LES PHENOMENES CYCLIQUES – partie 6
Dans la Cabale Juive, les esprits de la nature sont connus sous la dénomination générique de Shedim, et divisés en quatre classes. Les Perses les appelaient daëvas ; les Grecs les désignaient indistinctement sous le titre de dæmons ; et les Egyptiens leur donnaient le nom de afrites. Les anciens Mexicains, dit Kaiser, croyaient aux nombreux séjours des esprits, dans l’un desquels les ombres des enfants innocents étaient placées jusqu’à leur distribution finale ; dans un autre, situé dans le soleil, on plaçait les âmes vaillantes des héros ; tandis que les hideux spectres des pécheurs incorrigibles étaient condamnés à errer désespérés, dans des souterrains, retenus dans les limites de l’atmosphère terrestre, sans vouloir ni pouvoir s’en dégager. Ils passaient leur temps à communiquer avec les mortels, et à effrayer ceux qui pouvaient les voir. Quelques tribus africaines les appelaient Yowahous. Dans le Panthéon hindou, il n’y a pas moins de 333.000.000 de genres divers d’esprits, y compris les élémentals, qui plus tard furent nommés Daityas par les Brahmanes. Les adeptes savent que ces êtres sont attirés vers certaines parties du ciel par une force mystérieuse comparable à celle qui fait tourner l’aiguille magnétique vers le nord, ainsi que certaines plantes. On croit aussi que les diverses races ont une sympathie particulière pour certains tempéraments humains, et exercent plus facilement leur pouvoir sur les uns que sur les autres. Ainsi, une personne bilieuse, lymphatique, nerveuse ou sanguine est affectée favorablement ou d’une façon défavorable par certaines conditions de la lumière astrale, résultant de certains aspects des corps planétaires. Ce principe général établi, d’après des observations dont la durée s’étend sur une série indéfinie d’années, l’adepte astrologue n’a besoin que de savoir quels étaient les aspects planétaires à une date antérieure déterminée, et d’appliquer cette connaissance des changements qui se succèdent dans les corps célestes, pour être en mesure de suivre avec une exactitude approchée, les destinées variables du personnage dont il établit l’horoscope, et même de prédire l’avenir. L’exactitude de l’horoscope dépend naturellement, non moins de la connaissance par l’astrologue des forces et des races occultes de la nature, que de son érudition astronomique.
Eliphas Levi expose avec une grande clarté, dans son Dogme et Rituel de Haute Magie, la loi des influences réciproques entre les planètes, et leurs effets combinés sur les règnes minéral, végétal et animal, aussi bien que sur nous-mêmes. Il déclare que l’atmosphère astrale change aussi constamment d’un jour à l’autre, et d’une heure à l’autre, que l’air que nous respirons. Il cite, en l’approuvant, la doctrine de Paracelse que chaque homme, chaque animal et chaque plante portent des signes évidents intérieurs et extérieurs des influences qui dominaient au moment du développement de leur germe. Il répète l’antique doctrine cabalistique que rien n’est sans importance dans la nature, et que, même une aussi petite chose que la naissance d’un enfant sur notre insignifiante planète, a son effet dans l’univers, de même que l’univers entier exerce son influence réactive sur lui.
« Les astres, dit-il, sont liés l’un à l’autre par des attractions qui les maintiennent en équilibre, et les font mouvoir avec régularité dans l’espace. Ce filet de lumière s’étend sur toutes les sphères qu’il enveloppe, et il n’est pas de point, sur une planète quelconque, auquel ne soit attaché un de ces fils indestructibles. L’endroit précis, aussi bien que l’heure de la naissance devraient par conséquent être soigneusement enregistrés par le véritable adepte en astrologie ; puis, lorsqu’il aura fait le calcul exact des influences astrales, il lui restera à compter les chances de sa position dans la vie, les concours sur lesquels il peut compter, les obstacles qu’il aura à surmonter… et enfin ses impulsions naturelles pour l’accomplissement de sa destinée (39) ». Il affirme aussi que la force individuelle d’une personne, comme indication de son aptitude à vaincre les difficultés et les circonstances défavorables, et ainsi façonner sa destinée, ou ses tendances à attendre passivement ce que le destin aveugle lui réserve, doit aussi entrer en ligne de compte.
L’examen de cette question, au point de vue des anciens, nous donne, comme on le voit, une idée bien différente de celle exprimée par Tyndall dans son célèbre discours de Belfast. « C’est aux êtres Supersensoriels, dit-il, qui, tout-puissants et invisibles qu’ils paraissent, ne sont néanmoins qu’une sorte de créatures humaines élevées peut-être au-dessus de l’humanité, et conservant toutes les passions et tous les appétits humains, qu’ont été confiés l’empire et le gouvernement des phénomènes naturels. »
Tyndall, pour affirmer son dire, cite à propos le passage bien connu d’Euripide, que l’on trouve dans Hume : « Les dieux lancent tout au hasard et en désordre, mélangent ensemble les choses les plus opposées, afin que tous, par ignorance et par indécision, nous leur rendions un culte d’autant plus respectueux (40) ». Mais. tout en énonçant, dans Chrysippus, plusieurs doctrines pythagoriciennes, Euripide est considéré par tous les auteurs anciens comme hétérodoxe, et par conséquent la citation tirée de ce philosophe ne corrobore nullement l’argumentation de Tyndall.
