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LES VEDAS ET LA BIBLE – partie 10

Depuis le siècle dernier l’Eglise s’est vue obligée de céder des parties du territoire biblique dérobé à ceux auxquels il appartenait de droit. Pouce par pouce ce territoire a été abandonné et un personnage après l’autre a été prouvé n’être que mythique et païen. Mais aujourd’hui, après les récentes découvertes de George Smith-, le regretté assyriologue, un des plus fermes soutiens de la Bible, a été renversé. Sargon et ses tablettes ont été reconnus plus anciens que Moise. De même que le récit de l’Exode, la naissance et l’histoire du législateur paraissent avoir été « empruntées » aux Assyriens, de même que les « ornements d’or et d’argent » l’avaient été aux Egyptiens.

A la page 244 des Assyrian Discoveries, George Smith- écrit : « Dans le palais de Sennachérib à Kouyounjik je trouvai un autre fragment de la curieuse histoire de Sargon, dont je publiai la traduction dans les Transactions of the Society of Biblical Archeology, Vol. I, part. I, page 46. Ce texte raconte que Sargon, ancien monarque babylonien, naquit de parents royaux, mais qu’il fut caché par sa mère, qui le posa sur l’Euphrate dans un berceau de joncs enduits de bitume, comme celui dans lequel la mère de Moise cacha son enfant. (Voir Exode, II). Sargon fut trouvé par un homme nommé Akki, un porteur d’eau, qui l’adopta comme son fils ; il devint ensuite Roi de Babylone. La capitale de Sargon était la grande cité d’Agadi – nommée par les sémites accad – mentionnée dans la Genèse comme la capitale de Nemrod (Genèse, X, 10) où il régna pendant quarante-cinq ans (129d). Accad était située près de la cité de Sippara (130d), sur l’Euphrate au nord de Babylone. « La date à laquelle vécut Sargon, qu’on pourrait nommer le Moise babylonien, était le XVIème siècle et peut-être même antérieure. »

George Smith- ajoute dans son Chaldean Account, que Sargon I était un monarque babylonien qui régna dans la cité d’Accad, environ 1600 ans avant J.-C. La signification du nom de Sargon est le roi véritable ou légitime. Cette étrange histoire a été trouvée sur des fragments de tablettes à Kouyunjik, comme suit :

  1. Je suis Sargona, le puissant roi d’Akkad.
  2. Ma mère était une princesse ; je n’ai pas connu mon père ; un frère de mon père gouvernait le pays.
  3. Dans la cité d’Azupirana qui est située sur les rives de l’Euphrate,
  4. Ma mère, la princesse, me conçut ; elle me donna le jour avec douleur.
  5. Elle me plaça dans une arche faite de joncs, elle scella ma sortie avec du bitume.
  6. Elle me laissa aller à la dérive sur la rivière qui ne me noya point.
  7. La rivière m’amena à Akki, le porteur d’eau.
  8. Akki, le porteur d’eau, avec grande tendresse de ses entrailles, me prit, etc., etc.

Voyons, maintenant, ce que dit l‘Exode (II) :

« Ne pouvant plus le cacher, elle (la mère de Moise) prit une caisse de jonc, qu’elle enduisit de bitume et de poix ; elle y mit l’enfant et le déposa parmi les roseaux, sur le bord du fleuve. »

Cette histoire, dit Smith-, « est supposée avoir eu lieu environ 1600 ans avant J.-C. un peu avant l’âge qu’on donne à Moise (131d), ainsi que nous le savons, lorsque la renommée de Sargon fut connue en Egypte ; il est donc fort probable que ce récit a eu un rapport avec le fait relaté dans l’Exode II, car toute action une fois exécutée a une tendance à se reproduire ».

Les « âges » des Hindous ne différent pas sensiblement de ceux des Grecs, des Romains, et même des Juifs. Nous y faisons entrer délibérément la computation mosaïque afin de faire la preuve de ce que nous avançons. La chronologie qui ne sépare Moise de la création du monde que de quatre générations, simplement parce que le clergé chrétien a voulu l’imposer littéralement au monde paraît ridicule (132d). Les cabalistes savent parfaitement que ces générations représentent des âges mondiaux. Les allégories qui, dans les calculs hindous, embrassent la prodigieuse étendue des quatre axes, sont habilement entassées, grâce à la Masorah, l’infime espace de deux millénaires et demi (2513 ans) !

