LES FENÊTRES DE L’ÂME
La religion chrétienne ne reconnaît rien de plus grand que le Dieu personnel. Les chrétiens fervents considèrent que ceux qui croient dans l’Absolu, la Trinité de la Vie et les forces naturelles personnifiées sont des païens. D’autre part, de nombreux étudiants des grands mystères refusent de voir dans le Dieu personnel des chrétiens une représentation de la première manifestation personnalisée de l’Absolu. En conséquence, les deux parties entretiennent année après année ce grand débat, sans se comprendre et en s’accusant l’une l’autre de tous les maux, au lieu de chercher le terrain d’entente de la foi qui les habite tous deux. On retrouve ce triste état de choses dans toutes les controverses entre les diverses branches des grands organismes sur des points mineurs de leurs croyances, par exemple sur les états de conscience qui existent après qu’on soit affranchi du plan physique, les pouvoirs et les capacités des divers ordres et niveaux d’êtres, etc. Si le temps consacré à cette controverse était employé à faire des recherches animées par un désir sincère de trouver la vérité, chacun verrait bientôt que les croyances de l’autre ont les mêmes bases que les siennes, et que les véritables points de divergence sont tellement minuscules qu’ils ne méritent pas un examen sérieux. Une grande partie du problème réside dans l’inaptitude à saisir que Dieu et les hommes partagent une même conscience, qui opère dans la matière et à travers elle.
Si le lotus sacré de l’Extrême-Orient, qu’on appelle nénuphar en Occident, pouvait parler la langue des humains, il raconterait de nombreuses histoires des trois royaumes de la terre, de l’eau et de l’air qu’il habite simultanément. Il dirait des contes de petites choses grouillantes, d’habitants de l’eau qui se déplacent rapidement, d’oiseaux aux plumages étranges, et de curieux insectes sur lesquels les yeux des hommes reposent rarement.
Si l’âme impersonnelle qui habite le cœur de l’homme pouvait se faire comprendre de ce cœur, elle pourrait raconter encore d’autres histoires merveilleuses de l’air, de l’éther et de l’akasha, ainsi que du feu, de l’eau et de la terre. En effet, tout comme le lotus vit habituellement dans trois royaumes, l’âme vit simultanément dans six royaumes ou plans de conscience. Sa mémoire des plans supérieurs peut être inhibée temporairement, si elle est liée à la Terre comme le sont presque toutes les races terrestres actuelles, mais ces liens peuvent être brisés. Dans la majorité des cas, cependant, avant que l’âme puisse s’échapper et rejeter le manteau d’oubli qui la recouvre depuis son entrée dans la condition humaine, son enveloppe de chair doit être détruite, et la corde d’argent qui la retient, coupée. On décrit encore la mort comme une horreur squelettique à la majorité de l’humanité, au lieu du brillant ange de libération qu’elle est vraiment. L’ignorance maintient cette race sous le joug de la peur de la mort, comme elle l’a toujours tenue dans la peur de tout phénomène inconnu ou non vérifié. Les racines du lotus, enterrées dans la vase et la boue, n’ont pas conscience de la fleur exquise qui flotte avec grâce dans l’air au-dessus d’eux, mais l’âme ou la conscience de la fleur connaît parfaitement les racines, la tige et la fleur. Elle sait aussi qu’une main rude peut les arracher du sol et laisser la plante comme une chose morte à la surface de l’eau. L’âme de l’homme, cependant, comme un oiseau en train de couver, se niche dans chaque corps qu’elle a bâti, et elle observe à travers lui les royaumes de la vie. Lorsqu’un de ses corps se détériore et dépérit, elle n’a qu’à en créer un autre, ou rester dans ceux qui existent déjà dans les plans intérieurs, car elle n’a que temporairement perdu l’usage de la fenêtre qui donne sur le plan particulier où ce corps était actif.
HILARION - Temple 1 - Leçon 44