En ce qui concerne l’esprit humain, les notions des plus anciens philosophes et des cabalistes du moyen âge, bien que différant sur quelques détails, sont d’accord sur l’ensemble ; de sorte que la doctrine de l’un d’eux peut être considérée comme étant celle de l’autre. La différence la plus substantielle consistait à déterminer la place que doit occuper l’esprit immortel ou divin de l’homme. Tandis que les anciens Néo-Platoniciens professaient que l’Augoeides ne descend jamais hypostatiquement dans l’homme vivant, et qu’il ne fait que projeter plus ou moins son rayonnement sur l’homme intérieur – l’âme astrale – les cabalistes du moyen âge prétendaient que l’esprit, se détachant de l’océan de lumière et d’esprit, entrait dans l’âme de l’homme où il restait emprisonné pendant toute la vie dans l’enveloppe astrale. Cette différence résultait de la croyance plus ou moins enracinée des cabalistes chrétiens, dans la lettre morte de l’allégorie de la chute de l’homme. L’âme, disaient-ils, devint, par la chute d’Adam, souillée par le monde de la matière ou Satan. Avant qu’elle pût comparaître, avec l’esprit divin qu’elle renferme, en présence de l’Eternel, il fallait qu’elle se purifiât des impuretés des ténèbres. Ils comparaient « l’esprit captif dans l’âme à une goutte d’eau enfermée dans une capsule de gélatine et lancée dans l’océan ; tant que la capsule subsiste intacte, la goutte d’eau reste isolée ; mais que l’enveloppe se brise, la goutte devient une partie de l’océan, et son existence individuelle cesse. Il en est de même de l’esprit. Tant qu’il est enfermé dans son intermédiaire plastique, l’âme, il a une existence individuelle, mais que la capsule soit détruite, ce qui peut avoir pour cause l’agonie d’une conscience flétrie, le crime, un mal moral quelconque, alors l’esprit s’en retourne à son lieu d’origine. Son individualité est partie ».
D’autre part, les philosophes qui enseignaient « la chute dans la génération », à leur manière, considéraient l’esprit comme quelque chose de tout à fait distinct de l’âme. Ils admettaient son existence dans l’enveloppe astrale, seulement en ce qui concerne les émanations spirituelles, ou rayons de « l’être lumineux ». L’homme et son âme devaient conquérir leur immortalité en s’élevant vers l’unité, avec laquelle, en cas de succès, ils étaient finalement liés et, dans laquelle, pour ainsi dire, ils s’absorbaient. L’individualisation de l’homme après sa mort dépendait de l’esprit et non de l’âme et du corps. Quoique le mot « personnalité », dans le sens qu’on lui donne généralement, soit une absurdité, si on l’applique littéralement à notre essence immortelle, toutefois celle-ci est une entité distincte, immortelle et éternelle per se ; et, comme dans le cas de criminels pour lesquels il n’y a pas de rédemption, lorsque le fil brillant qui unit l’esprit à l’âme, depuis le moment de la naissance de l’enfant, est violemment tranché, et lorsque l’être désincarné est condamné à partager le sort des animaux inférieurs, à se dissoudre graduellement dans l’éther, et à voir son individualité annihilée, même dans ce cas-là, l’esprit reste encore un être distinct. Il devient un esprit planétaire, un ange ; car les dieux des païens ou les archanges des chrétiens, émanations directes de la Cause Première, malgré la déclaration aventurée de Swedenborg, n’ont jamais été et ne seront jamais des hommes, du moins sur notre planète.
Cette spécialisation a été de tous temps la pierre d’achoppement des métaphysiciens. Tout l’ésotérisme de la philosophie bouddhique est basé sur cet enseignement mystérieux, compris par si peu de personnes, et complètement dénaturé par beaucoup de nos savants les plus érudits. Les métaphysiciens eux-mêmes sont trop enclins à confondre l’effet avec la cause. Une personne peut avoir gagné la vie immortelle, et demeurer le même soi intérieur qu’elle était sur la terre, et cela pendant toute l’éternité ; mais il ne s’ensuit pas nécessairement qu’elle doive continuer à être le Monsieur un tel ou la Madame une telle qu’elle était sur la terre, ou perdre son individualité. C’est pourquoi l’âme astrale et le corps terrestre de l’homme peuvent, dans le sombre au-delà, être absorbés dans l’océan cosmique des éléments sublimés, et cesser de sentir leur ego, si cet ego n’a pas mérité de s’élever plus haut ; et l’esprit divin reste encore une entité non changée, quoique les expériences terrestres de ses émanations puissent être entièrement oubliées dès l’instant de sa séparation avec son indigne véhicule.
