LE MYTHE DU DIABLE – partie 4
De tous temps, les dieux se sont exposés à être évémérisés en hommes. Il existe des tombeaux de Zeus, d’Apollon, d’Hercule et de Bacchus ; on en fait mention afin de prouver que ce n’étaient, à l’origine, que des mortels. Sem, Cham et Japhet, se retrouvent dans les divinités Shamas de l’Assyrie, Kham de l’Egypte et Iapetos, le Titan. Seth était le dieu des Hyksos ; Enoch, ou Inachus, celui des Argives ; et Abraham, Isaaac et Judah ont été comparés aux Brahma, Ikshwaka, et Yadu du panthéon hindou. Typhon déchut de la divinité au rang de diable, tant dans son rôle de frère d’Osiris, que dans celui de Seth, ou le Satan de l’Asie. Apollon, le dieu du jour, devint, dans son ancienne acception phénicienne, non plus le Baal Zebul, le dieu des oracles, mais bien le prince des démons, et enfin le seigneur du monde inférieur. La séparation du Mazdéisme et du Védisme transforma les dévas ou dieux, en pouvoirs malfaisants. De même Indra, dans le Vendidad, est représenté comme le sulbaterne d’Ahriman (211d) créé par lui de matériaux des ténèbres (212d) en compagnie de Shiva (Surya) et des deus Aswins. Voire même Jahi, est le démon de la concupiscence – probablement identique à Indra.
Chaque tribu et chaque nation avait ses dieux tutélaires et rabaissait ceux des peuples ennemis. La transformation de Typhon en Satan et Béelzébub est de cette nature. En effet, Tertullien parle de Mithra, le dieu des Mystères, comme d’un diable.
Au douzième chapitre de l’Apocalypse, Michel et ses anges terrassèrent le Dragon et ses anges : « Et il fut précipité, le Grand Dragon, l’Ophis Ancien, appelé le Diable et Satan, celui qui séduit toute la terre. « Et on ajoute : « Ils l’ont vaincu par le sang de l’Agneau. » D’après le mythe, l’Agneau, ou le Christ, dut lui-même, descendre aux enfers, le monde des morts, et il y séjourna trois jours avant de subjuguer l’ennemi.
Les cabalistes et les gnostiques appellent Michel, « Le Sauveur », l’ange du soleil et l’ange de lumière. (מיכאל, probablement de יכה manifester et אל Dieu). Il était le premier des Æons, et bien connu des historiens de l’antiquité sous la dénomination de « l’ange inconnu », représenté sur les amulettes gnostiques.
L’auteur de l’Apocalypse, s’il ne fut cabaliste, a dû être gnostique. Michel n’était pas le personnage qu’il vit originellement dans sa vision (epopteia) mais le Sauveur et le Vainqueur du Dragon. Les recherches archéologiques ont fait voir qu’il était le même qu’Anubis, dont l’effigie a été découverte dernièrement sur un monument égyptien, portant une cuirasse et tenant une lance à la main, comme saint Michel et saint Georges. On le représente, de même, terrassant un dragon, qui a la tête et la queue d’un serpent (213d).
L’étudiant de Lepsius, Champollion et d’autres égyptologues, reconnaîtront aisément Isis, dans « la femme et son enfant », « Vêtue du Soleil et ayant la Lune sous les pieds », que le « grand Dragon de feu » persécute, et à laquelle furent données deux ailes du Grand Aigle pour qu’elle puisse voler au désert ». Typhon avait la peau rouge (214d).
Les deux Frères, les Principes du Bien et du Mal apparaissent aussi bien dans les Mythes de la Bible, que dans ceux des Gentils ; ainsi nous avons Caïn et Abel. Typhon et Osiris, Esaü et Jacob, Appolon et Python, etc. Esaü, ou Osu était, à sa naissance « entièrement roux, comme un manteau de poil ». Il est Typhon ou Satan, combattant son frère.
Dès la plus haute antiquité le serpent a été vénéré par tous les peuples, comme la personnification de la sagesse Divine et le symbole de l’esprit, et nous savons, par Sanchoniathon, que ce fut Hermès ou Thoth qui, le premier, considéra le serpent comme « le plus spirituel de tous les reptiles » ; et le serpent gnostique avec sept voyelles au-dessus de la tête, n’est que la copie Dr Ananta, le serpent à sept tètes sur lequel repose le dieu Vichnou.
