LES ELEMENTS, LES ELEMENTALS ET LES ELEMENTAIRES – partie 4
Quoi de plus naturel que certains médiums vilipendent les théurgistes anciens et expérimentés, lorsque nous voyons Jamblique, le professeur de la théurgie spirituelle, interdisant strictement tout effort pour produire de pareilles manifestations de phénomènes, si ce n’est à la suite d’une longue préparation, par une purification morale et physique, et sous la direction de théurgistes expérimentés. Il ajoute encore qu’à part de très rares exceptions, « paraître allongée ou épaissie, ou bien être soulevée dans les airs » est, pour une personne, un indice certain d’obsession par de mauvais démons (371).
Chaque chose, en ce monde, en son temps, et la vérité, quoique fondée sur des preuves irréfutables, ne prendra pas racine, ni ne poussera, si, de même que la plante, elle n’est pas semée à l’heure convenable. « Le siècle doit être préparé », dit le professeur Cooke ; et il y a une trentaine d’années, cet humble ouvrage lui-même aurait été voué à la destruction à cause de son contenu. Mais le phénomène moderne, malgré les scandales quotidiens, le ridicule dont l’accablent tous les matérialistes, et ses nombreuses erreurs, grandit et s’enrichit de faits, sinon de sagesse et d’esprit. Ce qui, il y a vingt ans, aurait paru tout simplement absurde, est écouté aujourd’hui que les phénomènes sont défendus par d’illustres savants. Malheureusement, si les manifestations augmentent chaque jour de puissance, il n’y a pas d’amélioration correspondante dans le domaine de la philosophie. Le discernement des esprits laisse autant à désirer que jamais.
Parmi tous les auteurs spirites d’aujourd’hui, il n’en est peut-être pas un qui soit tenu en plus haute estime, pour le caractère, l’éducation, la sincérité et le talent, que Epes Sargent, de Boston (Massachusetts). Sa monographie intitulée La preuve palpable de l’Immortalité, occupe, à juste titre, un haut rang parmi les ouvrages publiés sur cette question. Quoique tout à fait disposé à être charitable et indulgent envers les médiums et leurs phénomènes, M. Sargent se voit forcé de leur tenir ce langage : « Le pouvoir des esprits de reproduire les formes des personnes qui ont quitté la vie terrestre, suggère cette question ; jusqu’à quel point pouvons-nous être assuré de l’identité d’un esprit quelconque, quelles que soient les preuves données ? Nous ne sommes pas encore arrivés à ce degré de connaissance qui nous permette de répondre avec confiance à cette question… Le langage et les actes de cette sorte d’esprits matérialisés est encore une énigme pour nous. » Quant à la portée intellectuelle de la plupart des esprits qui se cachent derrière les phénomènes physiques, M. Sargent est, sans aucun doute, considéré comme un juge très compétent et voici ce qu’il dit : « la grande majorité de ces esprits, de même que dans ce monde, sont d’une nature inintelligente ». Nous serait-il permis de demander, si la question n’est pas indiscrète, pourquoi ils manquent ainsi d’intelligence, si ce sont des esprits humains ? Ou bien les esprits humains intelligents ne peuvent pas se matérialiser, ou alors les esprits qui se matérialisent n’ont pas d’intelligence humaine et par conséquent, suivant l’assertion même de M. Sargent, ils peuvent tout aussi bien être des esprits « élémentaires » qui ont entièrement cessé d’être humains ; ou ce sont les démons qui, suivant les Mages de la Perse et Platon, tiennent un rang intermédiaire entre les dieux et les hommes désincarnés.