Si « l’esprit » ou la partie divine de l’âme préexiste, en tant qu’entité distincte, de toute éternité, ainsi qu’Origene, Synesius, et d’autres pères et philosophes chrétiens l’ont enseigné, et si cet esprit est le même et rien de plus que l’âme métaphysiquement objective, comment pourrait-elle être autrement qu’éternelle ? Et dans ce cas, qu’importerait-il que l’homme menât une vie animale ou une vie pure, si, quoi qu’il fasse, il ne devait jamais perdre son individualité ? Cette doctrine est aussi pernicieuse dans ses conséquences que celle de l’expiation par substitution. Si ce dernier dogme avait été montré sous son véritable jour, de même que la fausse idée que nous sommes tous immortels, l’humanité aurait été rendue meilleure par sa propagation. Le crime et le péché auraient été évités, non par crainte d’un châtiment terrestre ou d’un enfer ridicule, mais sous l’influence du désir profondément enraciné dans notre nature intime d’une vie individuelle distincte, dans l’autre monde, l’assurance positive que nous ne pouvons la mériter, si nous ne « nous emparons du royaume des cieux par la violence », et enfin la conviction que ni les prières des hommes, ni le sang d’un autre ne peuvent nous sauver de la destruction individuelle après la mort, à moins que nous ne nous unissions étroitement pendant notre vie terrestre, à notre propre esprit immortel, notre DIEU.
Pythagore, Platon, Timee de Locres et toute l’école d’Alexandrie faisaient dériver l’âme de l’universelle Ame du Monde ; et cette dernière était, selon leurs propres enseignements, l’éther ; quelque chose d’une nature si raffinée, qu’elle ne pouvait être perçue que par la vue intérieure. C’est pour cela qu’elle ne peut être l’essence de la Monade, ou cause, parce que l’anima mundi n’est que l’effet, l’émanation objective de la Monade. L’esprit de l’homme et son âme spirituelle sont tous les deux préexistants. Mais tandis que le premier existe comme entité distincte, comme individualisation, l’âme humaine n’est qu’à l’état de matière préexistante, partie inconsciente d’un tout intelligent. Tous les deux ont été formés originellement de l’Eternel Océan de Lumière ; mais, comme l’expriment les théosophes, il y a dans le feu un esprit visible aussi bien qu’invisible. Ils faisaient une différence entre l’anima bruta et l’anima divina. Empedocle croyait fermement que tous les hommes et tous les animaux possèdent deux âmes ; et nous trouvons dans Aristote qu’il nomme l’une d’elles l’âme raisonnable, νσμς, et l’autre l’âme animale, φυχη. Selon ces philosophes, l’âme qui raisonne vient du dehors de l’âme universelle, l’autre du dedans. Cette région supérieure et divine, dans laquelle ils plaçaient la divinité suprême et invisible, était considérée par eux (et par Aristote lui-même), comme un cinquième élément purement spirituel et divin, tandis que l’anima mundi proprement dite était composée d’une nature subtile, ignée et aethérée, répandue dans tout l’univers, en un mot l’aether. Les stoïciens, les matérialistes les plus célèbres de l’antiquité, affirmaient que tout était formé d’une substance corporelle de cette nature, excepté le Dieu Invisible et l’Ame Divine (l’Esprit). Leurs commentateurs modernes et leurs admirateurs, saisissant l’occasion avec empressement, ont échafaudé là-dessus l’hypothèse que les stoïciens ne croyaient ni en Dieu, ni en l’âme. Mais Epicure, dont la doctrine, militant directement contre l’intervention d’un Être Suprême et de dieux dans la formation ou le gouvernement du monde, le plaçait bien au-dessus des stoïciens dans le champ de l’athéisme et du matérialisme, enseignait pourtant que l’âme est d’une essence subtile et tendre, formée des atomes les plus suaves, les plus arrondis et les plus beaux, dont la description nous ramène en définitive à l’idée de l’éther sublimé. Arnobe, Tertullien, Irenee et Origene, malgré leur Christianisme, croyaient, avec les plus modernes Spinoza et Hobbes, que l’âme était corporelle, quoique d’une nature extrêmement subtile.
Cette doctrine de la possibilité de perdre son âme, et par conséquent son individualité est contraire aux théories idéales et aux pensées progressives de quelques spirites, bien que Swedenborg l’ait pleinement adoptée. Ils n’accepteront jamais la doctrine cabalistique, qui enseigne que ce n’est qu’en observant la loi d’harmonie que la vie individuelle future peut être obtenue ; et que plus l’homme intérieur et extérieur s’éloigne de cette source d’harmonie qui jaillit de notre esprit divin, plus il lui est difficile de regagner le terrain perdu.
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