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LES DOCTRINES ÉSOTERIQUES DU BOUDDHISME PARODIÉES DANS LE CHRISTIANISME – Partie 9

Nous trouvons dans le Zohar la preuve que la transmigration des âmes n’a aucun rapport avec la condition de l’homme sur cette terre après la mort, nonobstant les nombreuses erreurs de ses traducteurs. « Toutes les âmes qui se sont aliéné au ciel le Très Saint (béni soit Son Nom) se sont précipitées dans un abîme, au moment même de leur existence et ont anticipé le moment de leur retour sur cette terre (713) … Viens voir l’âme lorsqu’elle atteint la demeure de l’Amour… L’âme ne pourrait affronter cette lumière sans revêtir le manteau lumineux. Car, de même que l’âme envoyée sur cette terre, revêt le vêtement terrestre pour la préserver ici-bas, elle reçoit, là-haut, un vêtement brillant, afin de regarder sans danger dans le miroir, dont la lumière procède du Seigneur de Lumière (714). » Le Zohar enseigne, en outre, que l’âme ne peut atteindre la demeure de la félicité, sans avoir reçu le « saint baiser », ou l’union de l’âme avec la substance de laquelle elle émane – l’Esprit (715).

Toutes les âmes sont doubles, et tandis que celles-ci sont le principe féminin, l’esprit est le principe masculin. Tant qu’il est emprisonné dans un corps, l’homme est une trinité, à moins que sa souillure soit telle qu’elle ait provoqué son divorce avec l’esprit. « Malheur à l’âme qui préfère l’union terrestre avec son corps terrestre à son époux divin, [l’esprit] », dit un des textes du Livre des Clés (716c).

Beaucoup des Pères Chrétiens primitifs croyaient à la transmigration des âmes et à la trinité de l’homme. C’est la confusion entre l’âme et l’esprit créée par les traducteurs du Nouveau Testament et des anciens traités philosophiques, qui a été la cause de tant de malentendus. C’est aussi une des nombreuses raisons pourquoi le Bouddha (Gautama), Plotin et beaucoup d’autres initiés sont aujourd’hui accusés de désirer l’extinction totale de leurs âmes – « l’absorption dans la Divinité », ou « la réunion avec l’âme universelle », ce qui suivant les idées modernes équivaut à l’annihilation. L’âme animale doit, naturellement, désintégrer ses particules, avant de pouvoir réunir pour toujours son essence pure, avec l’esprit immortel. Mais les traducteurs tant des Actes des Apôtres, que des Epîtres, qui fixèrent les bases du Royaume des Cieux, et les commentateurs modernes du Soutra de la Fondation du Royaume de Justice bouddhique, ont dénaturé l’enseignement du grand apôtre de la Chrétienté ainsi que celui du grand réformateur de l’Inde.

Ceux-là ont supprimé le mot ψυχικοσ ; de sorte que personne ne pourrait se douter qu’il a une relation quelconque avec l’âme ; et par cette confusion entre l’âme et l’esprit, les lecteurs de la Bible ne peuvent se faire qu’une idée erronée du sujet ; les interprètes de l’autre (le Soutra, etc.), n’ont pas réussi à comprendre la signification et l’objet des quatre degrés de Dhyâna du Bouddhiste.

Dans les ouvrages de saint Paul l’entité humaine est divisée en une trinité – la chair, l’existence psychique ou âme et l’entité intérieure et adombrante ou ESPRIT. Sa phraséologie est bien définie quand il enseigne l’anastasis, ou la continuation de la vie de ceux qui sont morts. Il affirme qu’il y a un corps psychique qui est semé dans le corps corruptible et un corps spirituel qui est élevé dans la substance incorruptible. « Le premier homme est de la terre et le second homme est céleste (717). » Il n’y a pas jusqu’à saint Jacques() (Epître de St-Jacques III, 15), qui n’identifie l’âme en disant que « ce n’est point là la sagesse qui vient d’en haut ; c’est une sagesse terrestre, psychique, diabolique » (voir le texte grec). Platon, parlant de l’âme (Psyché) observe que : « lorsqu’elle s’allie au noüs [la substance divine, le dieu, de même que Psyché est la déesse] elle fait tout bien et heureusement ; mais c’est tout différent lorsqu’elle s’attache à Annoïa« . Ce que Platon nomme nous, saint Paul lui donne le nom d’Esprit ; et Jésus fait du cœur, ce que saint Paul dit de la chair. La condition naturelle de l’humanité c’est ce que les Grecs appelaient αποστασια ; la nouvelle condition c’est αναστασια ; Par Adam vint la première (la mort) par le Christ, la dernière (la résurrection) car ce fut lui qui, le premier, enseigna à l’humanité la « Noble Voie » vers la vie Eternelle de même que Gautama enseigna la même Voie pour atteindre Nirvana. Suivant l’enseignement des deux, il n’y a qu’un seul chemin pour atteindre les deux buts. « La pauvreté, la chasteté, la contemplation ou la prière intime ; le dédain des richesses et des joies illusoires de ce monde.