On a fait cadrer les quatre âges dans le plan exotérique de la Bible. C’est ainsi qu’on y calcule l’Axe d’Or, d’Adam à Abraham() ; l’Axe d’Argent d’Abraham() à David() ! celui du Cuivre de David() à la Captivité ; ce qui vient après appartient à celui du fer. Mais la computation secrète est toute différente et ne s’écarte pas des calculs zodiacaux des Brahmanes. Nous sommes aujourd’hui dans l’Axe de Fer, le Kali-Yug, mais il a commencé avec Noe(), l’ancêtre mythique de notre race.

Noe(), ou Nuah, comme toutes les manifestations évémérisées du Non Révélé – Swayambhuva (ou Swayambhu), était androgyne. C’est ainsi que dans certains cas il fait partie de la triade purement féminine des Chaldéens, connue sous le nom de « Nuah, la Mère universelle ». Nous avons fait voir dans un autre chapitre, que chaque trinité mâle avait sa contrepartie féminine, une en trois, comme celle-là. C’était le complément passif du principe actif, sa réflexion. Dans l’Inde, la trimurti mâle se reproduit dans la féminine, la Shakti-Trimurti ; et en Chaldée, Ana, Belita et Davkina correspondaient à Anu, Bel, Nuah. Les premières réunies en une – Bélita, étaient appelées : « Souveraine déesse, dame de l’abîme inférieur, mère des dieux, reine de la terre, reine de la fécondité. »

Sous la forme de l’humidité primordiale, d’où tout a procédé, Bélita est Tamti, ou la mer, la mère de la cité d’Erech (la grande nécropole chaldéenne) ; elle est, par conséquent, une déesse infernale. Dans le monde des étoiles et des planètes elle porte le nom d’Istar ou d’Astoreth. Elle est, par conséquent, identique à Vénus et à toutes les autres reines du ciel, auxquelles on offrait en sacrifice des gâteaux et des pains (133d), et, comme le savent tous les archéologues, avec Eve, la mère de tous les vivants, et avec Marie.

L’Arche, dans laquelle sont conservés les germes de toutes choses vivantes nécessaires à la repopulation de la terre, représente la survivance de la vie et la suprématie de l’esprit sur la matière, au milieu du conflit des pouvoirs opposés de la nature. Dans la charte astro-théosophique du Rite occidental, l’arche correspond au nombril, et est placée du côté gauche, le côté de la femme (la lune), dont un des symboles est le pilier de gauche du temple de Salomon – BOAZ. Le nombril est relié au réceptacle dans lequel fructifient les germes de la race (134d). L’Arche c’est l’Argha sacrée des Hindous, et par conséquent, sa relation avec l’arche de Noe() est aisément reconnaissable, quand nous savons que l’Argha était un vaisseau oblong, dont se servaient les prêtres comme de calice sacrificiel dans le culte d’Isis, d’Astarté, de Vénus-Aphrodite, qui, toutes, étaient des déesses du pouvoir générateur de la nature, ou de la matière – et par conséquent, représentées symboliquement par l’arche qui contient les germes de toutes les choses vivantes.

Nous admettons volontiers que les païens avaient, et ont encore – comme en Inde – d’étranges symboles, qui aux yeux des hypocrites et des puritains peuvent paraître scandaleusement immoraux. Mais les anciens Juifs n’avaient-ils pas copié la plupart de ces symboles ? Nous avons décrit ailleurs l’identité du lingham avec le pilier de Jacob(), et si la place nous le permettait, nous pourrions citer maints autres exemples dans les rites chrétiens actuels, qui ont la même origine ; ils ont, d’ailleurs, tous été mentionnés par Inman et autres. (Voyez Ancient Faiths Embodied in Ancient Names par Inman).

