LES PHENOMENES CYCLIQUES – partie 10
Le professeur Denton, en parlant de l’avenir de la psychométrie dit : « L’astronomie ne dédaignera pas le concours de cette puissance. Comme de nouvelles formes d’être organiques sont révélées, lorsque nous retournons vers les périodes géologiques des âges antérieurs, de même de nouveaux groupements d’étoiles, de nouvelles constellations seront découvertes, lorsque les cieux de ces périodes antiques auront été examinés à l’aide de la vision perçante des psychomètres futurs. Une carte soigneusement dressée du firmament étoilé, pendant l’époque silurienne, nous révélerait bien des secrets que nous n’avons pu découvrir jusqu’à présent… Pourquoi donc ne pourrions-nous pas être, un jour, à même de lire l’histoire des divers corps célestes… leur histoire géologique, naturelle et peut-être aussi humaine… ? J’ai de bonnes raisons de croire que des psychomètres bien exercés pourront un jour voyager d’une planète à l’autre, et connaître à fond leur condition actuelle, aussi bien que leur histoire passée (59) ».
Herodote nous apprend que dans la huitième des tours de Bélus à Babylone, laquelle servait aux astrologues sacerdotaux, il y avait une chambre supérieure, un sanctuaire, où les prêtresses prophétesses dormaient pour recevoir les communications du dieu. À côté de la couche était placée une table d’or, sur laquelle étaient posées diverses pierres, que Manethon nous apprend avoir été toutes des aérolithes. Les prophétesses développaient en elles-mêmes la vision prophétique en plaçant ces pierres sacrées sur leur tête ou en les pressant sur leur sein. La même chose avait lieu à Thèbes et à Patara, dans la Lycie (60).
Cela semblerait indiquer que les anciens connaissaient la psychométrie, et la pratiquaient sur une assez vaste échelle. Nous avons lu quelque part que la profonde connaissance que possédaient, d’après Draper, les anciens astrologues de la Chaldée, des planètes et de leurs relations, avait été acquise par la divination à l’aide du betylos, ou pierre météorique, plus que par les instruments astronomiques. Strabon, Pline, Helancius, parlent tous du pouvoir électrique ou électromagnétique des betyli. Ils étaient révérés dès la plus haute antiquité en Egypte et en Samothrace, comme des pierres magnétiques « renfermant des âmes tombées du ciel », et les prêtres de Cybèle portaient un petit betylos sur eux. Quelle curieuse coïncidence entre ces pratiques des prêtres de Bélus et les expériences du professeur Denton !
Ainsi que le professeur Buchanan le fait remarquer, la psychométrie nous permettra… de découvrir le vice et le crime. Aucun acte criminel… ne pourra échapper aux regards du psychomètre, lorsque ses facultés seront convenablement développées… et la certitude de découvrir le coupable (si secret que puisse être l’acte) rendra vain tout effort pour le cacher (61).
Porphyre dit, en parlant des élémentaires : « Ces êtres invisibles ont reçu des hommes les honneurs divins… une croyance universelle laisse supposer qu’ils sont capables de devenir extrêmement malfaisants ; cela démontre que leur haine est dirigée contre ceux qui négligent de leur offrir un culte légitime (62) ».
Homere les décrit en ces termes : « Nos dieux nous apparaissent lorsque nous leur offrons des sacrifices ;… s’asseyant à nos tables, ils prennent part à nos repas de fête. Lorsqu’ils rencontrent dans ses voyages quelque Phénicien solitaire, ils lui servent de guides, et manifestent de toute façon leur présence. On peut dire que notre piété nous rapproche d’eux, autant que le crime et l’effusion du sang unissent les Cyclopes à la race féroce des géants (63) ». Cela prouve que ces dieux étaient des daemons bienveillants et portés à la bienfaisance, et que, soit qu’ils fussent des esprits désincarnés ou des êtres élémentaires, ils n’étaient pas des diables.
