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LES ÂMES SŒURS

Je m’aventure à affirmer que jamais depuis que l’homme a commencé à croire qu’il avait ou était une âme individuelle ou qu’il était une partie individuelle d’une Âme Suprême, jamais, dis-je, n’y a-t-il eu deux personnes de sexe opposé attirées l’une vers l’autre en raison d’une passion mutuelle – l’instinct créateur – qui n’aient été convaincues, du moins durant les premiers temps de leur association, qu’elles étaient des âmes sœurs.

Si dans l’esprit de l’homme existe un concept vrai quant à la nature de l’âme, il sait alors que son âme est éternelle et immuable. Si l’âme est éternelle – sans commencement ni fin –, il semble qu’il serait difficilement possible que deux âmes puissent être séparées ou encore réunies. Et si cela est impossible, que devient alors la théorie moderne des âmes sœurs ?

La matière est polarité : action et réaction incessantes et infatigables de l’énergie, séparation et recombinaison des électrons, des atomes et des molécules, dans toutes les formes de vie.

Il y aurait moins sujet à s’opposer si lesdits théoriciens étaient prêts à admettre le fait que partout où la polarité existe, la matière seule  – et non l’âme – procure les influences de liaison ou de séparation.  Mais, ils ne peuvent ni ne voudront admettre ce fait avant d’avoir évolué au point d’atteindre à la conscience de la nature et des fonctions de l’âme.

Le pouvoir illusoire du sexe s’exerce si fortement, partout où l’instinct créateur est en cause dans l’humanité, que la mentalité humaine inférieure ne sera pas capable de se connaître elle-même – en d’autres mots de contempler son âme – avant que l’Âme divine, se réfléchissant dans cette création, n’ait fait évoluer un véhicule ou corps asexué.

Il n’y a pas loin à chercher pour trouver la raison de ceci. L’Ego qui s’incarne cherche à jamais à poser le pied sur le barreau supérieur suivant dans l’échelle de la vie. L’aspect supérieur du principe du désir en l’homme s’efforce continuellement de réaliser à nouveau sa réunion avec le principe universel du Désir – l’Amour divin. Et la passion humaine, revêtue de ce qui n’est en réalité que l’apparence de l’Amour divin (l’altruisme), trompe le soi inférieur en lui faisant croire que le résultat de la passion est de la nature de l’âme, laquelle est sans passion. Par conséquent, la personne moyenne, dans le tourment de ce qui est considéré comme de l’Amour spirituel, n’est pas prête à admettre que l’attraction entre les sexes opposés est l’action de la polarité – de la matière.

Lorsque tout est dit, c’est une curieuse caractéristique de l’esprit humain moyen d’être plus ou moins satisfait de la façon dont il résout les problèmes de l’âme, et ce, même s’il est encore totalement incapable de comprendre la nature de la matière. La nature ultime de la matière met toujours en échec toutes les investigations scientifiques. Alors, quelle probabilité y a-t-il qu’un homme au stade actuel de son développement puisse comprendre le profond mystère de l’âme ? 

Une fausse croyance dans la théorie moderne des âmes sœurs a mené et mène toujours hommes et femmes à former des couples mal assortis, et a été plus que toute autre chose la cause de beaucoup de scandales et de séparations définitives.

La véritable attraction spirituelle – non influencée par la sexualité – entre les âmes individuelles, qu’elles soient incarnées ou non, résulte de la connaissance du fait qu’elles sont toutes des reflets de l’Âme Suprême, et cela n’a aucune ressemblance avec les instincts sexuels ni avec aucun degré de la matière appartenant au plan physique.

C’est la réalisation de l’existence d’une conscience commune – la conscience universelle latente ou active dans chaque reflet de l’Âme Suprême – qui seule peut donner une véritable perception de l’unité dans la diversité. Lorsque cette conscience est atteinte, l’attraction pour les phénomènes du plan physique perd une grande partie de ses pouvoirs. L’esprit ne fonctionne plus uniquement dans la seule matière de vibration inférieure. L’âme individuelle sait alors qu’elle est l’un des êtres spirituels non sexués venus des sphères supérieures pour racheter la matière grossière. Ce sont nos prières individuelles, nos aspirations et nos actes désintéressés qui fournissent le pouvoir dynamique par lequel nous pouvons atteindre à une connaissance de notre Soi Supérieur divin.

HILARION - Temple 3 - Leçon 338