Aussi n’avons-nous pas été peu surpris, en lisant dans les plus récents traités européens sur le culte du serpent, que les auteurs avouent que le public est « encore dans l’ignorance au sujet de l’origine de cette superstition. » M. C. Staniland Wake, M. A. I. auquel nous empruntons ce qui suit, dit : » L’étudiant en mythologie sait que les peuples de l’antiquité associaient certaines idées avec le serpent, et qu’il était le symbole favori de certaines divinités en particulier ; mais il est encore incertain de savoir pourquoi cet animal fut choisi à cet effet, plutôt que tout autre. » (215d).
- James Fergusson, F. R. S. qui a réuni une telle abondance de preuves au sujet de cet ancien culte, ne paraît pas plus soupçonner la vérité que tous les autres (216d).
Notre explication de ce mythe, n’aura probablement aucune valeur pour les étudiants de symbologie, mais malgré cela, nous croyons que l’interprétation du culte primitif du serpent tel que le donnent les initiés, est la bonne. Dans le premier volume, page 66, nous citons du Mantram du Serpent de l’Aytareya-Brahmana, un passage qui parle de la terre comme étant la Sarpa-Rajni, la Reine des Serpents, et la « mère de tout ce qui se meut ». Ces expressions se réfèrent au fait qu’avant que notre globe eût pris la forme d’un neuf ou d’une boule c’était une longue traînée de poussière cosmique, ou brouillard de feu, se mouvant et se tordant comme un serpent. C’était, disent les commentateurs, l’Esprit de Dieu se mouvant sur le chaos, jusqu’à ce que son souffle ait couvé la matière cosmique et lui ait fait prendre la forme annulaire du serpent se mordant la queue – l’emblème de l’éternité dans son sens spirituel, et de notre monde dans son aspect physique. Ainsi que nous l’avons déjà fait voir dans le chapitre précédent, suivant les anciens philosophes, la terre, comme les serpents, rejette sa peau, apparaît rajeunie après chaque pralaya mineur, et ressuscite ou évolue de nouveau de sa condition subjective à une existence objective après chaque grand pralaya. Comme le serpent, non seulement elle « rejette sa vieillesse », dit Sanchoniathon, « mais elle croit en taille et en force ». C’est pour cette raison que non seulement Sérapis, et plus tard Jésus, furent représentés par un grand serpent, mais que même de nos jours, on entretient avec un soin pieux de grands serpents dans les mosquées musulmanes, comme par exemple, dans celle du Caire. Dans la Haute Egypte, un saint célèbre, apparaît, dit-on, sous la forme d’un grand serpent ; et en Inde, on élève avec certains enfants, dans le même berceau, un couple de serpents mâle et femelle, et on entretient souvent des serpents dans les maisons, car on croit qu’ils amènent avec eux (une aura magnétique de) sagesse, santé et chance. C’est la progéniture de Sarpa Rajni, la terre, et ils sont doués de toutes ses vertus.
Dans la mythologie hindoue, Vasaki, le Grand Dragon, laisse couler de sa gueule sur Durga, un liquide vénéneux qui s’étend sur le sol, mais son conjoint, Siva, fait que la terre ouvre la bouche pour l’avaler.
Ainsi, le drame mystique de la vierge céleste, poursuivie par le dragon, qui cherche à dévorer son enfant, était non seulement décrit dans les constellations célestes, comme nous l’avons déjà dit, mais il était aussi représenté dans le culte secret des temples. C’était le mystère du dieu Sol, et il était inscrit sur une représentation de l’Isis noire (217d). L’Enfant Divin était poursuivi par le cruel Typhon (218d). Dans une légende égyptienne, le Dragon était censé poursuivre Thuesis (Isis) tandis qu’elle cherche à protéger son fils (219d). Ovide décrit Dioné (épouse du Zeus-Pelagien originel et mère de Vénus) se sauvant vers l’Euphrate pour échapper à Typhon (220d), identifiant le mythe qui était, ainsi, la propriété de tous les pays où l’on célébrait les mystères. Virgile chante la victoire :
« Les temps approchent ; monte aux honneurs suprêmes, Enfant chéri des dieux, noble rejeton de Jupiter Le serpent périra » (221d).
Albert le Grand, lui-même, alchimiste et étudiant des sciences occultes, en même temps qu’évêque de l’Eglise Catholique Romaine, dans son enthousiasme pour l’astrologie déclare que le signe zodiacal de la vierge céleste se lève au-dessus de l’horizon le 25 décembre, au moment fixé par l’Eglise pour la naissance du Sauveur (222d).
