaire… Par conséquent, lorsque Dieu qui est une Divinité raisonnant sans cesse, se mit à réfléchir au sujet de ce Dieu (l’homme) qui était destiné à subsister d’une certaine période du temps, Il produisit son corps lisse et uni, dans tous les sens et entier depuis le centre ; Il le construisit parfait. Ce cercle parfait du Dieu créé, Il le tailla à angles aigus en forme de la lettre X.
Les italiques de ces deux phrases du Timée, sont du Dr Lundy, l’auteur du célèbre ouvrage, déjà mentionné plus haut, Monumental Christianity. Il attire par là l’attention sur les paroles du philosophe grec, dans le but évident de leur donner le caractère prophétique que leur appliquait Justin Martyr, lorsqu’il accusait Platon d’avoir emprunté sa « discussion physiologique du Timée… relativement au Fils de Dieu placé en croit dans l’univers », à Moise et son serpent d’airain. Le savant auteur parait pleinement reconnaître, dans ces paroles, une prophétie non préméditée, bien qu’il ne nous dise pas s’il est d’avis, que de même que le Dieu créé de Platon, Jésus était à l’origine un sphéroïde « lisse et uni dans tous les sens et entier depuis le centre ». Même si Justin Martyr pouvait invoquer une excuse pour sa corruption de Platon, le Dr Lundy devrait savoir que le temps de cette sorte de casuistique est, depuis longtemps passé. Ce que le philosophe voulait dire, c’est que l’homme, avant d’être enfermé dans la matière n’avait pas besoin de membres, car il était une entité purement spirituelle. Par conséquent, si la Divinité, son univers et les corps stellaires doivent être considérés comme des sphéroïdes, cette forme serait également celle de l’homme archétype. A mesure que son enveloppe prenait du poids, le besoin de membres se fit sentir, et les membres poussèrent. Si nous nous représentons un homme étendant les bras et les jambes sous le même angle, et que nous le placions contre le cercle qui symbolisait sa forme primitive comme esprit, nous aurions exactement la figure décrite par Platon – le X en croix, dans le cercle.
Toutes les légendes relatives à la création, la chute de l’homme et le déluge consécutif, appartiennent à l’histoire universelle, et ne sont pas plus la propriété des Israélites que celles de n’importe quelle autre nation. Ce qui leur appartient en propre (exception faite des cabalistes) ce sont les détails défigurés de chaque tradition. La Genèse d’Enoch est bien antérieure aux livres de Moise (171d), et Guillaume Postel l’a présentée au monde, expliquant ses allégories autant qu’il a osé le faire ; mais le fond de l’ouvrage est resté non-exposé. Pour les Juifs, le livre d’Enoch est aussi canonique que ceux de Moise ; et si les chrétiens ont accepté ceux-ci comme une autorité, nous ne voyons pas pourquoi ils rejetteraient l’autre comme apocryphe. L’âge de l’un comme celui de l’autre ne peuvent être déterminés avec une certitude quelconque. A l’époque de la séparation, les Samaritains ne reconnaissaient que les livres de Moise et celui de Josue, dit le Dr Jost (172d). Le temple de Jérusalem fut pillé en l’an 168 avant J.-C. et tous les livres sacrés anéantis (173d) ; par conséquent, les quelques MSS qui restaient étaient entre les mains des « maîtres de la tradition ». Les Tanaïm de la Cabale, leurs initiés et leurs prophètes avaient toujours pratiqué ses enseignements de concert avec les Canaanites, les Chamites, les Madianites, les Chaldéens et toutes les autres nations. L’histoire de Daniel en est la preuve.
Il existait une sorte de Fraternité ou Franc-Maçonnerie parmi les cabalistes, disséminés de mémoire d’homme, de par le monde entier ; et comme ce fut le cas chez certaines sociétés de la Maçonnerie médiévale en Europe, ils s’intitulaient les Compagnons (174d) et les Innocents (175d). C’est une croyance chez les cabalistes (croyance fondée sur la connaissance) que les livres sacrés véritables, des soixante-dix anciens – livres qui contiennent l’Ancienne Parole – ne sont pas plus perdus, que ne le sont les rouleaux hermétiques, mais qu’ils ont été conservés depuis les siècles les plus reculés dans les communautés secrètes. Emmanuel Swedenborg en dit autant, et ses dires sont basés sur les informations qu’il reçut de certains esprits, qui lui affirmèrent qu’ils « pratiquaient leur culte selon cette Ancienne Parole ». « Cherchez-la en Chine » ajoute le grand voyant, « vous la trouverez, peut-être, dans la Grande Tartarie ! » D’autres étudiants des sciences occultes ont eu mieux que la parole de « certains esprits », à laquelle se fier dans le cas en question – ils ont vu les livres.
