LES CONDITIONS ACTUELLES
L’expression « les conditions actuelles » – couramment utilisée et généralement comprise comme faisant référence à certaines associations de circonstances bien établies produisant une influence particulière – évoque « un état de conscience correspondant » digne de considération en ce moment et chaque fois que cette expression est utilisée ou qu’elle est soulevée.
La dérivation structurelle des mots donne la clef du sens, de la signification et de la force impliquée, c’est-à-dire de l’action qui découle des conditions établies. L’action, l’impulsion ou la motivation peuvent être – ou ont pu être à l’origine – soit bonnes, soit mauvaises. Le fait à considérer est la qualité – ou les qualités – intrinsèque qui se manifeste suite aux conditions établies et qui est associée à l’expression, accordant par conséquent à cette qualité une forte emprise ou un grand effet sur les plans mental et physique de la conscience, lesquels sont fixes et cristallisés par nature.
La première loi de l’occultisme ou du discipulat est la « loi de la flexibilité », l’obéissance à l’Esprit Suprême pour que sa Volonté soit faite. Il est évident pour quiconque possède ne serait-ce que la plus infime connaissance des choses spirituelles que ceci – c’est-à-dire tout ce qu’implique les habitudes, l’attachement, la fixité aux plans personnels d’activité – est impossible dans les conditions actuelles. L’Esprit le plus élevé, le principe universel de vie, trouve expression, un véhicule pour lui-même, dans les forces toujours changeantes, toujours en évolution, en transmutation, en expansion et en croissance de la nature et de la conscience.
« Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom [le nom de l’Éternelle Jeunesse], je suis présent au milieu d’eux.1 » Le présent cycle est principalement un cycle de croissance spirituelle, de transformations et de changements intensifs.
La lumière et le feu du Christos, individuellement et universellement, mettent en relief les conditions actuelles, qu’elles soient individuelles, nationales, structurelles, raciales ou autres, sur la toile de fond de son amour, de sa vérité, de sa propre vie et substance de vie tout englobante, tout adaptable, toute pénétrante et qui imprègne tout dans un effort pour les soulever à un plan plus élevé et plus vaste de vie et de conscience. Cela a été dit encore et encore, au point où on pourrait penser que ce serait quasi illégal et inutile de le réitérer, que rien ne peut soutenir la puissance de ce pouvoir, lui barrer le chemin ou s’élever contre lui de quelque façon que ce soit, à quelque degré que ce soit. Cette puissance s’accroît chaque jour, chaque heure, avec une force et une rapidité pratiquement impossibles à comprendre pour l’homme, sauf pour quelques-uns ici et là qui se sont consacrés au service et à l’obéissance en s’abandonnant à son influence, en devenant « un » avec elle par le renoncement aux conditions actuelles, aux opinions ou aux attitudes fixes et déterminées qu’ils portaient en eux-mêmes.
Ceux-là seuls seront debout au sens littéral et réel, lorsque le Fils s’avancera dans tout l’éclat du plein midi du jour qui s’est déjà levé. Alors, aura lieu le mariage de l’Esprit, de la Matière et de la Conscience, qui unira ceux qui se sont donné la permission d’être emportés dans cette gloire. Alors également surviendra le divorce, la séparation entre les amis, entre l’homme et sa famille, entre l’enfant et ses parents, entre voisins, entre l’âme et le corps, entre le mental et l’âme, selon le degré de résistance issu des conditions actuelles du présent établies contre la légalité et l’accomplissement de ce mariage universel, individuel et particulier.
La protection, la direction et la consolation suprêmes, pour tous ceux qui harmonisent la nature matérielle et personnelle à la Lumière de la Volonté spirituelle, résident dans cette prière qui est révérée et honorée depuis des siècles, adressée au « Père qui voit dans le secret2 » et qui récompense « au grand jour » ; le septième principe dans la chambre secrète de tout être ; la prière incessante, unificatrice et tellement applicable aujourd’hui : « Pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés3 » Le pardon est le ferment, la qualité qui nous rend égal à Dieu, et le Christ vient pour rendre l’homme capable de s’élever lui-même en pardonnant à ses frères humains.
L’homme doit porter son regard sincèrement, fidèlement, sur le lac clair et immobile de l’Esprit parfait, circulaire, plein d’une véritable beauté et bordé de fleurs. De ce printemps, on peut voir le double miroir de l’âme et de l’esprit prendre forme, la figure « huit » de l’intelligence animée par l’âme. Il est indiciblement tranquille, le lac de l’esprit dont les berges fleuries s’étendent en des champs dignes de l’Élysée. Tout aussi tranquille doit être le double miroir qui en est issu, s’il reflète l’image véritable de l’intérieur. Le « huit », le double miroir, n’est pas séparé du lac, mais il est une équation en soi, les parties égales d’un tout sorties des profondeurs de la nature.
Le « Cygne de la Vie » émerge du miroir brillant de l’âme ; de ses mouvements gracieux, il nage sur les eaux claires et passe par l’étroit canal du « huit » jusque dans le miroir du « vert foncé » mais clair du mental. Un deuxième cygne, légèrement plus gros, accompagne le premier à travers le canal jusqu’à la zone verte. Puis tous deux plongent la tête, nagent, plongent encore et jouissent du bain ; et chaque fois qu’ils vont sous l’eau, celle-ci passe du vert au bleu ; vague après vague, elle passe à un bleu dont la profondeur et l’intensité dépend de la profondeur du plongeon. Petit à petit, plus d’oiseaux apparaissent, plus petits, de tailles variées, jusqu’à ce qu’une volée s’assemble pour flotter, nager, mélanger l’eau bleue avec la verte, jusqu’à ce qu’il soit devenu impossible de les séparer, alors même que, pourtant, chacune conserve sa propre intégrité dans ce mélange opalescent.
Alors l’homme doit accueillir la leçon de « l’Oiseau de Vie ». Il doit émerger des eaux du lac de sa propre âme dans les eaux mentales de son individualité, plonger profondément sous les vagues intellectuelles, transmuter le vert du moi en bleu du désintéressement, rapporter des profondeurs les découvertes de l’expérience véritable, envoyer ces longueurs d’onde aux autres pour qu’ils puissent aussi la trouver, se réunir en fonction du besoin avec tous les autres qui sont susceptibles de se rassembler autour de lui, jusqu’à ce que les eaux deviennent opalescentes.
Ainsi les conditions actuelles seront-elles surmontées, transmutées, changées en conditions christiques, en eau de la vie dans laquelle tout pourra être lavé, rivière éternelle qui coule depuis le trône de Dieu pour procurer aide, guérison, utilité, beauté et harmonie éternelles.
1 – N.D.É. Évangile de Matthieu 18 20.
2 – N.D.É. Évangile de Matthieu 6 6.
3 – N.D.É. Évangile de Matthieu 6 12.
HILARION - Temple 3 - Leçon 528