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LES PHENOMENES CYCLIQUES – partie 7

Mais tandis que les spirites et les autres adhérents du christianisme n’ont que peu ou point d’idée de la possibilité de la mort et de l’oblitération de la personnalité humaine, par la séparation de la partie immortelle d’avec celle qui est périssable, les disciples de Swedenborg le comprennent parfaitement. Un des ministres les plus respectés de la Nouvelle Eglise, le Rev. Chauncey Giles D. D. de New-York a récemment élucidé la question, dans un discours public, de la manière suivante : La mort physique, ou mort du corps, est une disposition de l’économie divine pour l’avantage de l’homme, une disposition grâce à laquelle il peut atteindre les fins les plus élevées de son être. Mais il y a une autre mort qui est l’interruption de l’ordre divin, et la destruction de chaque élément humain dans la nature de l’homme, ainsi que de toute possibilité de bonheur humain. C’est la mort spirituelle qui a lieu avant la dissolution du corps. « Il peut y avoir un vaste développement de l’intelligence naturelle de l’homme, sans que ce développement soit accompagné du moindre amour pour Dieu, ou de l’amour désintéressé de l’homme ». Lorsqu’un homme tombe dans l’amour de soi, et dans l’amour du monde et de ses plaisirs, laissant de côté l’amour de Dieu et du prochain, il tombe de la vie dans la mort. Les principes supérieurs qui constituent les éléments essentiels de son humanité périssent, et il ne continue à vivre que sur le plan naturel de ses facultés. Physiquement, il existe ; spirituellement, il est mort. Il est aussi mort à tout ce qui appartient à la phase la plus noble et la seule durable de l’existence, que son corps est mort à toute activité, à tout plaisir, à toute sensation du monde, lorsque l’esprit l’a abandonné. Cette mort spirituelle est le résultat de la désobéissance aux lois de la vie spirituelle, qui est suivie de la même peine que la désobéissance aux lois de la vie naturelle. Mais le mort spirituellement a encore ses plaisirs ; il possède encore ses qualités intellectuelles, la puissance de ses facultés et son intense activité. Il possède encore toutes ses jouissances animales, et pour beaucoup d’hommes et de femmes, cela constitue l’idéal le plus élevé de la félicité humaine. La poursuite infatigable des richesses, des amusements et des distractions de la vie sociale, la culture de l’élégance dans les manières, du goût dans la toilette, de la prédominance sociale, de la distinction scientifique, enivrent et charment ces morts vivants ; mais, ajoute l’éloquent prédicateur, ces créatures, avec toutes leurs grâces, leurs riches atouts et leurs brillants succès, sont mortes aux yeux du Seigneur et des anges, et lorsqu’on les pèse sur la seule véritable et immuable balance, elles n’ont pas plus de vie authentique que le squelette dont la chair est retournée à la poussière ». Un développement considérable des facultés intellectuelles n’implique en aucune façon une vie spirituelle et véritable. Beaucoup de nos plus grands savants ne sont que des cadavres animés ; ils n’ont pas la vision spirituelle, parce que leurs esprits les ont abandonnés. Nous pourrions ainsi parcourir tous les siècles, examiner toutes les occupations, peser toutes les connaissances humaines, et rechercher toutes les formes de sociétés, et nous trouverions partout de ces êtres spirituellement morts.