Le signe et le mythe de la mère et de l’enfant étaient connus des milliers d’années avant l’ère chrétienne. Le drame des Mystères de Déméter représente Perséphone, sa fille, emportée par Pluton, ou Hadès, au royaume des morts ; et lorsque, finalement la mère l’y découvre, elle la trouve installée comme reine du royaume des Ténèbres. Ce mythe a été transformé par l’Eglise en légende de sainte Anne (223d), allant à la recherche de sa fille Marie, emmenée en Egypte par Joseph. On représente Perséphone tenant deux épis de blé à la main ; il en est de même de Marie dans les images anciennes, ainsi que pour la Vierge Céleste de la constellation. L’Arabe Albumazar présente, comme suit, l’identité entre les différents mythes :
« Dans le premier décan de la Vierge, se lève une jeune fille, appelée en arabe Aderenosa [Adha-nari ?], c’est-à-dire, une vierge pure et immaculée (224d), gracieuse de sa personne, d’une figure charmante, modeste dans son maintien, les cheveux dénoués, portant à la main deux épis de blé, assise sur un trône richement brodé, allaitant un enfant, et le nourrissant correctement dans le lieu nommé Hebrœa ; je dis, un garçon, nommé Iessus par certaines nations, ce qui veut dire Issa, qu’on nomme également, en grec, Christ (225d). »
A cette époque, les idées grecque, asiatique et égyptienne avaient subi une notable transformation. Les Mystères de Dionysius-Sabazius avaient été remplacés par les rites de Mithras, dont les grottes prirent la place des cryptes de l’ancien dieu, depuis Babylone jusqu’à la grande Bretagne. Serapis, ou Sri-Apa, depuis le Pont, avait usurpé la place d’Osiris. Asoka le roi de l’Hindoustan oriental, avait embrassé la religion de Siddhârtha, envoyant des missionnaires jusqu’à la Grèce, l’Asie, la Syrie et l’Egypte, pour promulguer l’évangile de la sagesse. Les Esséniens de Judée et d’Arabie, les Thérapeutes (226d) d’Egypte et les Pythagoriciens (227d) de Grèce et de Grande Grèce, avaient évidemment adhéré à la nouvelle religion. Les légendes de Gautama jetèrent dans l’ombre les mythes d’Horus, Anubis, Adonis, Atys et Bacchus. Ceux-ci furent réincorporés dans les Mystères et les Evangiles et c’est à eux que nous sommes redevables de la littérature connue sous le nom des Evangélistes et du Nouveau Testament Apocryphe. Les Ebionites, les Nazaréens et d’autres sectes les considéraient comme des livres sacrés, qui ne devaient être « montrés qu’aux sages » ; ils furent gardés de cette manière jusqu’à ce que l’influence prépondérante de la politique ecclésiastique Romaine réussit à les arracher à ceux qui en avaient la garde.
A l’époque où le grand-prêtre Hilkiah est censé avoir trouvé le Livre de la Loi, les Pouranas (Ecritures) hindoues étaient connues des Assyriens. Depuis de longs siècles, ceux-ci avaient régné de l’Hellespont à l’Indus, et avaient probablement refoulé les Aryens hors de la Bactriane dans le Pendjab. Tout porte à croire que le Livre de la Loi, ait été une pourana. « Les brahmanes érudits », dit Sir William Jones, « prétendent que cinq conditions sont nécessaires pour constituer une véritable pourana :
- « Traiter de la création de la matière en général ;
- « Traiter de la création ou de la production de la matière secondaire et des êtres spirituels ;
- « Donner un résumé chronologique des grandes périodes du temps ;
- « Fournir un résumé généalogique des principales familles qui régnèrent sur le pays ;
- « Et enfin, donner l’histoire d’un grand homme en particulier. »
Il est plus que probable que celui qui écrivit le Pentateuque avait ce plan en vue, de même que les auteurs du Nouveau Testament avaient été mis au courant du culte rituel bouddhique, de ses légendes et de ses doctrines, par les missionnaires bouddhistes qui sillonnaient à cette époque la Palestine et la Grèce.
Mais « pas de Diable, pas de Christ » ; tel est le dogme fondamental de l’Eglise, et il faut traquer les deux ensembles. Il y a entre les deux un rapport mystérieux plus étroit peut être qu’on ne le pense, et qui va jusqu’à l’identité. Si nous mettons en regard les fils de Dieu mythiques, qui, tous, ont été considérés comme des « premiers nés », on verra qu’ils s’emboîtent les uns dans les autres et se confondent dans ce double caractère. Adam Kadmon se transforme de la sagesse spirituelle qui conçoit, en celle qui crée et qui évolue, la matière. L’Adam de poussière est le fils de Dieu et de Satan ; et celui-ci, d’après Job, est aussi un fils de Dieu (228d).
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