LES PILIERS DE L’ÂME
« Ce que l’être est au devenir, dit Platon, la vérité l’est à la foi.1 »
« Car il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus.2 » « Sur un millier qui s’efforcent d’atteindre la perfection, un seul y parviendra. » Les piliers de l’âme sont façonnés à partir de la Substance éternelle. Sur ces piliers, ou points de contact, reposent les grandes forces morales et spirituelles fondamentales au moyen desquelles l’âme éveillée se met en rapport avec l’Être universel.
Si neuf-cent-quatre-vingt-dix-neuf échouent dans une vie donnée, c’est à cause de fausses constructions ou parce que les points de contact, en raison de l’inexpérience, sont incomplets. Il manque les justes proportions de profondeur et de largeur. Les liens entre les centres intérieurs et extérieurs n’ont pas été établis. Le circuit n’est pas fermé et la flamme de la vie consciente ne peut pas passer d’un point à l’autre pour couvrir tous les sens et tous les plans. À mesure que le sens synthétique ou septième sens – qui possède sa correspondance physique dans la glande pinéale – se déploie, les relations entre les choses célestes et terrestres deviennent de plus en plus apparentes.
Pour l’occultiste – l’étudiant de la vie – la couleur doit être comprise comme un son passé à une autre octave de vibration. Le son doit être compris comme une forme, et la forme comme la lumière et la vie du Grand Principe Créateur – ou Dieu – matérialisées dans un corps. Toutes les opérations et phénomènes de la nature doivent être sentis comme l’action et l’interaction entre des « paires de contraires » – entre les centres positif et négatif des pôles de la vie. C’est ce fait qui crée les saisons, qui cause le mouvement des étoiles et des planètes dans l’espace, qui fait circuler le sang et les autres liquides dans le corps, et qui fait pousser l’herbe. Ce qui est universel doit être relié au particulier – car le grand est reflété dans le petit –, l’univers dans la molécule. Au surplus, il faut garder à l’esprit le fait que la vie extérieure dépend de la vie intérieure.
La Matière est aussi divine que l’Esprit, sans quoi la rose ne pourrait pas manifester les éléments de la terre sombre en termes de beauté et de fragrance. Le Divin – la Conscience divine dans la matière – fait un bond chaque fois que les conditions sont prêtes et le permettent. Les forces s’incarnent dans les fleurs comme l’âme s’incarne en l’homme.
Ce fut un beau jour dans l’histoire de cette planète lorsque la vie organique est née de la matière inorganique – lorsque la frontière du monde inorganique a été franchie par la première cellule organique née du labeur des éléments. Une nouvelle polarité fut établie sur et avec la Terre. Toute la nature organique comme on la trouve aujourd’hui a une dette envers ce premier avatar – cette première cellule. Combien d’innombrables échecs sont survenus avant que la juxtaposition voulue des éléments produise ce microscopique morceau de protoplasme incarné ! Ce fut le « consummatum est3 » des ères géologiques précédentes. Ce qui avait été la masse ignée de la Terre s’était refroidit à cette fin. Les vapeurs lourdes qui remplissaient l’atmosphère et obscurcissaient la lumière du soleil s’étaient condensées et étaient tombées maintes fois sur la Terre chaude – mais chaque fois elles avaient été renvoyées aux régions supérieures plus froides. Finalement, à mesure que la Terre s’est refroidie, ces vapeurs se sont condensées pour former les océans. Sur les fonds océaniques, formés de roches striées, s’enroulaient, pressées par les orages électriques et des forces d’une puissance terrible, des vagues tumultueuses qui se brisaient contre les berges rocheuses. Les rochers ont été réduits en poudre. Les forces chimiques sont entrées en jeu. L’hydrogène, l’oxygène, l’azote, le carbone, le soufre, etc. ont été libérés et se sont associés et dissociés, jusqu’à ce qu’un jour, dans le silence et la chaleur torride et humide du fond de l’océan, le règne inorganique parvienne au premier point de la conscience de lui-même réfléchie à partir de ses éléments moléculaires unis pour former le premier fragment de vie cellulaire organique sur le globe. Des êtres multicellulaires – les hommes – étudient maintenant avec une précision scientifique les faits et les conditions de ces premières époques de la planète, et ils fouillent également les profondeurs intérieures et extérieures de la vie avec une conscience qui prend toujours de l’expansion à mesure que l’être humain intègre les éléments d’autres sphères dans sa nature et qu’il acquiert ainsi des points de contact avec eux.
L’imagination est transportée parce qu’elle sent les possibilités que recèle le grand événement évolutif qui vient de se produire dans la vie de l’humanité ; le fait que l’entité patiente, industrieuse et endurante connue sous le nom de « Travail », par opposition au « Capital », soit finalement parvenue à la conscience de soi et ait compris qu’elle est un être organique avec des possibilités de pouvoir dont elle n’aurait même pas rêvé auparavant.
Nous avons mentionné que nous sommes dans un cycle de feu et que bien des choses majeures surviendront dans le monde en rapport avec cet élément ou ses correspondances. Le charbon est l’une de ces correspondances, et il a fallu une perturbation associée à cet élément pour amener le « Travail » – en tant qu’entité – la conscience de son pouvoir et de son importance. Après bien des échecs, les proportions voulues d’éléments ont été rassemblées et le mélange approprié a été trouvé. Alors, quelque chose s’est produit. Quelque chose est né. Quelque chose est DEVENU. Et ce n’est pas la fin, mais simplement les premiers rayons de l’aube au matin d’un jour nouveau pour les enfants de la Terre.
1 – N.D.É. Timée, 29b-c.
2 – N.D.É. Évangile de Matthieu 22 14.
3 – N.D.É. « Consummatum est » : « Tout est consommé ».
HILARION - Temple 3 - Leçon 548