LE POUVOIR DES AFFIRMATIONS
Les partisans de la science mentale moderne songent rarement que l’utilisation du pouvoir des affirmations, tel que l’enseignent certains de leurs membres, peut avoir des effets désastreux sur eux-mêmes ainsi que sur les étudiants naïfs et ignorants qui ne se satisfont pas des méthodes naturelles d’évolution pour éveiller et satisfaire leurs désirs et leurs ambitions. Les progrès silencieux et discrets des lents processus d’une croissance normale sont une « fatigue pour le corps ». Par conséquent, un grand nombre d’entre eux sont à la recherche de quelque chose de nouveau – une méthode qui accélérera le développement de leurs centres psychiques.
Il est incontestable que lorsque les affirmations sont correctement utilisées, leur pouvoir est presque illimité. Mais ce pouvoir est une épée à deux tranchants dans les mains d’une personne irresponsable. En effet, le pôle opposé, celui de la dénégation, devra se manifester simultanément à celui de l’affirmation, et si les dénégations ne sont pas bien contrôlées, les affirmations pourraient s’en trouver annulées. Peu de gens peuvent exercer ce contrôle, d’abord à cause des conditions propres au présent cycle, et aussi à cause des objectifs illicites pour lesquels la puissance spirituelle a été utilisée. Par exemple, l’utilisation des mots « je suis », lorsqu’ils précèdent l’expression d’un désir ou une déclaration ayant rapport à la possession ou au contrôle de certaines formes de matière – comme par exemple « je suis le pouvoir » ou « je suis la richesse » – peut, dans les conditions appropriées, activer des forces latentes internes, des élémentaux1, qui peuvent travailler à produire la manifestation du désir exprimé. Mais, comme je l’ai mentionné plus haut, une telle affirmation positive éveille inévitablement l’aspect négatif de la force qui a été invoquée et, à moins que l’opérateur ne soit un occultiste d’expérience, parfaitement apte à commander toute force ou toute matière dont les vibrations sont inférieures à celles qui gouvernent son existence individuelle, il se peut que l’aspect négatif de la force appelée à l’action, dans la recherche de l’équilibre, lui fasse perdre le contrôle de la force qu’il a invoquée. Il s’agit d’une illustration de la lutte éternelle qui oppose la matière à l’esprit.
« Celui qui triomphe héritera de toutes choses. » Le pouvoir de triompher est le pouvoir de contrôler la matière, l’aspect négatif de l’éternel positif. Il est très rare en effet que l’homme ordinaire de notre époque puisse consciemment séparer son Ego de son corps physique et réussisse à fusionner sa propre conscience avec celle de l’Absolu. Il doit être capable de le faire avant qu’il ne soit sûr ou prudent pour lui d’inviter à l’action les forces unifiées du « je suis » et de les employer à la réalisation d’un désir personnel, si élevé que semble ce désir. Malheureusement, il est quasi impossible à notre époque et chez les races actuelles d’exprimer un désir pur et innocent, car le moi entre trop fortement en tout. Seuls les Maîtres des plus hauts degrés peuvent accomplir une tâche aussi difficile, et même pour eux, cela est tout à fait relatif. Quand la conscience traverse les différents plans ou états de conscience, elle est sujette aux « paires de contraires », et ne peut éveiller un aspect positif de la nature inférieure sans éveiller également son aspect négatif. La conscience doit donc parvenir à trouver l’équilibre, en arriver à une position neutre sur chaque plan ou aspect de la vie avant de pouvoir atteindre une position de sécurité ou de puissance sur ce plan ou à l’intérieur de cet aspect ou état.
Si, par l’exercice du pouvoir d’affirmation, quelqu’un a réussi à attirer à lui-même une grande partie de la richesse du monde – car le pouvoir d’affirmation est aussi un pouvoir d’attraction – les forces positives éveillées par l’accumulation de cette richesse déclencheront l’action des forces opposées, ou négatives. Ces dernières enlèveront à sa nature quelque chose qui sera l’équivalent exact de la richesse acquise, quelque chose de manifesté dans sa vie, sur le plan intérieur ou extérieur. Il pourra s’agir de son honneur, de son intelligence, de sa santé, de sa vue, de son ouïe – mais, quelle que soit la nature de cette perte, l’équilibre sera atteint avec exactitude, parce que la loi naturelle est toujours parfaitement juste. Si on attire la richesse, la renommée ou un autre prétendu trésor par la méthode que la loi naturelle d’évolution enseigne, c’est-à-dire par le travail, les mêmes forces se manifestent, mais d’une manière beaucoup moins dangereuse, puisqu’il s’agit d’une manifestation naturelle. Les mêmes luttes se produisent, mais les ennemis sont beaucoup moins puissants, et on est plus apte à comprendre leurs méthodes de combat et à s’armer en conséquence.
On comprend rarement la puissance de la phrase : « Que ta volonté soit faite. » Elle représente l’un des mystères occultes les plus profonds, car le mot « volonté » dans ce cas est synonyme de « loi ». Un acte de volonté infinie met en action une loi naturelle qui doit finalement amener la chose souhaitée à se manifester.
Quand un occultiste atteint un degré avancé de maîtrise, un effort de sa volonté relie son pouvoir individuel à la puissance de l’Infini – ce qui doit amener la réalisation du désir qui a suscité l’acte de volonté. Il lui serait impossible de vouloir accomplir une action qui ne serait pas en harmonie avec la Volonté divine. Et le fait qu’il a voulu l’exécution d’une action particulière suffit à montrer que la Volonté divine l’a utilisé comme intermédiaire, pour appliquer cette volonté aux formes inférieures de force et de matière. La Puissance divine ne peut agir directement sur celles-ci sans danger à cause des vibrations plus élevées de la substance de la Volonté divine. C’est là le véritable secret des démonstrations de puissance de la volonté que font les Maîtres.