L’expérience de M. Crookes est un sûr garant que de nombreux esprits « matérialisés » parlent à voix intelligible. Or nous avons montré, sur le témoignage des anciens, que la voix des esprits humains n’est pas et ne peut pas être articulée ; elle est comme un « profond soupir », ainsi que le déclare Emmanuel Swedenborg. Auquel des deux témoins devons-nous ajouter foi ? Est-ce le témoignage des anciens qui avaient l’expérience de tant de siècles de pratique théurgique, ou est-ce celui des spirites modernes qui n’en ont absolument aucune, et qui n’ont point de faits sur lesquels baser une opinion, sauf ceux qui leur ont été communiqués par des « esprits », dont ils n’ont pas les moyens de prouver l’identité ? Il y a des médiums dont les organismes ont évoqué parfois des centaines de ces formes prétendues humaines ; et cependant nous ne nous rappelons pas en avoir vu ni entendu un seul qui ait exprimé autre chose que les idées les plus banales, les lieux communs les plus vulgaires. Ce fait devrait certainement appeler l’attention des spirites les moins critiques. Si un esprit est capable de parler, et si la voie est ouverte aux êtres intelligents aussi bien qu’aux inintelligents, pourquoi ne nous donnent-ils pas quelquefois des allocutions, qui approchent, dans une mesure quelconque, de la qualité des communications obtenues, au moyen de « l’écriture directe ? » M. Sargent met en avant une idée suggestive et pleine de conséquences, dans la phrase suivante : « La question de savoir jusqu’à quel point le fait de la matérialisation limite leurs opérations mentales et leurs souvenirs, ou jusqu’à quel point ils sont limités par l’horizon intellectuel du médium, est encore à résoudre (372) ». Si c’est le même genre d' »esprits » qui se matérialise et qui produit l’écriture directe et si, dans les deux cas, c’est par l’entremise des médiums qui produit l’écriture directe et si dans les deux cas, c’est par l’entremise des médiums qu’il se manifeste, dans l’un ne disant que des niaiseries, tandis que dans l’autre il nous donne souvent des enseignements philosophiques sublimes, pourquoi leurs opérations mentales seraient-elles limitées « par l’horizon intellectuel du médium », dans un cas plus que dans l’autre ? Les médiums à matérialisations – du moins dans l’étendue de notre observation – ne sont pas plus dépourvus d’instruction que bien des paysans et des ouvriers qui à diverses époques, ont présenté au monde, sous des influences supérieures, des idées profondes et d’une grande élévation. L’histoire psychologie abonde en exemples à l’appui de cette thèse, et, dans le nombre, on remarque ceux de Jacob Boehme, le cordonnier ignorant mais inspiré, et de notre Jackson Davis. En fait d’inintelligence, point n’est besoin de chercher d’exemples plus frappants que ceux des enfants prophètes des Cévennes, poètes et voyants, comme ceux que nous avons cités dans les chapitres précédents. Lorsque des esprits se sont emparés d’organes vocaux, qui leur permettent de parler, il ne devait certainement pas leur être plus difficile de s’exprimer d’une façon conforme à leur éducation, à leur intelligence, et à leur rang social, que de tomber invariablement dans ce monotone niveau de lieux communs et, trop souvent même, de platitudes. Quant à l’espoir exprimé par M. Sargent, que « la Science du Spiritisme étant encore dans l’enfance, nous pouvons espérer voir un jour plus de lumière sur elle », nous craignons bien d’être dans le vrai, en répondant que ce n’est pas des « cabinets noirs », que cette lumière jaillira jamais (373).
