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LES DOCTRINES ÉSOTERIQUES DU BOUDDHISME PARODIÉES DANS LE CHRISTIANISME – Partie 8

Dans ce système, les dieux mâles symbolisent l’Esprit dans ses attributs divins, et leurs contreparties féminines – les Sakti, représentent les énergies actives de ces attributs. La Durgâ (vertu active) est une force subtile et invisible, qui correspond à la Shekinah – l’enveloppe d’Aïn-Soph. Elle est la Sakti à travers laquelle « l’Eternel » passif fait surgir l’univers visible de sa première conception idéale. Chacun des trois personnages de la Trimurti exotérique, utilise sa Sakti comme un Vâhana (véhicule). Chacun d’eux est, pour le moment, la forme qui est assise sur le chariot mystérieux d’Ezechiel.

L’idée purement philosophique de l’évolution spirituelle et physique simultanée des animaux et des hommes n’est pas moins bien rendue par cette succession d’avatars. Depuis le poisson, le progrès de cette double transformation fait passer la forme physique par la tortue, le sanglier et l’homme-lion ; puis, apparaissant dans le nain humain, elle passe dans Parasu-Rama, une entité physiquement parfaite, mais spirituellement non développée, jusqu’à amener l’humanité dans la personne d’un homme divin au sommet de la perfection physique et spirituelle – un dieu sur la terre. Nous reconnaissons dans Krishna et les autres sauveurs du monde, la notion philosophique du double développement progressif, telle que le Zohar la comprend et l’exprime clairement.

L’ « Homme Céleste », qui est le Protogonos, Tikkun, le Premier né de Dieu, ou la Forme et l’Idée universelles, engendre Adam. Voilà pourquoi celui-ci est de naissance divine dans l’humanité et doué des attributs de tous les dix Séphiroth. Ceux-ci sont : la Sagesse, l’Intelligence, la Justice, l’Amour, la Beauté, la Splendeur, la Fermeté, etc. Ils font de lui le Fondement ou base, « le puissant vivant », יה לא , [El-Hag] et la couronne de la création, le plaçant ainsi comme l’Alpha et l’Oméga pour régner sur le « royaume » Malkhuth. « L’homme est, à la fois, la conséquence et le plus haut degré de la création« , dit le Zohar. « Aussitôt que l’homme fut créé, toute chose fut complète, y compris les mondes supérieurs et les mondes inférieurs, car tout est compris dans l’homme. II réunit en lui toutes les formes. » (III, p. 48. a.)

Toutefois cela ne se rapporte pas à notre humanité dégénérée ; il est rare de voir naître des hommes, qui sont le type de ce que l’homme devrait être, et qu’il n’est pas. Les premières races d’hommes étaient spirituelles, et leurs corps proto-plastiques n’étaient pas composés des substances grossières et matérielles dont nous les voyons formés aujourd’hui. Les premiers hommes furent créés possédant toutes les facultés de la Divinité, avec des pouvoirs bien supérieurs à ceux des légions angéliques ; car ils étaient l’émanation directe d’Adam Kadmon, l’homme primordial, le Macrocosme ; tandis que l’humanité actuelle est de plusieurs degrés inférieure même à l’Adam terrestre, qui était, lui, le Microcosme, ou « monde en miniature ». Seir Anpin, la forme mystique de l’homme est composée de 243 nombres et nous voyons dans les cercles qui se suivent que ce furent les anges qui émanèrent de « l’Homme Primordial », et non pas les Séphiroth des anges. Par conséquent, l’homme devait être, dès le début, un être possédant une nature à la fois progressive et rétrograde. Commençant au sommet du Cycle divin, il se retire graduellement du centre de la Lumière, et il acquiert en descendant à chaque sphère nouvelle (mondes habités par une race d’êtres humains différents) une forme physique plus dense, en perdant une partie de ses facultés divines.

Par la « chute d’Adam » nous devons voir, non la transgression personnelle par l’homme, mais simplement la loi de la double évolution. Adam, ou « l’Homme », commence sa carrière d’existences par son séjour dans le jardin d’Eden, « vêtu de robes célestes, le vêtement de la lumière céleste » (Zohar 11, 229 b) ; mais lorsqu’on l’en chasse, Dieu, c’est-à-dire la loi éternelle de l’Evolution ou de la Nécessité, lui façonne des vêtements de peau. Mais même sur cette terre d’avilissement matériel, où l’étincelle divine [l’âme, un encroûtement de l’Esprit] devait commencer sa progression physique, par une série d’emprisonnements depuis la pierre jusqu’au corps humain – s’il veut seulement exercer sa VOLONTE, et appeler son dieu à son aide, l’homme peut surpasser les pouvoirs de l’ange. « Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? » demande saint Paul (I Corinthiens, VI, 3). Le véritable homme c’est l’Ame (l’Esprit) enseigne le Zohar. « Le mystère de l’homme terrestre vient après le mystère de l’homme céleste… le sage lit les mystères sur la face de l’homme. » (11, 76 a).

