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LE VÉRITABLE SENTIER

Une partie de l’humanité se trompe volontairement, en refusant de croire les dossiers qui ont été placés devant elle, en niant délibérément le témoignage de ceux qui ont appris par des souffrances et des expériences malheureuses, en anesthésiant leur conscience par un excès d’excitation et en déployant de vains efforts pour s’amuser dans des formes de divertissement plus ou moins légitimes. Tout ceci est causé par un profond désespoir concernant la possibilité d’obtenir de meilleures conditions. Dans de nombreux cas, leur égoïsme inhérent les a amenés à accepter un culte déguisé sous des termes exprimant les émotions les plus tendres et les plus saintes du cœur humain ou sous des termes scientifiques prétentieux. Lorsqu’on analyse de près les enseignements de ces cultes et qu’on les voit à partir de la conscience supérieure, on découvre qu’il s’agit simplement du type le plus vulgaire d’imposture égoïste, d’une parfaite quintessence de l’idolâtrie blasphématrice, ou d’instructions préparatoires pour le phallocentrisme.

Comme l’éducation est devenue obligatoire aujourd’hui dans presque toutes les nations soi-disant civilisées, il n’y a pas d’excuse valide pour ignorer la terrible tyrannie des super-riches, l’augmentation rapide de la pauvreté et de la souffrance, le crime chez les haut placés, et le pire esclavage qui ait été pratiqué depuis des siècles, parce qu’il est fait de façon plus intelligente.

Il n’y a aucune excuse, aucune justification pour dépenser de grandes sommes qui sont littéralement gaspillées pour construire de grandes cathédrales, des palais, des lieux de divertissement, des objets de décoration. Et je dis gaspillées, parce qu’il n’en restera pas pierre sur pierre lorsque le cyclone humain qui est actuellement en train de se préparer suite à cette injuste accumulation de richesses et de dépenses mal avisées sera passé sur les territoires condamnés.

Aussi grand que soit le sacrifice, aussi désintéressés que soient les efforts déployés par ceux qui ne sont pas identifiés à la ploutocratie du jour pour construire des institutions purement philanthropiques afin d’adoucir les souffrances des masses ou pour les éduquer, les organismes mis sur pied en viennent toujours à manquer de moyens et à faire faillite, ou sont saisis par un voleur de grand chemin moderne et transformés en d’autres « repaires de voleurs ». Vous entendez des gens modérément bien informés parler des merveilleux exemples de charité donnés au monde par l’établissement de grands hôpitaux. Mais dans bon nombre de ces hôpitaux, si une pauvre âme souffrante demande une opération ou un traitement, le niveau d’aide qu’elle reçoit est en relation directe avec l’épaisseur de sa bourse.

Le plus triste de tous les tristes effets de cette époque de répudiation de la richesse spirituelle et de la folle accumulation de la richesse matérielle, est la disparition du sentiment d’interdépendance entre les hommes et la destruction des idéaux longtemps chéris de la Paternité de Dieu et de la Fraternité des hommes. Les vides dans le cœur d’innombrables personnes qui ont chéri ces idéaux se remplissent rapidement de découragement et de désespoir. L’intelligence et l’énergie qui ont jusqu’ici permis à la race humaine de construire ses hauts idéaux ont été prostituées à des fins indignes. Le résultat est une réaction qui a détruit la foi de l’homme dans ses frères humains, et, ce qui est pire encore, sa capacité de les aimer. En affaires, chacun considère l’autre comme un adversaire sans âme, et le traite à l’avenant. On n’offre pas d’aide et on n’en attend pas non plus, sauf dans de très rares cas.

