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LES HAUTEURS DES MONTAGNES

Il est facile de trouver des mots pour exprimer des idées ou des théories philosophiques ou scientifiques. Il est facile de parler des éléments de notre existence matérielle, mais où trouver les mots pour exprimer les vérités profondes de notre vie spirituelle, le désir intense et inexprimable de l’âme éveillée pour la source de son être ? Comment décrire l’inexprimable et douloureuse extase de l’âme, qui commence enfin à vivre, à la fois à cause de la séparation et de sa relation avec – non, de son unité avec – tout ce qu’elle a jamais appris à croire ou dont elle a personnellement fait l’expérience concernant Dieu, l’Infini ?

La vie humaine est considérée comme si peu importante et la nature semble rivaliser avec l’homme pour tellement sous-estimer la valeur d’une seule vie, que cette valeur inestimable, en tant qu’aspect différencié du Père-Mère infini, ne reçoit pas la reconnaissance respectueuse qu’elle mérite. En fait, elle ne reçoit aucune reconnaissance, à moins qu’elle ne soit incarnée en un signe de dollar. Cette non-reconnaissance de la valeur de la vie se remarque spécialement dans le cas des âmes d’hommes qui sont soit non éveillées, soit assassinées. Les premières n’ont jamais connu quoi que ce soit qui pourrait leur permettre d’établir une hypothèse ou une analogie pour ensuite faire une comparaison pour comprendre cet état de conscience spirituelle. Quant aux dernières, s’il leur reste le moindre souvenir de cette expérience, ils refusent d’y songer à cause de la peur ou du désespoir qui s’ensuivrait, car ces deux états produisent une souffrance insupportable. C’est surtout à ceux qui ont atteint, quand ce ne serait qu’un peu, une ou davantage des hauteurs incommensurables de la solitude spirituelle, que je souhaite adresser un témoignage de la sympathie et du désir de les aider qui remplit mon cœur.

Ô mes enfants, si vous pouviez seulement comprendre qu’un seul mot, « séparation », détient la clé de toute cette souffrance ! Si vous pouviez seulement forcer votre cœur à répondre à votre cerveau lorsque vous essayez de faire une synthèse des forces de vie et de vous former une conception intellectuelle de l’unité. Cela vous permettrait de comprendre, avec la certitude de la connaissance spirituelle, que la même essence spirituelle qui anime votre cœur anime également le cœur de chaque autre être humain, qu’il soit bon, méchant ou indifférent ! Si vous pouviez sentir intuitivement que la grande énergie d’amour que votre âme essaie d’atteindre avec une angoisse et un désir indicibles vous attire également à travers les yeux de toutes les créatures vivantes, que la partie intellectuelle de cette créature soit consciente ou non de ce fait. C’est uniquement une question d’expérience plus ou moins grande qui vous empêche tous les deux de reconnaître votre relation et votre devoir l’un envers l’autre ! Tant que votre cœur ne sera pas attendri par le véritable feu spirituel de l’amour pour tout ce qui vit, il ne vous sera jamais possible de vous délivrer de ces sommets de solitude. L’amour humain qui vous permet de vous attacher à une personne, et vous rend indifférent envers toutes les autres, ne sert qu’à placer vos pieds sur la pente de la montagne. Dans l’amour humain, comme dans toutes les autres expressions matérielles de la vie, on trouve toujours les deux grandes forces universelles de l’action et de la réaction. Cet amour humain peut vous donner temporairement un léger aperçu de ce que l’amour spirituel de Dieu et pour Dieu peut être. Mais la réaction de cette même force, qui doit inévitablement s’ensuivre, vous rendra froid et indifférent, par comparaison, envers l’objet de votre affection passée, ainsi qu’envers tous les autres.

Ce n’est pas pour le plaisir de répéter la même chose que je vous ai dit tellement souvent que j’essaie de vous atteindre et de vous attirer à moi dans mon désir. J’essaie de vous faire comprendre, si c’est possible, que vous ne serez jamais capable de gravir les hauteurs ni d’atteindre le refuge de la satisfaction de l’âme, tant que vous n’aurez pas réussi à percevoir la grande force Père-Mère sous les vêtements des êtres humains les plus dégoûtants et les plus repoussants, tant que vous n’aurez pas senti les battements du cœur du Grand Maître contre votre cœur à l’appel de votre pire ennemi autant qu’à l’appel de votre bien-aimé(e). Ne laissez pas les faux raisonnements de ceux qui ne savent pas de quoi ils parlent vous faire croire que vous allez acquérir la sagesse en étouffant votre sympathie et en tuant votre amour, parce que la réaction qui suit ces méthodes vous plongera inévitablement dans un enfer de désirs intenses, insatisfaits et impossibles à satisfaire, qu’aucune langue ne peut décrire. Il est impossible de se moquer de Dieu ou de le mettre à zéro sans danger, parce que Dieu est amour.

À quoi vous serviraient les trésors de la Lémurie maintenant disparue sous la mer, la sagesse cachée des Pyramides, la connaissance de l’action conjointe des soleils de l’espace, et celle de la terre, de la mer et du ciel, si la grande réalité sous-jacente à tout cela et qui pénètre tout cela vous est cachée ?

Tout ce que j’ai gagné, et que d’autres comme moi ont gagné dans des incarnations sans nombre, et que je pourrais vous communiquer, n’est que de la paille inutile à côté du blé – de l’amour – qui seul peut donner de la vie et de la valeur à cela et à tout le reste.

Il est par conséquent peu étonnant que j’en fatigue quelques-uns d’entre vous avec ce qui semble des répétitions inutiles. Préféreriez-vous que je vous donne à manger de la paille, et que, tout en regardant vos visages affamés, je refuse de vous donner du blé et du vin, pour le cas où ça vous dérangerait de le manger, ou de peur que vous me les rejetiez au visage, comme vous l’avez fait déjà ?

Un bon jour, les écailles tomberont des yeux maintenant aveugles, et laisseront la lumière que je vous apporte atteindre les chambres intérieures des cœurs fermés à double tour à mon message par l’orgueil et l’ignorance.

HILARION - Temple 1 - Leçon 63