Cette phrase est une de celles parmi beaucoup d’autres, où nous reconnaissons que Paul() était un initié. Pour des raisons que nous avons déjà énoncées, nous considérons plus authentiques certaines Epîtres des Apôtres, qu’on rejette aujourd’hui comme apocryphes, que beaucoup de passages suspects des Actes des Apôtres. L’Epître de Paul() à Seneque et Seneque à Paul() vient corroborer ce que nous avançons. Dans cette Epître Paul() en s’adressant à Seneque lui dit : « mon maître respecté », et Seneque en parlant de l’apôtre lui donne simplement le titre de « frère ».

Nous n’avons pas plus le droit de juger le Brahmanisme et le Bouddhisme par les formes absurdes et parfois répugnantes du culte populaire, que celui de juger la véritable religion de la philosophie judaïque, par les absurdités de la Bible exotérique. Si nous voulons nous pénétrer de la véritable essence de la philosophie de Manou comme de celle de la Cabale, nous reconnaîtrons que Vichnou, de même qu’Adam Kadmon, est l’expression de l’univers lui-même ; et que ses incarnations ne sont que les personnifications concrètes et diverses de la manifestation de ce « Merveilleux Ensemble ».

« Je suis l’Ame, ô Arjouna. Je suis l’Ame qui réside en tous les êtres ; je suis le commencement, le milieu et la fin de ce qui existe », dit Krishna à son disciple dans la Bhagavad-Gita (ch. X).

« Je suis l’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin… Je suis le premier et le dernier », dit Jésus à Jean(p) (Apocalypse, I, 8, 17).

Brahma, Vichnou et Siva sont une Trinité dans l’Unité et, de même que la Trinité Chrétienne, ils sont mutuellement interchangeables. Dans la doctrine ésotérique ils sont une seule et même manifestation de celui « dont le nom est trop sacré pour être prononcé, et dont le pouvoir est trop majestueux et trop infini pour que nous puissions nous en faire une idée« . Par conséquent, en donnant la description des avatârs de l’un d’eux, tous les autres sont compris dans l’allégorie, en changeant seulement la forme mais non pas la substance. C’est de manifestations de cette nature que sont émanés tous les mondes antérieurs, et qu’émanera celui qui doit venir.

Coleman de même que d’autres orientalistes, tourne en caricature le septième avatar de Vichnou (706c). Outre que le Ramayana est un des poèmes épiques les plus grandioses du monde entier – la source de l’origine de l’inspiration d’Homere – cet avatar cache un des plus scientifiques problèmes des temps modernes. Les savants Brahmanes de l’Inde n’ont jamais considéré la célèbre bataille entre les hommes, les géants et les singes, autrement que comme une allégorie de la transformation des espèces. Nous sommes persuadés que si les académiciens européens s’adressaient aux savants Brahmanes indigènes pour en obtenir quelques informations, au lieu de rejeter d’emblée leur autorité ; si d’autre part, comme Jacolliot – contre lequel ils se sont presque tous élevés – ils cherchaient à s’éclairer en étudiant les vieux documents répandus à profusion dans les pagodes du pays tout entier, ils apprendraient de curieuses et fort utiles leçons. Demandez plutôt à un Brahmane instruit la raison pour laquelle les singes sont respectés – respect qui date du récit des vaillants faits d’armes de Hanouman le général en chef et le fidèle allié du héros du Ramayana (707c) – vous aurez bientôt abandonné la notion erronée que les Hindous vouent un culte divin au dieu-singe. Vous apprendrez peut-être alors, si toutefois le Brahmane vous juge digne de l’explication, que les Hindous ne voient dans le singe que ce que le Manou voulait qu’ils y vissent ; la transformation des espèces en relations directes avec la famille humaine – une branche bâtarde greffée sur son tronc avant que celui-ci eut été perfectionné (708). On apprendrait, en outre, que pour les « païens » instruits, l’homme intime, ou spirituel est une chose, et son enveloppe physique et terrestre en est une autre ; que la nature physique, la grande combinaison de la corrélation des forces physiques marchant toujours de progrès en progrès, est obligée de se servir des matériaux qu’elle a sous la main ; elle modèle et remodèle tout en allant de l’avant, et terminant son œuvre dans l’homme, elle le présente, seul, comme le tabernacle approprié pour être adombré par l’Esprit Divin. Mais cela ne donne nullement à l’homme le droit de vie et de mort sur les animaux qui lui sont inférieurs dans l’échelle de la nature, ou le droit de les torturer. Bien au contraire. Outre qu’il est doué d’une âme – que chaque animal, et même chaque plante possède plus ou moins aussi – l’homme a une âme rationnelle immortelle, ou nous, qui devrait le rendre au moins aussi magnanime que l’éléphant, qui pose ses pieds avec le plus grand soin de peur d’écraser des êtres plus fragiles que lui-même.