Il faut, par conséquent, choisir entre deux méthodes – accepter la Bible dans son sens exotérique, ou dans le sens ésotérique. Les faits suivants parlent contre la première : après l’édition de la première copie Du Livre de Dieu, et sa publication par Hilkiah, cette copie disparaît, et Esra se voit obligé d’écrire une nouvelle Bible, qui est terminée par Judas Maccabée ; qu’après avoir été copiée des lettres cornées en caractères carrés, elle fut défigurée au point de ne pas être reconnaissable ; que la Masorah compléta l’œuvre de la destruction ; et que finalement nous avons un texte, qui n’a pas 900 ans, mais où fourmillent les omissions, les interpolations et les perversions préméditées. Par conséquent, comme ce texte masorétique hébreu a fossilisé ses erreurs, et que la clé de la « Parole de Dieu » a été perdue, nul n’a le droit d’imposer aux soi-disant « chrétiens » les divagations de toute une série de prophètes hallucinés, et peut-être faux, sous la supposition insoutenable et injustifiable qu’elle est l’œuvre du « Saint-Esprit » in propria persona.
Nous rejetons, donc, ces prétendues Ecritures monothéistes, élaborées justement au moment où les prêtres de Jérusalem avaient tout intérêt à briser violemment toute relation avec les Gentils. Ce n’est qu’à cette époque que nous les voyons persécuter les cabalistes et mettre au ban l’ «ancienne sagesse » des païens et des Juifs. La véritable Bible hébraïque était un volume secret, inconnu des masses, et même le Pentateuque Samaritain est bien plus ancien que le Septuaginte. Quant à ce volume secret, les Pères de l’Eglise n’en avaient même jamais entendu parler. Nous acceptons plus volontiers la parole de Swedenborg que « l’Ancienne Parole » se trouve en Chine ou dans la Grande Tartarie ; d’autant plus, que le voyant suédois est considéré, au moins par un pasteur le Rév. Dr R. L.-Tafel, de Londres, avoir été inspiré par Dieu lorsqu’il écrivit ses ouvrages théologiques. Il a même la supériorité sur les rédacteurs de la Bible, car, tandis que ceux-ci ne faisaient qu’entendre les mots parlés à leurs oreilles, il fut donné, à Swedenborg de les comprendre par la raison ; il était donc illuminé intérieurement, et non extérieurement. « Lorsqu’un membre consciencieux de la Nouvelle Eglise, entend une accusation portée contre la divinité et l’infaillibilité soit de l’âme ou du corps des doctrines de la Nouvelle Jérusalem », dit ce révérend auteur, « il doit se placer au point de vue de la déclaration non-équivoque contenue dans ces doctrines, que le Seigneur a effectué Sa seconde venue au moyen de ces écritures, qui ont été publiées par Emmanuel Swedenborg, Son serviteur, et que, par conséquent, les accusations ne sont pas et ne peuvent pas être fondées ». Et si c’est le Seigneur qui a parlé par la bouche de Swedenborg, il nous reste l’espoir qu’au moins un prêtre vienne corroborer notre affirmation que l’ancienne « Parole de Dieu » ne se trouve nulle part, sinon dans les pays païens, et en particulier dans la Tartarie, le Thibet et la Chine bouddhistes !
« L’histoire primitive de la Grèce est l’histoire primitive de l’Inde » s’écrie Pococke dans son India in Greece. En perspective du fruit des recherches critiques à venir, paraphrasons-le en disant : « L’histoire primitive de la Judée n’est que la distorsion d’une fable indienne greffée sur celle de l’Egypte. De nombreux savants se trouvent acculés par les faits inflexibles, mais ne voulant pas opposer les récits de la révélation « divine » à ceux des livres brahmaniques, ils se contentent de les mettre simplement devant le public. Entre temps, ils limitent leurs conclusions à des critiques mutuelles et à d’acerbes contradictions. Ainsi, Max Muller combat les théories de Spiegel et d’autres ; le Professeur Whitney s’acharne contre celles de l’orientaliste d’Oxford ; et le Dr Haug fait le siège de Spiegel tandis que de son côté celui-ci se rejette sur une autre victime ; malgré cela les Akkadiens et les Touraniens d’antique mémoire, ont, eux-mêmes, eu leur jour de gloire. Il faut que les Proto-Kasdéens, les Kasdéo-Scythes et les Sumériens et tant d’autres, fassent place à d’autres fables. Hélas, pauvres Akkadiens ! car voici Halevy, l’assyriologue qui attaque le langage Akkado-Sumérien de l’ancienne Babylone, et Chabas, l’égyptologue, non content de détrôner la langue touranienne, qui a rendu de signalés services lorsque les orientalistes se trouvaient embarrassés, va jusqu’à qualifier de charlatan François Lenormant, le vénérable père des Akkadiens. Mettant à profit ce conflit entre savants, le clergé chrétien reprend courage avec sa théologie fantastique, en disant que lorsque le jury est en désaccord, c’est du temps de gagné pour l’accusé. On néglige, ainsi, la question vitale de savoir si la Chrétienté ne ferait pas mieux d’adopter le Christisme à la place du Christianisme, avec la Bible, son expiation par délégation et son Diable. Mais nous ne pouvons faire moins que de consacrer un chapitre spécial à un personnage de l’importance de celui-là.