« Entrez sur ce sentier et mettez un terme à vos souffrances ; en vérité j’ai prêché la Voie, moi qui ai trouvé comment on amortit les coups de l’affliction. Vous devez, vous-mêmes, faire l’effort ; les Bouddhas ne sont que des prédicateurs. Les avisés qui foulent le sentier se libèrent de la servitude de l’Imposteur (Mârâ) (718c).

« Entrez par la porte étroite : car la porte large et le chemin spacieux mènent à la perdition… Suis-moi… quiconque entend ce que je viens de dire et ne le met pas en pratique, sera comparé à un insensé. » (Matthieu() VII, 13-26.) « Je ne puis rien faire de moi-même. (saint Jean(), V, 30) ». Les soucis du temps présent et la séduction des richesses étouffent cette parole » (Matthieu() XIII, 22) disent les Chrétiens ; ce n’est qu’en se débarrassant de toutes les illusions que le Bouddhiste entre sur le « Sentier » qui le conduira « loin des vagues agitées de l’océan de la vie », et l’amène à « la douce Cité de la Paix, à la véritable joie et au repos du Nirvana« .

Les traducteurs trop savants des philosophes grecs rendent également leur enseignement obscur au lieu de mystique. Les Egyptiens vénéraient l’Esprit Divin, Un Seul et Unique, sous la forme de NOUT. Il est incontestable que ce fut de ce mot qu’Anaxagore tira son dénominatif, nous, ou, comme il l’appelle Νου̃ς αυτοκρατης – l’Intelligence ou l’Esprit, puissant par lui-même, le αρχητης κινησεως. « Toutes choses, dit-il, existaient dans le chaos ; puis vint le Νου̃ς qui introduit l’ordre (719) ». Il appelait également ce Νου̃ς, l’Un qui gouverne un grand nombre. Suivant lui, Νου̃ς, est Dieu ; et le Logos c’est l’homme, l’émanation de celui-là. Les pouvoirs extérieurs perçoivent les phénomènes ; le noüs seul reconnaît les noumènes ou les choses subjectives. C’est une notion purement Bouddhique et ésotérique.

C’est là que Socrate trouva son fil conducteur et il le suivit et Platon après lui, ainsi que le monde entier de la connaissance intérieure. Là où l’ancien monde Ionico-Italien culmina avec Anaxagore, le monde nouveau débuta avec Socrate et Platon. Pythagore faisait de l’âme une unité auto-motrice avec trois éléments, le noüs, le phrên et le thumos ; ces deux derniers elle les partage avec les animaux ; le premier seul, étant son soi essentiel. Par conséquent l’accusation qu’il enseigne la transmigration est dénuée de raison ; il ne l’a pas plus enseignée que Gautama Bouddha, malgré sa transformation en superstition populaire par les masses hindoues après sa mort. Que Pythagore l’ait emprunté au Bouddha, ou le Bouddha à quelqu’un d’autre, cela n’a aucune importance ; la doctrine ésotérique reste la même.

L’école platonicienne est encore plus explicite à cet égard.

Le véritable soi est à la base de tout. Socrate enseigna, par conséquent, qu’il avait un δαίμόνιον (daimonion) un quelque chose spirituel qui le mit sur la voie de la connaissance. Il ne savait rien par lui-même, mais ce quelque chose lui permit de tout apprendre.

Platon vint après lui avec une investigation complète des principes de l’être. Il y avait un Agathon, un Dieu suprême, qui produisit dans sa propre pensée un paradigme de toutes choses.

Il enseignait que dans l’homme il y avait « le principe immortel de l’âme », un corps mortel, et « une espèce d’âme mortelle distincte » qui se trouvait dans un réceptacle du corps, séparé de l’autre ; la partie immortelle était dans la tête, l’autre dans le tronc (720).