C’est ce sentiment qui fait que les Brahmanes aussi bien que les Bouddhistes construisent des hôpitaux pour les animaux malades, voire même pour les insectes, et leur préparent des refuges où on les met pour finir leurs jours. C’est ce même sentiment, encore, qui fait que le Jaïn passe la moitié de son temps à débarrasser son chemin des insectes impotents et rampants, plutôt que priver de la vie, même les plus petits parmi les êtres ; et c’est encore ce sentiment de la plus haute bonté et de la charité envers les faibles, quelque abjects qu’ils soient, qui leur fait honorer une des modifications de leur double nature, ce qui donna lieu, par la suite, à la croyance populaire de la métempsychose. On n’en trouve pas trace dans les Védas ; et la véritable interprétation de la doctrine, discutée tout au long dans Manou et les livres sacrés des Bouddhistes, ayant été, dès le début, limitée aux castes instruites sacerdotales, il ne faut pas s’étonner des idées fausses et absurdes du peuple à ce sujet.

Pour ceux qui, dans les restes de l’antiquité, voient la preuve que les temps modernes n’ont pas à se vanter d’originalité, il est courant qu’on les accuse d’exagérer et de fausser les faits. Mais le lecteur avisé reconnaîtra que ce n’est pas un exemple à suivre. Il y eut des évolutionnistes avant le jour où la Bible nous dit que le Noe mythique s’embarqua dans son arche ; et les savants de l’antiquité étaient mieux informés et leurs théories étaient plus logiquement définies que celles des évolutionnistes modernes.

Platon, Anaxagore, Pythagore, les écoles Eléatiques de la Grèce, aussi bien que les anciens collèges sacerdotaux des Chaldéens enseignaient tous la doctrine de la double évolution ; la doctrine de la transmigration des âmes n’avait trait qu’au progrès de l’homme d’un monde à un autre après la mort ici. Chaque philosophie qui mérite ce titre, enseignait que l’esprit de l’homme, sinon son âme, était pré-existant. « Les Esséniens, dit Josephe, croyaient à l’immortalité de l’âme, et qu’elle descendait des espaces éthérés pour être enchaînée à un corps (709) ». De son côté, Philon le Juif dit : « L’air en est plein [d’âmes] ; celles qui se rapprochent le plus de terre descendent pour être liées à des corps mortels, πτλινδρομου̃σι, et retournent à d’autres corps, désireux qu’ils sont d’y vivre (710). » Dans le Zohar l’âme est représentée comme plaidant sa liberté devant Dieu : « Seigneur de l’Univers ! Je suis heureuse en ce monde et ne désire point aller dans un autre où je serai une servante, exposée à toute sorte de souillures (711c). » La doctrine de la nécessité fatale, la Loi éternelle immuable s’affirme dans la réponse de la Divinité : « Tu deviendras un embryon contre ta volonté, et contre ta volonté tu naîtras (712c) ». La lumière serait incompréhensible sans les ténèbres, pour la rendre manifeste par contraste ; le bien ne serait pas le bien sans le mal, pour faire ressortir la nature inappréciable du bienfait ; c’est ainsi que la vertu personnelle n’aurait aucun mérite si elle n’avait pas traversé la fournaise de la tentation. Rien n’est éternel et immuable excepté la Divinité Cachée. Rien de ce qui est fini – que ce soit parce qu’il y a eu un commencement, ou doit avoir une fin – ne peut rester stationnaire. Il faut avancer ou reculer ; et l’âme qui a soif de se réunir à son esprit, qui seul lui confère l’immortalité, doit se purifier par des transmigrations cycliques en s’avançant vers le seul Pays de la Félicité et du Repos Eternel, nommé dans le Zohar « Le Palais de l’Amour » תבהא לביה ; dans la religion hindoue « Moksha » ; chez les Gnostiques, le « Pleroma de la Lumière éternelle » ; et chez les Bouddhistes le Nirvana. Les Chrétiens l’appellent « Le Royaume des Cieux » et ils prétendent avoir seuls, trouvé la vérité, tandis qu’ils n’ont fait qu’inventer un nouveau nom pour une doctrine qui est vieille comme l’homme.

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