Lorsqu’une personne d’intelligence moyenne découvre ces faits et essaie d’exprimer ses découvertes et ses peurs, et de lancer aux autres un cri d’avertissement, ou de les supplier d’arrêter et de soigner la maladie qu’elle voit, elle se fait immédiatement qualifier de pessimiste, de révolutionnaire, d’anarchiste. Cela a pour effet d’annuler ses efforts pour aider ceux qui ont le plus besoin de son intervention, ceux que leurs désirs égoïstes ont amenés à concevoir une grande admiration pour les méthodes et les résultats des entreprises modernes. Un grand nombre des gens qui sont les plus immédiatement visés par ce problème connaissent bien le mécontentement qui bouillonne et qui pousse rapidement les événements vers une conclusion désastreuse, mais ils ne possèdent pas la volonté et l’initiative essentielles pour avoir une idée claire de ce qu’il faut faire pour éviter ce désastre ou tout au moins diminuer son intensité. Pourtant, d’un point de vue extérieur, ces gens sont les seuls espoirs de leurs frères humains, et c’est à eux que je m’adresse maintenant. Même s’ils devaient perdre une partie de leur fortune matérielle durement gagnée, même si ce vide dans leur cœur résonne encore de la voix des élémentaux par lesquels ils ont remplacé leurs idéaux spirituels d’autrefois, ils gagneraient à regarder en arrière pour rechercher ces idéaux perdus et essayer de les retrouver.

Il n’y a qu’une seule façon pour l’homme de s’identifier à Dieu – il n’y en a toujours eu qu’une seule. Jésus de Nazareth a exprimé cette façon dans les mots de la Règle d’or. Même si l’homme doit perdre sa vie physique dans la grande lutte, n’est-il pas mieux de la perdre en essayant d’atteindre la seule chose qui rend la vie digne d’être vécue, la seule chose qui promet une meilleure vie et de plus vastes possibilités, que de la perdre dans un tourbillon de haine et de désespoir, comme cela se produira inévitablement s’il n’écoute pas et n’entend pas l’appel de l’Esprit de l’Amour ?

Je ne leur lance pas cet appel depuis les niveaux incompréhensibles (pour eux) des hauteurs de l’occultisme, parce que si l’homme riche (surchargé) ne peut pas entrer dans le Royaume des cieux, il est encore moins possible à l’homme incroyant, infidèle ou désespéré et égoïste d’aller loin sur le sentier de l’illumination. Les caractéristiques qui le maintiennent dans l’ornière qu’il s’est fabriquée, les mensonges qui l’amènent à croire qu’il a sondé toutes les profondeurs de l’expérience spirituelle à l’époque de la religion traditionnelle à laquelle il a renoncé depuis longtemps, ne perdront pas leur emprise sur lui à la première demande. À moins que les fondations mêmes de sa vie ne soient brisées, il ne prendra pas conscience qu’il y a quelque chose de valable à rechercher sur ce sentier, ou même qu’un tel sentier existe, et encore moins qu’il s’agit là de la récompense divine pour une activité désintéressée. Il ne réussit pas à accepter la grande vérité la plus réconfortante, la plus incommensurablement grande, que les seules preuves de l’existence d’une ligne continue d’évolution ne peuvent être données que par ceux qui sont passés d’un niveau d’évolution à un autre, et qui ne peuvent pas davantage retourner à l’ancien niveau, le niveau humain, avec le pouvoir de révéler les secrets du sentier à un pessimiste, qu’un homme d’une race actuelle pourrait s’adresser à l’intelligence d’un singe anthropoïde et lui transmettre une idée claire des méthodes par lesquelles il a atteint le niveau humain. Lorsque l’homme a dépassé les enseignements infantiles des religions traditionnelles, s’il ne réussit pas à comprendre qu’il doit exister quelque chose au-delà du monde physique, et s’il reste sans direction consciente, il tombe dans l’incroyance et le désespoir. L’horreur d’un tel sort pourrait au moins l’amener à considérer le fait de l’existence des Maîtres et de la Grande Loge Blanche, même si des étudiants de philosophie ignorants étouffent presque la vérité avec leurs fausses représentations et leurs distinctions absurdes ou impossibles, et le pousser à faire un effort pour ouvrir ses yeux à la lumière transcendante qui brille sur le sentier, même si elle est trop vive pour ses yeux inadaptés. Mais hélas ! la grande majorité a choisi de vivre dans l’obscurité.

HILARION - Temple 1 - Leçon 74