Pythagore enseignait que l’univers entier est un vaste système de combinaisons mathématiquement exactes. Platon montre la divinité géométrisant. Le monde est soutenu par la même loi d’équilibre et d’harmonie sur laquelle il a été établi. La force centripète ne peut se manifester sans la force centrifuge, dans les révolutions harmonieuses des sphères ; toutes les formes sont le produit de cette double force dans la nature. Ainsi, pour illustrer notre thèse, nous désignerons l’esprit comme la force centrifuge, et l’âme comme la force centripète, en tant qu’énergies spirituelles. Lorsqu’elles se trouvent en parfaite harmonie, les deux forces produisent un résultat unique ; brisez ou entravez le mouvement centripète de l’âme terrestre qui tend vers son centre d’attraction ; arrêtez sa course, en la surchargeant d’un poids de matière plus grand qu’elle ne peut porter, et l’harmonie de l’ensemble, qui était sa vie, est détruite. La vie individuelle ne peut se continuer que si elle est soutenue par cette double force. La moindre déviation dans cette harmonie la compromet, et lorsqu’elle est détruite sans rémission, les forces se séparent, et la forme est graduellement annihilée. Après la mort des dépravés et des méchants, arrive le moment critique. Si durant sa vie, l’homme intérieur néglige de faire un suprême effort désespéré pour s’unir à la vague lueur rayonnant de son père divin ; si ce rayon est de plus en plus arrêté par l’épaisse croûte de matière, l’âme, une fois dégagée du corps, suit ses attractions terrestres, et est magnétiquement entraînée et retenue par les épais brouillards de l’atmosphère matérielle. Elle coule alors de plus en plus bas, jusqu’à ce qu’elle se trouve, lorsqu’elle reprend conscience, dans ce que les anciens nommaient le Hadès. L’anéantissement d’une telle âme n’est jamais instantané ; il peut durer des siècles peut-être, car la nature ne procède jamais par bonds, et l’âme astrale étant formée d’éléments, la loi d’évolution doit prendre son temps. Alors commence le règne de la terrible loi des compensations, le Yin-youan des Bouddhistes.

Cette catégorie d’esprits est nommée « terrestre » ou « élémentaires terrestres », en opposition avec les autres, comme nous l’avons indiqué dans notre chapitre d’introduction. En Orient, ils sont désignés sous la dénomination de « Frères de l’Ombre ». Rusés, abjects, vindicatifs et cherchant à prendre la revanche de leurs souffrances sur l’humanité, ils deviennent, jusqu’à leur complète annihilation, des vampires, des goules et des comédiens éminents. Ce sont les « étoiles » conductrices sur la grande scène spirite des « matérialisations » dont ils accomplissent les phénomènes avec le concours des plus intelligentes créatures de la catégorie des élémentals authentiques, qui voltigent tout autour, et les accueillent avec plaisir dans leurs propres sphères. Henry Kunrath, le grand cabaliste allemand, représente sur une des gravures de son précieux ouvrage Amphitheatrium Sapientiæl Æternæ, les quatre classes de ces « esprits élémentaires humains ». Une fois le seuil de ce sanctuaire d’initiation franchi, une fois qu’un adepte a soulevé le « voile d’Isis », la déesse mystérieuse et jalouse, il n’a plus rien à redouter ; mais jusque-là, il est constamment en danger.

Bien qu’Aristote lui-même, devançant les physiologistes modernes, considérât l’esprit humain comme une substance matérielle, et se moquât des hylozoïstes, néanmoins il croyait pleinement à l’existence d’une âme « double », ou esprit et âme. Il se moquait de Strabon, parce qu’il croyait qu’une parcelle quelconque de matière, per se, pouvait avoir assez de vie et d’intelligence pour façonner graduellement un monde aussi multiforme que le nôtre (41). Aristote doit la sublime morale de son Ethique à Nichomaque, à une étude approfondie des Fragments Ethiques de Pythagore ; car l’on peut aisément prouver que ce dernier est la source à laquelle il a puisé ses idées, bien qu’il n’ait pu jurer « par celui qui trouva le Tétractys (42) ». Du reste, que savons-nous en fin de compte de certain au sujet d’Aristote ? Sa philosophie est si abstraite, qu’elle laisse constamment au lecteur le soin de suppléer par l’imagination aux lacunes de ses déductions logiques. De plus, nous savons qu’avant que ses ouvrages fussent parvenus à nos savants, qui semblent se complaire dans ses arguments, en apparence athées, à l’appui de sa doctrine du destin, ses œuvres étaient passées par beaucoup trop de mains pour être restées immaculées. De Theophraste, son légataire, elles passèrent à Nelee, dont les héritiers les laissèrent moisir dans des caves souterraines, pendant près de cent cinquante ans (43). Après ce laps de temps, nous dit-on, ses manuscrits furent copiés et considérablement augmentés, par Apellicon de Theos, qui remplaça les paragraphes devenus illisibles, par des conjectures à lui personnelles, et dont beaucoup furent probablement tirées des profondeurs de sa propre conscience. Nos savants du XIXème siècle pourraient certainement profiter beaucoup de l’exemple d’Aristote, s’ils étaient aussi désireux de l’imiter dans la pratique, qu’ils sont empressés à jeter à la tête des Platoniciens sa méthode d’induction et ses théories matérialistes. Nous leur conseillons de rassembler les faits aussi soigneusement qu’il l’a fait, au lieu de nier ceux auxquels ils ne connaissent rien.