Il est évident que Platon considérait l’homme intérieur comme constitué de deux principes – un constamment le même, fait de la même entité que la Divinité, et l’autre mortel et corruptible.

« Platon et Pythagore », dit Plutarque, « divisaient l’âme en deux parties, la rationnelle (noëtique) et l’irrationnelle (agnoia) ; et « cette partie de l’âme humaine qui est rationnelle, est éternelle ; car bien qu’elle ne soit pas Dieu, elle est néanmoins le produit d’une divinité éternelle ; mais la partie de l’âme qui est dénuée de raison (agnoia) meurt (721). »

« L’homme », dit Plutarque, est composé ; et ils se trompent, ceux qui s’imaginent qu’il n’est fait que de deux parties. Car ils s’imaginent que l’esprit fait partie de l’âme, mais ils se trompent en cela non moins que ceux qui prétendent que l’âme fait partie du corps, car l’entendement (noüs) est autant supérieur à l’âme, que l’âme est meilleure et plus divine que le corps. Or, cette union de l’âme (ψυχη) avec l’esprit (νου̃ς) produit la raison ; et avec le corps, la passion ; de ceux-ci, l’un est le commencement ou principe du plaisir et de la souffrance, et l’autre de la vertu et du vice. Pour ces trois parties réunies et rassemblées la terre a fourni le corps, la lune, l’âme, et le soleil, l’entendement pour la génération de l’homme.

« Or des morts que nous subissons, l’une fait de l’homme deux de trois, et l’autre un de deux. La première est dans la région et la juridiction de Déméter, d’où vient que le nom donné aux Mystères – τελειν ressemble à celui donné à la mort τελευταν. Les Athéniens disent encore que les morts sont consacrés à Déméter. Quant à l’autre mort elle a lieu dans la lune ou la région de Proserpine. C’est ainsi que ce qui est terrestre demeure avec l’un et c’est le céleste Hermès qui demeure avec l’autre. Celui-ci arrache l’âme violemment du corps ; tandis que Proserpine disjoint doucement et à la longue l’entendement de l’âme. C’est pour cette raison qu’on l’appelle Monogénès, seul engendré, ou plutôt engendrant un seul ; car la meilleure partie de l’homme devient isolée lorsqu’elle en est séparée. Or, suivant la nature, l’un a lieu de cette manière aussi bien que l’autre. Le Destin ordonne que chaque âme, en possession de l’esprit (νου̃ς) ou non, une fois sortie du corps, doit errer pendant un certain temps, mais non pas une même durée pour toutes, dans la région située entre la terre et la lune. Car ceux qui se sont rendus coupables d’injustice et de débauche y souffrent la punition de leurs offenses ; mais les bons et les vertueux y sont retenus jusqu’à ce qu’ils se soient purifiés, et qu’ils aient, par l’expiation, purgé toutes les souillures qu’ils ont contractées de la contagion du corps, comme par exemple par la maladie, en vivant dans l’air le plus doux, qu’on nomme Les Prairies de Pluton, où ils séjournent pendant un laps de temps déterminé et fixé d’avance. Puis, comme s’ils revenaient d’un pèlerinage ou d’un long exil dans leur patrie, ils ont un avant-goût de félicité, comme celle dont jouissent principalement les initiés aux Mystères sacrés, mélangée de crainte, d’admiration et d’espérance propre à chacun de nous (722). »

Le daimonium de Socrate était ce νου̃ς, mental esprit ou entendement, qui portait en lui la compréhension du divin.

« Le νου̃ς, de Socrate« , dit Plutarque, « était pur et n’avait de rapport avec le corps que juste ce qu’il était nécessaire… Chaque âme possède une partie de νου̃ς, ou raison ; aucun homme ne peut en être privé ; mais en proportion de ce que chaque âme est mélangée de chair, ses désirs se transforment et elle devient irrationnelle par suite de la souffrance et du plaisir. Chaque âme ne se mélange pas d’une seule manière ; quelques-unes s’enferment dans leur corps, par conséquent, pendant cette vie leur corps entier est corrompu par les désirs et la passion ; d’autres sont en quelque sorte mélangés, mais la partie la plus pure [noüs] demeure toujours en dehors du corps. Elle n’est pas enfermée dans le corps, mais voltige au-dessus de lui et effleure [adombre] les parties extrêmes de la tête de l’homme ; elle fait l’effet d’une corde qui soutiendrait et dirigerait la partie affaissée de l’âme tant que celle-ci demeure obéissante et ne se laisse pas entraîner par les désirs de la chair. La partie qui plonge dans le corps est appelée âme. Mais la partie incorruptible porte le nom de noüs, et les ignorants s’imaginent qu’elle est au-dedans d’eux, de même qu’ils croient que l’image reflétée par le miroir est dans celui-ci. Mais les intelligents qui savent qu’elle est en dehors, l’appellent un Daëmon (un dieu, un esprit) (723c).

