LE SECRET
Heureusement pour son avenir, l’enfant qui se révolte contre le secret qu’observent ses aînés au sujet de choses qu’il n’est pas encore capable de comprendre correctement n’est pas suffisamment méchant ou rancunier pour poignarder, empoisonner ou anéantir de quelque façon les aînés dont le seul but, en lui cachant des choses, est de le protéger avec sagesse.
Qui d’entre nous, aujourd’hui, ne sourit pas au souvenir du temps où il a pris conscience pour la première fois d’un secret ayant apparemment une grande importance, secret entre lui et ses compagnons de jeu plus âgés – qui l’a d’abord amené à protester, puis à prétendre ne pas le croire, jusqu’à finalement le mépriser, alors qu’en réalité il était malade de curiosité. Pourtant, et malgré les souvenirs des révoltes enfantines, la vaste majorité des étudiants répètent la même attitude, les mêmes protestations, et finalement la même incrédulité suivie du même mépris envers les secrets de l’occultisme lorsqu’ils refusent d’accepter les affirmations de leurs aînés concernant la nécessité d’être préparés à recevoir ces secrets. Une semblable attitude est déclenchée soit par une simple curiosité, soit à la suite de tentatives ratées de développer le pouvoir et l’influence désirés, ou encore par une jalousie à l’égard de ceux qui y sont parvenus un tant soit peu.
Comme l’enfant n’est pas encore parvenu à un état exigeant de grandes responsabilités, la nature le protège contre les actions qu’il s’interdira une fois que sera acquise la sagesse transmise par ses aînés. Mais, une fois parvenu à maturité et devenu plus responsable de ses actions, la nature lui retire pour la plus grande part sa protection. Trop souvent l’homme refuse de tirer profit des leçons de sa jeunesse et, dans une révolte enfantine ou par jalousie personnelle, il frappe méchamment – il frappe pour détruire l’institution ou la personne dont il croit qu’elle lui a délibérément caché quelque chose, ou encore dont il s’est convaincu qu’elle n’a rien à offrir.
Il est absolument incapable de voir que sa propre attitude, sa cruauté de cœur, sa conduite dépourvue d’esprit fraternel et son incrédulité ont construit une barrière infranchissable entre lui et la source de la connaissance de ses aînés. Et si ces derniers traversaient les frontières établies par cette source première et désobéissaient à ses injonctions, leur propre source d’approvisionnement serait coupée.
Mais l’enfant âgé – l’homme – n’est pas plus capable de juger de la capacité, de la valeur et des responsabilités karmiques de son frère aîné ou de son enseignant que l’enfant n’est capable de juger de la capacité de ses aînés d’utiliser la connaissance que recèle un supposé secret. Ceci est vrai en ce qui concerne tous les secrets réels de l’occultisme, car la capacité d’en juger repose sur un plan de vie qui échappe à son pouvoir d’observation.
HILARION - Temple 3 - Leçon 502