Il est tout simplement ridicule et absurde d’exiger de quiconque apporte son témoignage sur les merveilles du jour et des phénomènes psychologiques, le diplôme de maître ès arts et ès sciences. L’expérience des quarante dernières années prouve que ce ne sont pas toujours ceux qui ont le plus d’entraînement scientifique qui sont les meilleurs juges en fait de sens commun et de bonne foi. Rien n’aveugle autant que le fanatisme ou le parti pris. Nous en voulons pour preuve la Magie orientale ou le Spiritualisme des Anciens aussi bien que les phénomènes modernes. Des centaines, que dis-je des milliers de témoins, parfaitement dignes de foi, de retour d’un séjour ou de voyages en Orient, ont attesté le fait que des fakirs ignorants, des sheiks, des derviches et des lamas, avaient opéré des merveilles en leur présence, sans compères ni appareils. Ils ont affirmé que les phénomènes exhibés par ces hommes étaient tous en contradiction avec toutes les lois connues de la science et tendaient donc à démontrer qu’il existe dans la nature bon nombre de forces encore inconnues, dirigées, manifeste, en apparence, par des intelligences surhumaines. Quelle a été l’attitude prise par nos savants à cet égard ? Jusqu’à quel point ces témoignages d’hommes « scientifiquement » entraînés ont-ils fait impression sur leur esprit ? Les recherches de Hare, de Morgan, de Crookes, de Wallace, de Gasparin, de Thury, de Wagner, de Butlerof, etc…, ont-elles ébranlé pour un moment leur scepticisme ? Comment ont-ils accueilli le récit des expériences personnelles de Jacolliot fakirs de l’Inde, et les explications psychologiques du professeur Perty de Genève ? Dans quelle mesure, le cri poussé par le genre humain, réclamant des preuves palpables et démontrées d’un Dieu, de l’âme individuelle et de l’éternité, les a-t-il émus, et quelle a été leur réponse ? Ils renversent et détruisent tout vestige des choses spirituelles, mais, ne savent rien édifier. « Nos creusets et les cornues de nos laboratoires ne nous donnent aucun de ces résultats », disent-ils « par conséquent, tout cela n’est qu’illusion ». Dans ce siècle de froide raison et de préjugés, l’Eglise elle-même est tenue de demander l’aide de la Science. Des croyances bâties sur le sable, des dogmes orgueilleux, mais sans racines, croulent sous le souffle glacial de l’examen, entraînant dans leur chute la véritable religion. Mais le besoin de quelque signe extérieur, d’un Dieu et d’une vie future, reste aussi tenace que jamais, dans le cœur de l’homme. Tous les sophismes de la science sont vains ; elle ne fera jamais taire la voix de la nature. Seulement ses représentants ont empoisonné les eaux limpides de la foi candide, et aujourd’hui l’humanité se mire dans les eaux troublées par la vase remuée au fond de cette source, jadis pure. Le Dieu anthropomorphe de nos pères est remplacé par des monstres anthropomorphes ; et, ce qui est pire encore, par le reflet de l’humanité elle-même dans ces eaux dont les vagues lui renvoient des images déformées de la vérité et des faits que fait surgir l’imagination égarée. Ce n’est point de miracle dont nous avons besoin », dit le révérent Brooke Herfort, mais bien des preuves palpables du spirituel et du divin. Ce n’est point aux prophètes que l’homme demande des « signes », mais plutôt aux savants. Les hommes sentent qu’en tâtonnant au bord, ou dans les retraites les plus cachées de la création le chercheur doit à la fin atteindre les faits profonds sous-jacents à toutes choses, et quelques signes non équivoques de Dieu. » Les signes sont là, et les savants aussi ; que pouvons-nous attendre encore de ces derniers, maintenant qu’ils ont si bien fait leur devoir ? Ces Titans de la pensée n’ont-ils pas fait tomber Dieu hors de Son sanctuaire Mystérieux, pour nous donner à sa place un protoplasme ?
