LES DOCTRINES ÉSOTERIQUES DU BOUDDHISME PARODIÉES DANS LE CHRISTIANISME – Partie 4
Avant de montrer, au moyen de diagrammes, la ressemblance étroite qu’il y a entre les philosophies ésotériques de tous les peuples de l’antiquité, si géographiquement éloignés les uns des autres, il ne sera pas sans intérêt d’expliquer sommairement les notions véritables qui sont à la base de tous ces symboles et ces représentations allégoriques, qui ont si fort embarrassé, jusqu’à maintenant, les commentateurs non-initiés. Mieux que tout le reste, elle démontrera que dans les temps passés la science et la religion étaient plus intimement réunies que des jumeaux ; que les deux ne formaient qu’un seul corps dès le moment de leur conception. Dotées d’attributs mutuellement convertibles la science était spirituelle et la religion scientifique. Comme l’homme androgyne du premier chapitre de la Genèse – en même temps mâle et femelle – passif et actif, est créé à l’Image des Elohim. L’omniscience développait l’omnipotence, celle-ci demandait l’exercice de celle-là, et c’est ainsi que le géant obtint la domination sur les quatre règnes du monde. Mais de même que le second Adam, ces êtres androgynes étaient destinés à « tomber et à perdre leurs pouvoirs », aussitôt après la séparation des deux moitiés de la dualité. Le fruit de l’Arbre de la Connaissance donne la mort, s’il n’est accompagné du fruit de l’Arbre de Vie. L’homme doit se connaître lui-même avant de pouvoir connaître la genèse ultime, même de ces êtres et pouvoirs dont la nature intime est moins développée que la sienne. Il en est de même de la religion et de la science ; réunies en un seul les deux sont infaillibles, car l’intuition spirituelle est là pour compenser les limitations des sens physiques. Séparées, la science exacte répudie l’aide de la voix intérieure, et la religion se transforme simplement en théologie dogmatique – chacune de son côté est un cadavre sans âme.
Par conséquent, la doctrine ésotérique, de même que le Bouddhisme, le Brahmanisme et même la Cabale tant décriée, enseignent que l’Essence unique infinie et inconnue existe de toute éternité, et qu’elle est active ou passive en successions harmonieuses. Dans la phraséologie poétique de Manou ces conditions portent les noms de « jour » et « nuit » de Brahmâ. Celui-ci est ou « éveillé » ou « endormi ». Les Svâbhâvikas, ou philosophes de la plus ancienne école Bouddhiste (qui existe encore dans le Népal) ne s’occupent que de la condition active de cette « Essence », qu’ils nomment Svabhâvât, et considèrent oiseux de se lancer dans des théories au sujet de la puissance abstraite et « inconnaissable », dans son état passif. C’est pourquoi ils sont traités d’athées, aussi bien par les théologiens chrétiens que par les savants modernes ; car ni ceux-ci, ni ceux-là ne sont capables de comprendre la profonde logique de leur philosophie. Ceux-là (les théologiens chrétiens) n’admettent pas d’autre Dieu que les pouvoirs secondaires personnifiés, qui ont édifié en aveugles, l’univers visible, et qui, pour eux, est devenu le Dieu anthropomorphe des Chrétiens, le Jéhovah tonnant dans la foudre et les éclairs. De son côté, la science rationaliste place les Bouddhistes et les Svâbhâvikas au rang des « positivistes » des âges archaïques. Si nous adoptons une vue unilatérale de la philosophie de ces derniers, nos matérialistes auraient peut-être raison à leur point de vue. Les Bouddhistes prétendent qu’il n’y a pas de Créateur, mais bien un nombre infini de pouvoirs créateurs, qui forment collectivement la substance unique éternelle, dont l’essence est inscrutable et, partant, un sujet impropre à la spéculation d’un véritable philosophe. Socrate a toujours refusé de discuter le mystère de l’être universel, et cependant personne ne l’accuserait d’athéisme, exception faite de ceux qui cherchaient sa perte. En inaugurant une période active, dit la Doctrine secrète, une expansion de cette essence Divine, agit du dedans au dehors, obéissant à la loi éternelle et immuable et le monde phénoménal ou visible est le résultat d’une longue chaîne de forces cosmiques mises progressivement en action. De la même manière, en reprenant sa condition passive, une contraction de l’Essence Divine a lieu, et l’œuvre antérieure de la création est graduellement et progressivement défaite. L’univers visible se désagrège ; ses matériaux sont dispersés ; et « les ténèbres » solitaires et abandonnées couvrent encore une fois la face de « l’abîme ». Pour employer une métaphore qui fera encore mieux comprendre la pensée, on pourrait dire qu’une exhalation de « l’essence inconnue » donne naissance au monde ; une inhalation de la même le fait disparaître. Ce processus s’est répété de toute éternité, et notre univers actuel n’est qu’un univers d’une série infinie qui n’a jamais eu de commencement et qui n’aura jamais de fin.
Nous ne pouvons, par conséquent, échafauder nos théories, que sur les manifestations visibles de la Divinité, sur ses phénomènes objectifs naturels. Il serait puéril et absurde de donner le nom de Dieu à ces principes créateurs. On donnerait en ce cas aussi bien le nom de Benvenuto Cellini au feu qui fond le métal, ou à l’air qui le refroidit lorsqu’il est coulé dans le moule. Si l’Essence spirituelle intime toujours cachée, et pour nous toujours abstraite, qui agit dans ces forces, doit être rattachée avec la création de l’univers physique, elle ne le sera que dans le sens que lui donne Platon. On pourrait, au pis-aller, L’appeler l’édification de l’univers abstrait qui s’est développé graduellement dans la Pensée Divine, dans laquelle il était à l’état latent.
Nous essaierons de définir au chapitre VIII la signification ésotérique de la Genèse, et son parfait accord avec les idées d’autres nations. On verra que les six jours de la création ont une signification insoupçonnée du nombre des commentateurs qui ont cherché à les faire concorder, tour à tour, avec la théologie chrétienne et la géologie non-chrétienne. Si défiguré que soit l’Ancien Testament, il conserve encore dans son symbolisme assez de l’original, dans les traits principaux, pour laisser voir son air de famille avec les cosmogonies des nations plus anciennes que les Juifs.
Nous reproduisons ci-après, les diagrammes des cosmogonies Hindoue et Chaldéo-Juive. L’antiquité du diagramme de la première se reconnaît dans le fait, que beaucoup des pagodes Brahmaniques ont été dessinées et construites sur ce modèle qu’on nomme le « Sri-Yantra » (673c). Et néanmoins, on voit que les cabalistes Juifs et du Moyen Age l’avaient en grand estime, et lui donnent le nom de « Sceau de Salomon ». Ce sera une chose aisée que d’en retrouver l’origine, une fois qu’on connaîtra l’histoire du roi cabaliste et de ses rapports avec le roi Hiram, et Ophir – la terre des paons, de l’or et de l’ivoire – que nous devons chercher dans l’Inde antique.
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