Dans sa description du culte des anciens Egyptiens, Lydia Maria Child dit ce qui suit : « Cette vénération pour ce qui produit la vie, introduisit dans le culte d’Osiris, les emblèmes sexuels si communs dans l’Hindoustan. Une image colossale de ce genre fut donnée à son temple à Alexandrie, par le roi Ptolemee Philadelphe… La vénération pour le mystère de la vie organisée amena la reconnaissance des principes masculin et féminin dans toutes choses, spirituelles aussi bien que matérielles… La description des emblèmes sexuels, partout visibles dans les ornements sculptés de leurs temples, semblerait indécente, mais nul esprit pur et réfléchi ne les considérerait à ce point de vue, en se rendant compte de la candeur évidente et de la solennité avec lesquels le sujet est traité (135d). »

C’est ainsi que parle cette femme respectable, doublée d’un auteur admirable, et nul homme ou femme purs ne sauraient l’en blâmer. Mais une pareille perversion de la pensée antique sied bien à une époque d’hypocrisie et de pruderie comme la nôtre.

L’eau du déluge prise dans l’allégorie, comme la « mer » symbolique, Tamti, est le type du chaos en mouvement, ou matière, appelée « le grand dragon ». Suivant la doctrine des Gnostiques et des Rose-croix du moyen âge, la création de la femme n’était pas prévue à l’origine. Elle est le rejeton de la propre imagination impure de l’homme et, comme le disent les Hermétistes, « une intrusion ». Créée par une pensée impure, elle vint à l’existence à la néfaste « septième heure », lorsque les mondes réels, « surnaturels », avaient disparu et que les mondes « naturels » ou illusoires commencèrent à évoluer sur le « Microcosme descendant », ou pour parler clairement, sur l’arc du grand cycle. En premier lieu « Virgo », la Vierge Céleste du Zodiaque, devint la « Virgo-Scorpio ». Mais en évoluant sa seconde compagne, l’homme l’avait douée inconsciemment de sa propre part de Spiritualité ; et le nouvel être que son « imagination » appela à la vie devint son « Sauveur » des embûches de l’Eve-Lélith, la première Eve qui avait, dans sa composition, une plus grande part de matière que l’homme « spirituel » primitif (136d).

De sorte que la femme apparat dans la cosmogonie, en relation avec la « matière », ou le grand abîme, comme la « Vierge de la Mer » qui écrase le « Dragon » sous son talon. Dans la phraséologie symbolique, ainsi que nous l’avons vu à diverses reprises, les « Eaux » sont souvent dénommées « le Grand Dragon ». Car pour celui qui est au courant de ces doctrines, il est plus que suggestif de savoir que chez les catholiques la Vierge Marie est non seulement la patronne des marins chrétiens, mais qu’elle est également la « Vierge de la Mer ». Didon était aussi la patronne des marins phéniciens (137d) ; et avec Vénus et d’autres déesses lunaires – car la lune a une influence prépondérante sur les marées – elle était également la « Vierge de la Mer ». Mar, la mer est la racine du nom de Marie. La couleur bleue, qui chez les anciens symbolisait le « Grand Abîme », ou le monde matériel, et par conséquent le mal, était consacrée à « Notre-Dame ». C’est aussi la couleur de « Notre-Dame de Paris ». Par sa relation avec le serpent symbolique, cette couleur est tenue en grande aversion par les ex-Nazaréens, les disciples de saint Jean-Baptiste, aujourd’hui les Mendéens de Basra.

Parmi les superbes illustrations de Maurice, il y en a une qui représente Christna écrasant la tête du Serpent. Il porte sur la tête la mitre à trois pointes (symbole de la trinité) et le corps et la queue du serpent vaincu, encerclent la figure du dieu hindou. Cette gravure nous révèle d’où procède l’inspiration pour la confection d’une autre histoire d’après une prétendue prophétie. « Je mettrai inimitié entre toi et la femme et entre ta descendance et sa descendance ; elle t’écrasera la tête tu la mordras au talon. »

L’Orante égyptien est aussi représenté les bras étendus comme sur un crucifix et écrasant un « Serpent » ; et on voit Horus (le Logos), perçant la tête du dragon, Typhon ou Aphophis. Cela nous fournit la clé de l’allégorie biblique de Cain et d’Abel(). Cain est réputé être l’ancêtre des Hivites, les Serpents, et les jumeaux d’Adam sont évidemment une copie de la fable d’Osiris et de Typhon. Toutefois, laissant de côté la forme extérieure de l’allégorie, elle incarne la conception philosophique de la lutte éternelle entre le bien et le mal.

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