L’utilisation de l’expression « Que ta volonté soit faite » par Jésus lors de la crucifixion pourrait à elle seule prouver son affirmation que Lui et le Père étaient Un. Cette expression est utilisée depuis des milliers d’années comme élément d’une grande initiation, et le résultat est toujours identique – elle est suivie d’une forme de crucifixion.
Il existe une autre forme de force, aussi puissante que la volonté, et avec laquelle vous êtes plus ou moins familier, mais que l’occultisme moderne a dédaignée ou négligée. Nous donnerons à cette force le nom de « gratitude », car c’est un mot familier, facile à retenir.
En faisant un effort pour rejeter un Dieu personnel, on a oublié ou mis de côté de nombreux attributs que l’on considérait particulièrement liés à un tel Dieu, mais qui sont en réalité des forces universelles extrêmement puissantes. La gratitude est liée de très près à la loi de l’offre et de la demande, la demande étant l’aspect positif de la grande loi d’assimilation, dont l’aspect négatif est la loi de l’offre. Sans l’épanchement ou la libération de cette force de gratitude – de remerciement – dans l’accomplissement d’un acte de volonté, cet acte n’est jamais complètement achevé. Il peut sembler à une compréhension limitée que l’acte de volonté est terminé, mais si on pouvait voir l’intérieur de la sphère des forces, on comprendrait que, selon le degré d’ingratitude ou de manque de reconnaissance, l’achèvement réel de l’acte demeure non manifesté ou ses résultats ont été annulés par un incident inattendu.
On pourrait demander – qui ou quoi devons-nous remercier ? Tournez simplement vos pensées vers l’intérieur, vers l’Amour tout-puissant, et cultivez la volonté et le désir d’éveiller cette force en vous-même. Lorsqu’elle sera cultivée, la gratitude s’écoulera alors aussi naturellement de vous que le désir de réaliser un souhait ou un objectif.
Le sens occulte de la phrase « Que ta volonté soit faite » peut être résumé par le mot «indifférence», dans le sens où l’emploient les mystiques avancés. Un des grands dangers de l’exercice du pouvoir des affirmations consiste justement à éliminer ce principe et à mettre à sa place un désir extrêmement intense. Même si l’aspect supérieur ou positif du principe du désir est bon, son aspect négatif ou animal est mauvais. Ce sont les élémentaux des désirs inférieurs qui entourent et rabaissent le néophyte2 ou l’étudiant qui, par ignorance ou par insouciance, a envahi leur sphère et a prématurément éveillé les bons élémentaux équivalents du côté positif du désir, en les forçant à agir. Par conséquent, tant qu’on n’est pas devenu parfaitement « indifférent », dans le véritable sens du terme, et qu’on ne peut dire en son for intérieur – « Que Ta volonté soit faite » – on doit agir prudemment avant d’éveiller cette VOLONTÉ. Loin de moi l’idée de vouloir minimiser ou nier quelque pouvoir ou attribut de l’Absolu. La seule chose pour laquelle je plaide constamment est de vivre une vie « naturelle ». Chacun doit croître et se développer naturellement, et atteindre ainsi sa réalisation sans souillure ni imperfection, au lieu d’être défiguré par la difformité ou l’imperfection. Si les hommes n’avaient qu’une seule vie à vivre et ne devaient jamais plus être capables de ressentir la joie ou la douleur, cette ruée insensée pour la gratification des désirs semblerait plus raisonnable. Mais quand on finit par comprendre que si on réalise prématurément un désir spécial, on devra en bout de ligne perdre les fruits non seulement de ce désir, mais de tous les autres désirs de même nature, on convient que le jeu n’en vaut pas la chandelle. Lorsqu’on comprend qu’il est impossible d’obtenir quelque chose de valeur en échange de quelque chose sans valeur, que la loi « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » est irrévocable et immuable et agit sur tous les plans de la vie, et qu’on sait utiliser cette connaissance dans tous les aspects de sa vie quotidienne, on a alors réussi à faire un premier pas dans l’acquisition de la masse des pouvoirs. La capacité d’utiliser en toute sécurité ses facultés naissantes pour acquérir un contrôle absolu sur les formes plus élevées de matière suivra alors aussi sûrement que le jour succède à la nuit.
L’expression « à la sueur de ton front » est symbolique aussi bien que littérale, et signifie : en utilisant et en contrôlant les centres de chaleur des enveloppes intérieures (ou corps), qui correspondent à la puissance spirituelle positive.
Le travail qui provoque la sueur correspond au labeur de l’âme qui produit l’eau de la souffrance. L’énergie positive de l’esprit ou du feu produit l’aspect négatif de l’esprit, qui est l’eau de la vie, la purification.
1 – N.D.É. Élémental, (pluriel Élémentaux) : Esprit des éléments – terre, air, feu et eau. Forces de la nature irresponsables et soumises au contrôle de la volonté. Les occultistes peuvent les utiliser pour produire divers phénomènes.
2 – N.D.É. Néophyte : Débutant. Ce terme désigne aussi les étudiants des degrés inférieurs de la Grande Loge Blanche.
HILARION - Temple 1 - Leçon 3