LES VEDAS ET LA BIBLE – partie 1
« Toutes choses sont régies an sein de cette triade. »
Lydus : De Mensibus 20.
« Que le ciel tourne trois fois sur son axe perpétuel. »
Ovide. Fait. IV.
« Balaam dit à Balak : Bâtis-moi ici sept autels et prépare-moi ici sept taureaux et sept béliers. »
Nombre XXIII, 1-2.
« Toutes les créatures qui m’ont offensé seront détruites dans sept jours mais toi tu seras sauvé dans un vaisseau miraculeusement construit ; prends par conséquent… avec sept saints hommes, vos femmes respectives, et des couples de toutes espèces d’animaux, et entres sans crainte dans l’arche ; tu connaîtras alors Dieu face à face, et tu auras réponse à toutes tes questions. »
Bhagavata Purana.
« Et le Seigneur dit : J’exterminerai de la face de la terre l’homme que j’ai créé… Mais j’établirai mon alliance avec toi… tu entreras dans l’arche toi et les tiens… car encore sept jours et je ferai pleuvoir sur la terre. »
Genèse IV-VII.
« La Tetraktys n’était pas seulement honorée parce qu’on y trouve toutes les symphonies, mais aussi parce qu’elle contient la nature de toutes choses. »
Theon de Smyrne. Mathem, p. 147.
Nous aurions accompli notre tâche bien imparfaitement, si nous n’avions pas démontré dans les chapitres précédents que le Judaïsme, le Gnosticisme primitif et tardif, le Christianisme et même la Maçonnerie chrétienne, ont tous été édifiés sur les mêmes mythes, symboles et allégories cosmiques dont la compréhension n’est possible que pour ceux qui en ont hérité la clé de leurs inventeurs.
Dans les pages qui suivront, nous essaierons de faire voir combien ils ont été faussement interprétés par les systèmes ci-dessus énumérés, si différents et cependant si intimement liés, afin de les faire cadrer avec leurs besoins individuels. De cette manière, non seulement les étudiants en tireront utilité, mais nous ferons un acte de justice nécessaire quoique longtemps différé, envers les générations primitives, au génie desquelles l’humanité entière est redevable. Commençons par comparer encore une fois les mythes bibliques avec ceux des livres sacrés d’autres nations, afin d’établir quels sont les originaux et quelles sont les copies.
Deux méthodes seulement, correctement interprétées, nous permettront d’arriver à ce résultat. Ce sont les Védas, la littérature brahmanique et la Cabale juive.
Les premiers ont conçu ces mystères grandioses dans un esprit hautement philosophique ; la Cabale juive, en les empruntant aux Chaldéens et aux Perses, les a façonnés en une histoire du peuple juif, dans laquelle l’esprit philosophique a été enfoui, sous des formes bien plus absurdes que celles que leur donnèrent les Aryens, jusqu’à être absolument méconnaissables pour tous autres que les élus. La Bible de l’Eglise Chrétienne est le dernier échafaudage de cette nature, d’allégories défigurées, dont on a construit un édifice de superstition tel qu’il n’avait jamais germé dans le cerveau de ceux dont l’Eglise avait reçu ses connaissances. Les fables abstraites de l’antiquité, qui depuis des siècles ont fait miroiter à l’imagination populaire leurs ombres fugitives et leurs images incertaines, ont pris dans le Christianisme des formes de personnages réels et se sont transformées en faits accomplis. Les allégories s’y métamorphosent en histoire sacrée, et les mythes païens sont enseignés au peuple comme le récit révélé des rapports de Dieu, avec Son peuple élu.
« Les mythes », dit Horace() dans son Ars Poetica, « ont été inventés par les sages pour fortifier les lois et enseigner les vérités morales. » Tandis qu’Horace() s’efforce d’éclaircir l’esprit même et l’essence des anciens mythes, Evemere prétend, au contraire, que les « mythes étaient l’histoire légendaire des rois et des héros, transformés en dieux par l’admiration populaire ». C’est cette méthode qu’ont adoptée les Chrétiens par voie de déduction lorsqu’ils convinrent d’accepter les patriarches évémérisés en les prenant pour des hommes qui auraient réellement vécu.
Mais contre cette théorie néfaste, qui a porté de si mauvais fruits, nous avons toute la série des plus grands philosophes que le monde a produits : Platon, Epicharme, Socrate, Empedocle, Plotin et Porphyre, Proclus, Damascius, Origene et même Aristote. Ce dernier donne clairement à entendre cette vérité, en disant qu’une tradition de la plus haute antiquité, transmise à la postérité sous forme de mythes divers, nous enseigne que les premiers principes de la nature doivent être considérés comme des « dieux », car le divin imprègne la nature tout entière. Tout le reste, les détails et les personnages sont des ajoutures postérieures pour une meilleure compréhension par les masses, et souvent aussi dans le but de soutenir les lois inventées dans un intérêt commun.
Les contes de fées ne sont pas seulement du domaine des nourrices ; l’humanité tout entière – sauf les rares individus qui de tous temps ont compris leur signification cachée, et ont essayé de désiller les yeux de la superstition – a prêté l’oreille à ces histoires sous une forme ou sous une autre et après les avoir transformées en symboles sacrés, a baptisé le résultat du nom de RELIGION !
