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LES IDÉAUX ASSASSINÉS (du Maître M.)

Avez-vous enfin compris que même un meurtre prémédité n’a pas pour la personne tuée ou pour le meurtrier des conséquences aussi graves que la destruction d’un idéal élevé par une mauvaise langue ? La mort du corps est une petite chose lorsqu’on la compare à la mort d’une âme, et l’âme dépend pour sa nourriture, et par conséquent pour sa vie, de la puissance de ses idéaux élevés.

Toute comparaison malicieuse, tout sous-entendu, insulte, sarcasme ou moquerie en parole ou en pensée de la part d’une autre personne, sert à miner ou à détruire la confiance et la foi que l’on place dans un idéal de vérité ou de vertu. Lorsque se produit la première déchirure dans la belle lumière qui irradie de cet idéal, vous pouvez vous sentir un peu inconfortable, peut-être même être amené à protester, mais vous ne comprenez pas l’énormité de l’offense ou son effet sur vous. Cet idéal est la chose la plus pure, la plus sainte au monde pour vous, quoi qu’il puisse être pour les autres. Il est si merveilleusement pur que la plus petite tache est clairement visible. La force corrosive qui a fait cette tache ronge lentement les replis les plus profonds de votre être. Vous ne pouvez pas l’oublier, vous êtes incapable de ne pas en tenir compte. Elle déchire le tissu mental de votre idéal et y laisse une grande cavité qui s’élargit et se creuse avec chaque attaque, avec chaque mot qui semble corroborer le premier élément de doute. Un jour, vous comprenez qu’à la place de l’idéal pur et beau que votre ennemi déclaré, ou celui qui semblait votre ami, a tué, vous trouvez maintenant un enfer parfait. Vous avez perdu la paix de l’esprit, le matérialisme a remplacé la foi, le doute a chassé la confiance, vous êtes devenu un sépulcre vivant d’espoirs morts. Lorsque vous faites l’inventaire de vos possessions et que vous apprenez la cause de votre banqueroute mentale évidente, dans quatre-vingt-dix-neuf cas sur cent, vous apprenez que votre ruine a été causée par ceux que vous croyiez être vos amis, qui ont agi par jalousie de vous ou d’autres, par ambition personnelle, par caprice. Et vous, pauvre innocent que vous étiez, vous ne vous êtes jamais méfié de ce qui semblait être de la sympathie pour vos objectifs supérieurs, des comparaisons établies délicatement entre vos idéaux et les leurs. Vous n’avez jamais rêvé que la profonde pitié exprimée pour votre ignorance, l’aide offerte chaleureusement, et finalement la caricature grotesque que la familiarité avec votre idéal et vous-même rendait possible, faisaient toutes partie d’un complot secret établi par les ennemis de la race humaine sur d’autres plans. Vous vous retrouvez avec un vide douloureux où vivait autrefois l’idéal de votre cœur, votre être tout entier souffre du poison qui vous a été administré si habilement, et vous n’avez plus l’énergie de construire un autre idéal. En effet, votre imagination a perdu toute sa vitalité, et vous n’avez même plus le désir de chercher un autre sujet d’adoration.

«Combien de temps, Ô Seigneur, combien de temps » nous faudra-t-il pour apprendre que ça ne fait littéralement aucune différence que notre esprit soit fixé sur une représentation individuelle de cet idéal, incarné dans une personnalité, ou sur l’idéal d’un Dieu surnaturel. C’est nous-mêmes qui avons, par notre amour, donné vie à cet idéal, et qui l’avons habillé de vêtements spirituels. C’est ce que cet idéal vaut pour nous qui compte, et non pas ce qu’il vaut pour les autres. Que ce soit un bâton ou une pierre, une personnalité ou un Dieu, cela ne fait aucune différence. Ce n’est même pas important pour nous ce que cette personnalité peut ou ne peut pas faire, que le bâton ou la pierre soient grossiers ou taillés. Des liens cosmiques, des relations karmiques entre nous et la substance de l’idéal représenté ainsi nous permettent de recevoir de l’aide du Seigneur de toute vie que nous avons photographié mentalement dans cet idéal, et de lui offrir la dévotion appropriée. Ce n’est que lorsque nous faisons une idole de la personnalité, du bâton ou de la pierre, en oubliant que cette idole n’est que de l’argile, que nous sommes en danger. L’idéal se tient au-dessus de notre tête, comme le dessin du tisserand au-dessus de son métier. Même si c’est inconscient, c’est vers ce dessin, notre idéal sacré, que les pensées et les langues des méchants dirigent leurs saletés, lorsque ces gens tentent délibérément de briser notre foi et de détruire notre amour pour nos idéaux.

HILARION - Temple 1 - Leçon 62