Sir William Thomson disait en 1871 à la réunion British Association à Edimbourg : « La Science est tenue, par l’éternelle loi de l’honneur, de regarder en face et sans crainte tout problème qui peut lui être convenablement posé. » Et, à son tour, le professeur Huxley remarque : « En ce qui concerne la question des miracles, je puis seulement dire que le mot impossible n’est pas applicable à mon avis, à la philosophie ». Le grand Humboldt exprime l’opinion, qu’ « un scepticisme présomptueux, qui repousse les faits sans examen de leur vérité est, à bien des égards, plus malfaisant qu’une crédulité aveugle. »
Ces hommes n’ont pas été conséquents avec leurs propres enseignements. Ils ont repoussé l’occasion qui leur avait été offerte, par l’ouverture de l’Orient, d’examiner par eux-mêmes les phénomènes que tout voyageur a affirmé avoir vus là-bas. Nos physiologistes et nos pathologistes ont-ils seulement songé à s’en servir pour résoudre cette question si importante de la pensée humaine ? Oh ! non ; ils n’auraient pas osé. Il ne faut pas s’attendre à ce que les principaux Académiciens d’Europe et d’Amérique entreprennent jamais un voyage au Tibet et en Inde, pour y étudier sur place les merveilles des fakirs. Et si l’un d’eux se décidait, en pèlerin solitaire, à aller contempler tous les miracles de la création, dans cette terre des prodiges, pourrait-on s’attendre à ce qu’un de ses collègues prêtât foi à son témoignage ?
Il serait aussi fastidieux qu’inutile de recommencer un exposé des faits si vigoureusement faits par d’autres. MM. Wallace et W. Howitt (374) ont, à bien des reprises, admirablement signalé les mille et une absurdes erreurs, dans lesquelles les sociétés savantes de France et d’Angleterre sont tombées, par suite de leur scepticisme aveugle. Si Cuvier a pu négliger le fossile déterré en 1828, par A. Boue, le géologue français, uniquement parce que l’anatomiste se croyait plus sage que son collègue, et n’a pas voulu croire que des squelettes humains étaient enfouis à quatre-vingt pieds de profondeur dans la vase du Rhin ; si l’Académie des Sciences n’a point ajouté foi aux assertions de Boucher de Perthes en 1846, pour seulement se voir critiquée à son tour en 1860, lorsque la vérité des découvertes et des observations de Boucher de Perthes fut pleinement confirmée par tout le corps des géologues qui avaient trouvé des armes de silex dans les alluvions du nord de la France ; et si l’on s’est moqué du témoignage de Mac Enery en 1825, sur sa découverte de silex travaillés, trouvés avec des débris d’animaux disparus, dans la Hole Cavern (375) du comté de Kent, et de celui de Godwin Austen en 1848 attestant les mêmes faits et encore plus ridiculisé, si c’est possible tout ce scepticisme scientifique, toute cette ironie a été pour les savants un sujet de confusion en 1865, quand suivant Wallace, « tous les rapports précédents, depuis quarante ans, furent complètement confirmés, et où l’ont acquit la certitude que tout ce qui avait été dit était encore moins surprenant que la réalité ». Qui donc serait désormais assez crédule pour admettre un seul instant l’infaillibilité de notre science moderne
Ainsi, les faits ont été discrédités les uns après les autres. De tous côtés on ne cesse de se plaindre. « On ne sait que peu de chose en psychologie ! » soupire un Fellow Royal Society (376) « Nous devons confesser que nous savons bien peu de chose, peut-être rien en physiologie », dit un autre ; et un troisième remarque que, « de toutes les sciences, il n’y en a pas une qui soit assise sur une base aussi incertaine que la médecine ». « Que savons-nous, dit un quatrième, sur les fluides nerveux supposés… ? Rien encore » ; et ainsi de suite pour toutes les sciences sans exception. Et, en attendant, des phénomènes surpassant en intérêt tous les autres phénomènes naturels, et qui ne peuvent être expliqués qu’à l’aide de la physiologie, de la psychologie, et des fluides « encore inconnus » sont rejetés comme des illusions, ou même s’ils sont réels, ils « n’intéressent pas » les savants. Ou bien et c’est bien pire : Si un sujet dont l’organisme présente les particularités les plus essentielles des pouvoirs occultes, bien que naturels, s’offre spontanément pour être étudié, au lieu d’expérimenter sur lui d’une façon loyale et honnête, les savants (?) lui tendent un piège et on le récompense par une peine de trois mois de prison. Cela promet en vérité.
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