Le langage de Porphyre, qui était lui-même un disciple direct de Plotin, est encore plus explicite, quant à la nature de ces esprits. « Les daemons, dit-il, sont invisibles ; mais ils savent comment se revêtir de formes et de figures sujettes à de nombreuses variations, qui peuvent être expliquées par le fait que leur nature a beaucoup d’éléments corporels. Leur séjour est dans le voisinage de la terre… et lorsqu’ils peuvent s’échapper à la surveillance des bons démons, il n’est pas de méfait qu’ils ne soient prêts à commettre. Un jour, ils emploieront la force brutale ; un autre jour ils auront recours à la ruse (64) ». Plus loin, il dit : « C’est un jeu d’enfant pour eux que d’exciter en nous de viles passions, d’inculquer aux nations et aux sociétés des doctrines turbulentes, de provoquer des guerres, des séditions, et d’autres calamités publiques, et de nous dire ensuite que tout cela est l’œuvre des dieux… Ces esprits passent leur temps à tromper et à décevoir les mortels, à produire autour d’eux des illusions et des prodiges ; leur plus grande ambition est de passer pour des dieux et des âmes (65) (des esprits désincarnés). »
Jamblique, le grand théurgiste de l’école néo-platonicienne, homme versé dans la magie sacrée, enseigne que les « bons daemons nous apparaissent en réalité, tandis que les mauvais ne peuvent se manifester que sous la forme nébuleuse de fantômes« . Dans un autre passage, il confirme le dire de Porphyre, et il nous dit que… les bons ne craignent pas la lumière, tandis que les mauvais ont besoin de ténèbres… Les sensations qu’ils provoquent en nous, nous font croire à la présence et à la réalité des choses qu’ils montrent, bien que ces choses n’existent pas (66). »
Les théurgistes les plus expérimentés trouvaient parfois du danger dans leurs rapports avec certains élémentaires, et Jamblique déclare que « les dieux, les anges et les daemons, aussi bien que les âmes peuvent être appelés par l’évocation et la prière… Mais prenez garde lorsqu’une erreur est commise pendant les opérations théurgiques. Ne vous imaginez pas communiquer avec des divinités bienfaisantes qui ont répondu à votre fervente prière ; non, car ce sont de mauvais daemons, sous le masque de bons ! En effet, les élémentaires se présentent souvent sous l’apparence de bons esprits, et ils s’arrogent un rang bien supérieur à celui qu’ils occupent réellement. Leurs vantardises les trahissent (67). »
Il y a une vingtaine d’années, le baron Du Potet, dégoûté de l’indifférence des savants qui persistaient à voir dans les plus grands phénomènes psychologiques le résultat d’adroites prestidigitations, donnait libre cours à son indignation en ces termes :
« Me voici, je puis le dire en vérité, en route pour la terre des merveilles ! Je me prépare à blesser toutes les opinions, et à provoquer le rire chez nos plus illustres savants… car, je suis convaincu que les agents d’une puissance immense existent en dehors de nous ; qu’ils peuvent entrer en nous, faire mouvoir nos membres et nos organes ; et en user à leur fantaisie. C’était, après tout, la croyance de nos père et de tout l’antiquité. Chaque religion a admis la réalité d’agents spirituels… Rappelant les innombrables phénomènes que j’ai produits sous les yeux de milliers de personnes, voyant la stupide indifférence de la Science officielle en présence d’une découverte qui transporte l’esprit dans les régions de l’inconnu ; vieillard, au moment où je devrais naître, pour ainsi dire… je ne suis pas certain qu’il n’eût pas mieux valu pour moi avoir partagé l’ignorance commune.
J’ai supporté que l’on me calomniât par écrit, sans réfuter les calomnies… Dans un cas, c’est la simple ignorance qui fait parler, et je garde le silence ; dans un autre encore c’est un esprit superficiel qui, élevant la voix, commet une bévue, et j’hésite, ne sachant si je dois parler ou me taire. Est-ce indifférence ou apathie ? La crainte a-t-elle le pouvoir de paralyser mon esprit ? Non ; aucune de ces choses ne me touche ; je sais, tout simplement, qu’il faut prouver ce que l’on avance, et c’est ce qui me retient. Car, en justifiant mes assertions, en montrant le FAIT vivant, qui démontre ma sincérité et la vérité, je transporte hors de L’ENCEINTE DU TEMPLE l’inscription sacrée, QU’AUCUN OEIL PROFANE NE DOIT JAMAIS LIRE.
Vous doutez de la sorcellerie et de la magie ? Ô vérité ! ta possession est un lourd fardeau (68) ! »
Avec un fanatisme que l’on chercherait vainement en dehors de l’Eglise dans l’intérêt de laquelle il écrit, des Mousseaux cite ce passage comme une preuve positive que ce savant dévoué, et tous ceux qui partagent sa croyance, se sont placés sous la domination du Démon !
La suffisance est un travers qui constitue l’obstacle le plus sérieux à l’instruction du spirite moderne. Son expérience de trente années de phénomènes lui paraît suffisante pour avoir établi des rapports entre les mondes sur des bases inébranlables. Ces trente années ont non seulement produit chez lui la conviction que les morts communiquent avec les vivants, et prouvent ainsi l’immortalité de l’esprit, mais elles ont encore inculqué dans son esprit l’idée que l’on ne peut rien apprendre de l’autre monde, ou fort peu de chose, si ce n’est à l’aide de médiums.
Les récits du passé n’existent pas pour les spirites, ou s’ils sont familiers avec ses trésors accumulés, ils les considèrent comme n’ayant aucun rapport avec leurs propres expériences. Et cependant, les problèmes qui les embarrassent tant étaient résolus, il y a des milliers d’années, par les théurgistes, qui en ont laissé les clés à ceux qui les cherchent dans des dispositions convenables, et avec discernement. Est-il possible que la nature ait changé son œuvre, et que nous ayons affaire à des esprits et à des lois différents de ceux de l’antiquité ? Ou bien un spirite quelconque s’imagine-t-il qu’il en sait davantage ou même autant, au sujet des phénomènes médiumniques et de la nature des divers esprits, que cette caste sacerdotale, qui passa sa vie dans la pratique de la théurgie, connue et étudiée depuis des siècles sans nombre ? Si les récits d’Owen, de Hare, d’Edmonds, de Crookes et de Wallace sont dignes de foi, pourquoi ceux d’Herodote, le « Père de l’Histoire », de Jamblique et de Porphyre, et de centaines d’autres auteurs anciens ne le seraient-ils pas ? Si les phénomènes des spirites se présentent dans des conditions de contrôle absolu, il en était de même de ceux des anciens théurgistes, dont les relations, d’ailleurs, prouvent qu’ils pouvaient provoquer et varier les manifestations à volonté. Le jour où ce fait sera reconnu, et où les spéculations sans profit des chercheurs modernes feront place à l’étude patiente des œuvres des théurgistes, ce jour-là marquera l’aurore de nouvelles et importantes découvertes dans le champ de la psychologie.