Nous chercherons à systématiser notre sujet autant que le permettra la nécessité de tirer les parallèles entre les opinions contradictoires, basées sur les mêmes mythes. Commençons donc par le livre de la Genèse, et cherchons sa signification secrète dans les traditions brahmaniques et la Cabale chaldéo-judaïque.
La première leçon biblique qu’on nous a enseignée dans notre enfance était que Dieu créa le monde en six jours et se reposa le septième ; de là une solennité toute spéciale rattachée à ce septième jour, et les Chrétiens, ayant adopté les observances rigides du sabbat juif, nous l’ont imposé en y substituant le premier jour de la semaine, au lieu du septième.
Tous les systèmes de mysticisme religieux sont basés sur les nombres. Chez Pythagore, la monade ou l’unité, émanant la duade, et formant, ainsi, la trinité, et le quaternaire ou Arba-il (le quatre mystique) forment le nombre sept. Le caractère sacré des nombres commence avec le grand Premier – l’UN, et ne se termine qu’avec le zéro – symbole du cercle infini et sans bornes qui représente l’univers. Tous les chiffres intermédiaires, dans quelque combinaison ou multiplication que ce soit, représentent des notions philosophiques, depuis de vagues ébauches jusqu’à l’axiome scientifique définitivement établi, se rapportant à un fait moral ou physique de la nature. Ce sont les clés des anciennes notions de la cosmogonie, prise dans son ensemble, embrassant les hommes, les êtres et l’évolution de la race humaine, spirituellement aussi bien que physiquement.
Le nombre sept est le plus sacré de tous, et il est, sans aucun doute, d’origine hindoue. Les philosophes Aryens, adaptaient et calculaient au moyen de ce nombre, tout ce qui avait une importance quelconque – les idées aussi bien que les localités. C’est ainsi qu’ils avaient les Sapta-Rishi, ou sept sages, types des sept races primitives diluviennes, (ou post-diluviennes selon d’aucuns) les Sapta-Loka, les sept mondes inférieurs et supérieurs, d’où tous ces Rishis procédaient et où ils retournaient dans la gloire, avant d’atteindre la béatitude parfaite de Moksha (87).
Les Sapta-Kula, ou les sept castes – les Brahmanes prétendant représenter les descendants directs de la plus élevée de celles-ci (88).
Puis il y a encore les Sapta-Pura (les sept villes saintes) ; les Sapta-Dvipa (les sept îles saintes) ; les Sapta-Samudra (les sept lacs sacrés) ; les Sapta-Parvata (les sept montagnes saintes) ; les Sapta-Ariana (les sept déserts) ; les Sapta-Vruksha (les sept arbres sacrés), et ainsi de suite.
Dans l’incantation Chaldéo-Babylonienne, ce nombre réapparaît d’une manière aussi prononcée que chez les Hindous. Les attributs de ce nombre sont doubles, c’est-à-dire que s’il est sacré dans un de ses aspects, il devient néfaste dans d’autres conditions. Nous voyons ainsi l’incantation suivante tracée sur des tablettes assyriennes, interprétées aujourd’hui avec tant d’exactitude.
« Le soir du mauvais présage, la région du firmament, qui produit le malheur…
« Le Message de la peste.
« Les déprécateurs de Nin-Ki-Gal.
« Les sept dieux du vaste firmament.
« Les sept dieux de la vaste terre.
« Les sept dieux des sphères ardentes.
« Les sept dieux de la légion céleste.
« Les sept dieux malfaisants.
« Les sept mauvais fantômes.
« Les sept fantômes des flammes malfaisantes…
« Le mauvais démon, mauvais alal, mauvais gigim, mauvais télal… le méchant dieu, le méchant maskim.
« Rappelle-toi, esprit des sept cieux… Rappelle-toi, esprit des sept terres…, etc. »
Ce nombre réapparaît également presque à chaque page de la Genèse, et dans tous les livres mosaïques, et nous le retrouvons bien en vue (voyez le chapitre suivant) dans le Livre de Job() et la Cabale orientale. Si les sémites hébreux l’adoptèrent si aisément, il faut croire que ce ne fut pas à l’aveuglette, mais bien en connaissance de sa signification cachée ; ils ont dû, par conséquent, adopter aussi les doctrines de leurs voisins « païens ». Quoi de plus naturel, alors, que nous cherchions dans la philosophie païenne, l’interprétation de ce nombre, qui réapparaît dans le christianisme dans les sept sacrements, les sept églises de l’Asie Mineure, les sept péchés capitaux, les sept vertus (quatre cardinales et trois théologales), etc.
Les sept couleurs du prisme de l’arc-en-ciel vu par Noe(), n’ont-elles pas d’autre signification que celle d’une alliance entre Dieu et l’homme, pour rafraîchir la mémoire de celui-là ? Du moins, pour le cabaliste, elles ont une signification inséparable des sept travaux de la magie, des sept sphères supérieures, des sept notes de la gamme musicale, des sept nombres de Pythagore, des sept merveilles du monde, des sept âges, et même des sept pas des Franc-Maçons qui conduisent au Saint des Saints après avoir passé par les degrés de trois et de cinq.
Lire la suite … partie 2