« L’âme, pareille à un songe, s’envole rapidement, mais non pas immédiatement, dès qu’elle est séparée du corps, mais plus tard, lorsqu’elle est seule et séparée de l’entendement (noüs)… L’âme étant moulée et façonnée par l’esprit (noüs) et de son côté moulant et façonnant le corps, en l’entourant de tous côtés, en reçoit une impression et une forme ; de sorte que, bien que séparée de l’entendement et du corps, elle en conserve pendant longtemps la forme et la ressemblance, au point de pouvoir, avec raison, être dite son image.

« La lune est l’élément de ces âmes, car les âmes se résolvent en elle, comme les corps des morts le font dans la terre. Ceux qui, à la vérité, ont été vertueux et honnêtes, vivant une existence tranquille et philosophique, sans se mêler d’affaires fâcheuses, se résolvent rapidement ; parce que, abandonnés par le noüs, l’esprit, et ne faisant plus usage des passions corporelles, ils disparaissent rapidement (724c). »

Nous voyons que, même Irenee, cet ennemi mortel et infatigable de toute hérésie grecque et « païenne », exprime sa foi dans la trinité de l’homme. Suivant lui, l’homme parfait, est composé de chair, âme et esprit« … carne, anima et spiritu, altero quidem figurante, qui est spiritus, altero quod unitur et formatur, quod est caro. Id uero quod inter haec est duo, quod est anima, quae aliquando quidem subsequens spiritum elevatur ab eo, aliquando autem consentiens carni decidit in terrenas concupiscentias (Irenee V. IX).

Et Origene, dans son Commentaire de l’Epître aux Romains, dit : « Il y a une triple division chez l’homme, le corps ou la chair, la partie la plus basse de notre nature, sur laquelle le vieux serpent par le péché originel inscrit sa loi du péché, et par laquelle nous sommes tentés de faire de viles choses, et toutes les fois que nous sommes vaincus par la tentation nous sommes liés au Diable ; l’esprit, dans et par lequel nous exprimons notre ressemblance avec la nature divine dans laquelle le Meilleur Créateur, grava avec son doigt (c’est-à-dire avec son esprit) la loi éternelle de l’honnêteté, prise dans l’archétype, de sa propre pensée ; par cela nous sommes réunis (agglutinés) à et nous faisons un avec Lui. Dans la troisième, l’âme est le médiateur entre les deux, mais, de même qu’en une république mutine, on ne peut s’allier qu’avec l’un ou l’autre parti, elle est appelée d’un côté et de l’autre, et elle est libre de choisir le parti auquel elle préfère adhérer. Si, renonçant à la chair elle se porte du côté de l’esprit, elle deviendra, elle-même, spirituelle, mais si elle se laisse aller aux désirs de la chair, elle dégénère dans le corps (725). »

Platon (dans Les Lois, X) définit l’âme comme « le mouvement qui est capable de se mouvoir lui-même ». « L’âme est la plus ancienne de toutes choses, et le commencement du mouvement. » « L’âme fut générée avant le corps et le corps est postérieur et secondaire, car il est de par sa nature, gouverné par l’âme dirigeante. » « L’âme qui administre toutes choses qui se meuvent en tous sens, administre par cela même le firmament. »

« Par conséquent l’âme dirige toutes choses dans le ciel, sur la terre et dans la mer par ses mouvements – dont les noms sont : vouloir, considérer, prendre soin de, consulter, se faire une opinion, bonne ou mauvaise, être en état de joie, de chagrin, de confiance, de crainte, de haine, d’amour, de même que tous les autres mouvements primaires ajoutés à ceux-ci… étant, elle-même, une déesse elle choisit toujours NOÜS pour son allié et dirige toutes choses correctement et heureusement ; mais lorsqu’elle s’associe avec Anoïa, – non pas avec noüs – toutes choses tournent au contraire. »

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