Ce que nous avons dit dans le chapitre d’introduction et ailleurs des médiums et des tendances de leur médiumnité, n’est pas basé sur des conjectures, mais sur une expérience personnelle et sur l’observation. Il est à peine une phase de la médiumnité d’un genre quelconque, dont nous n’ayons vu des exemples, durant les vingt-cinq dernières années, dans divers pays. L’Inde, le Tibet, Bornéo, le Siam, l’Egypte, l’Asie Mineure, l’Amérique du Nord et du Sud et autres parties du globe, nous ont montré leurs phases spéciales de phénomènes médiumniques, et de pouvoir magique. Notre expérience variée nous a enseigné deux vérités importantes, savoir : que, pour l’exercice de la puissance magique, la pureté personnelle et l’exercice d’une volonté bien entraînée et indomptable sont indispensables ; et que les spirites ne sont jamais assurés de l’authenticité des manifestations médiumniques, à moins qu’elles ne se produisent en pleine lumière, et dans des conditions de contrôle telles que toute tentative de fraude serait immédiatement découverte.

De crainte d’être mal compris, nous ferons remarquer que, tandis qu’en règle générale, les phénomènes physiques sont produits par les esprits de la nature, agissant de leur propre mouvement, et pour satisfaire leur propre fantaisie, il y a néanmoins de bons esprits humains désincarnés qui peuvent, dans des circonstances exceptionnelles, telles que l’aspiration d’un cœur pur et des conditions très favorables, manifester leur présence par quelques phénomènes, sauf celui d’une matérialisation personnelle. Mais il faut un attrait bien puissant en vérité, pour pousser un pur esprit désincarné à quitter son radieux séjour afin de venir se plonger dans l’atmosphère viciée d’où il s’est évadé en abandonnant son corps terrestre !

Les mages et les philosophes théurgistes s’opposaient avec énergie à « l’évocation des âmes ». « Ne la ramenez pas au monde, dit Psellus en parlant de l’âme, de peur qu’en se retirant, elle n’en conserve quelque chose (44) ». Et un autre philosophe dit : « Il ne vous sied point de les voir avant que votre corps ne soit initié, car, par des leurres incessants, elles séduisent les âmes des non-initiés (45) ».

Ils s’y opposaient pour plusieurs bonnes raisons : 1° « Il est extrêmement difficile de distinguer un bon daemon d’un mauvais », dit Jamblique. 2° « Si une âme humaine réussit à pénétrer dans la densité de l’atmosphère terrestre qui l’oppresse toujours et souvent lui est odieuse, il y a là néanmoins ce danger, que l’âme ne peut rentrer en contact avec le monde matériel sans subir cette conséquence inévitable : « en se retirant, elle en conserve quelque chose » qui contaminera sa pureté et la fera souffrir plus ou moins après son départ. C’est pour cela qu’un vrai théurgiste évite toujours de causer plus de souffrance à un habitant de la sphère supérieure, que les intérêts de l’humanité ne l’exigent absolument. Il n’y a que le magicien noir qui, par de puissantes incantations de nécromancie, rappelle ici-bas les âmes souillées de ceux qui ont mené une vie mauvaise et qui sont toujours disposés à l’aider dans ses projets égoïstes. Nous parlerons ailleurs des rapports avec l’Augoeides, au moyen des pouvoirs médiumniques de médiums subjectifs. Les théurgistes employaient des substances chimiques et minérales, pour chasser les mauvais esprits. Une des plus puissante de ces substances était une pierre nommée Μνιζουριν.

Lorsque vous verrez un daemon terrestre approcher,

Elevez la voix, et sacrifiez la pierre Mnidzourin.

s’écrie un oracle de Zoroastre (Psel, 40, cf Cory, op. cit. 279).

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