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LE MYTHE DU DIABLE – partie 1

« Arrière de moi SATAN » (dit Jésus à Pierre()).

Mathieu, XVI, 23.

« Que d’extravagantes sottises, capables de m’écarter de ma foi, Écoutez-moi bien. Il m’a tenu, hier soir, pendant au moins neuf heures, à m’énumérer tous les noms du Diable. »

Shakespeare, Henri IV, 1ère Partie ; Acte III.

« La force terrible et juste qui tue éternellement les avortons a été nommé par les Égyptiens Typhon, par les Hébreux Samaël, par les orientaux Satan, et par les latine Lucifer. Le Lucifer de la Cabale n’est pas un ange maudit et foudroyé ; c’est l’ange qui éclaire et qui régénère en tombant. »

Eliphas Levi : Dogme et Rituel.

« Si méchant qu’il soit, le Diable peut être maltraité, accusé à tort Inculpé sans motif, quand les Hommes, ne voulant pas porter seuls le blême, lui imputent des crimes qui sont les leurs. »

Defoe, 1726.

Un auteur célèbre en même temps qu’un cabaliste longtemps persécuté, suggéra, il y a plusieurs années, un credo pour les cultes Protestant et Catholique Romain, qui pourrait s’énoncer comme suit.

Protevangelium

« Je crois au Diable, le Père Tout-Puissant du Mal, le Destructeur de toutes choses, le Perturbateur du Ciel et de la Terre ;

Et à l’Anté-Christ, son Fils unique, notre Persécuteur,

Qui a été conçu de l’Esprit du Mal ;

Qui est né d’une Vierge folle et sacrilège ;

Qui fut glorifié par l’humanité, qui régna sur elle,

Et qui monta jusqu’au trône du Dieu Tout-Puissant,

D’où il Le met de côté, et depuis lequel il insulte les vivants et les morts.

Je crois à l’esprit du Mal ;

A la Synagogue de Satan ;

A la coalition des méchants ;

A la perdition du corps ;

Et à la Mort et à l’Enfer éternel. Amen« .

Cela est-il pour vous choquer ? Cela vous parait-il extravagant, cruel, blasphématoire ? Ecoutez. Dans la cité de New-York, le neuf avril 1877, c’est-à-dire dans le dernier quart de ce qu’on se plaît à nommer le siècle des découvertes et des lumières, les notions scandaleuses suivantes furent ouvertement proclamées. Nous citons un rapport publié le lendemain dans The Sun : « Les prédicateurs baptistes se réunirent hier dans la chapelle des Marins de Oliver Street. Plusieurs missionnaires étrangers étaient présents. Le Rév. John W. Sarles, de Brooklyn, lut un discours, dans lequel il soutint la proposition que tous les païens adultes, morts sans avoir eu connaissance de l’Evangile étaient éternellement damnés. Le révérend conférencier soutint que s’il en était autrement l’Evangile serait une malédiction, au lieu d’être une bénédiction, ceux qui avaient crucifié le Christ n’auraient fait que ce qu’il méritait et que tout l’édifice de la religion révélée s’effondrerait.

« Le frère Stoddard, missionnaire de l’Inde, appuyait les vues du pasteur de Brooklyn. Les Hindous étaient de grands pécheurs. Un jour, après qu’il avait prêché sur la place du marché, un Brahmane se leva et lui dit : Nous autres Hindous, nous sommes les plus forts du monde, en fait de mensonges, mais cet homme-ci nous rend des points. Comment peut-il prétendre que Dieu nous aime ? Voyez les serpents, les tigres, les lions et toutes les bêtes dangereuses autour de nous. Si Dieu nous aime, pourquoi ne nous en débarrasse-t-il pas ?

« Le Rév. M. Pixley, de Hamilton, N.Y. se déclara en accord avec le discours du frère Sarles, et demanda $ 5000, pour préparer des jeunes gens au ministère ».

Et ce sont ces hommes – nous ne disons pas qui enseignent la doctrine de Jésus, car ce serait une insulte gratuite à sa mémoire, mais – qui sont payés pour l’enseigner ! Devons-nous nous étonner si des personnes intelligentes préfèrent l’annihilation à une croyance qui enseigne une doctrine aussi monstrueuse ? Nous doutons fort qu’un Brahmane, tant soit peu respectable, ait avoué avoir été coupable de mensonge ; cet art n’est cultivé que dans les régions de l’Inde anglaise, où l’on rencontre le plus grand nombre de chrétiens (176d1)(176d2). Mais nous défions tout honnête homme, dans le monde entier, de nous dire s’il croit que le Brahmane en question s’écartait beaucoup de la vérité en disant du missionnaire Stoddard, « que cet homme-ci nous rend des points », en matière de mensonges. Que pouvait-il dire de plus, si celui-ci leur prêchait la doctrine de la damnation éternelle, parce qu’ils avaient vécu jusque là sans avoir lu un livre juif, dont ils n’avaient jamais entendu parler, ou la rédemption d’un Christ dont ils ne soupçonnaient pas même l’existence ! Mais les pasteurs baptistes, en quête de quelques milliers de dollars, sont capables d’inventer de terribles situations pour enflammer les cœurs congréganistes.

En règle générale, nous nous abstenons de relater nos propres expériences lorsque nous pouvons présenter celles de témoins, dignes de foi, c’est pourquoi, en lisant les injurieuses remarques du missionnaire Stoddard, nous avons prié dans nos relations, M. William L. E. O’Grady (177d), de nous donner son opinion impartiale au sujet des missionnaires aux Indes. Son père et son grand-père étaient officiers dans l’armée anglaise ; il est, lui-même, né aux Indes, et par conséquent, a eu de nombreuses occasions de connaître l’opinion des Anglais sur ces propagandistes religieux. Voici la communication qu’il nous a faite en réponse à notre lettre :

« Vous me demandez mon opinion au sujet des missionnaires chrétiens aux Indes. Pendant toutes les années que j’y ai résidé, je n’ai jamais parlé à un seul missionnaire. Ils ne fréquentaient pas la société, et en ce qui concerne leurs procédés, dont j’ai pu me rendre compte par moi-même, je n’en suis pas surpris. Leur influence sur les indigènes est néfaste. Les convertis qu’ils font sont sans valeur, et appartiennent, en règle générale, aux plus basses classes de la population ; ils ne s’améliorent pas du tout par la conversion. Aucune famille qui se respecte n’emploierait des domestiques chrétiens. Ils sont menteurs, voleurs, malpropres – et la saleté n’est certes pas un vice hindou ; ils se mettent à boire, tandis qu’aucun indigène respectable d’une autre croyance, ne touche jamais aux liqueurs enivrantes ; ils sont le rebut du peuple et tout à fait méprisables. Leurs nouveaux instructeurs leur donnent de pauvres exemples d’harmonie. Tout en prêchant aux parias que Dieu ne fait aucune distinction entre les personnes, ils se vantent des rares Brahmanes, qui à de longs intervalles se laissent prendre dans les filets de ces hypocrites.

Les missionnaires sont fort peu payés, ainsi qu’il est publiquement annoncé dans les rapports des sociétés qui les emploient, mais, chose inconcevable, ils s’arrangent pour vivre aussi bien que les fonctionnaires dix fois plus rétribués qu’eux. Lorsqu’ils rentrent en Europe pour refaire leur santé délabrée, disent-ils, par le surmenage – ce qu’ils ont le moyen de faire assez souvent, lorsque d’autres personnes supposées à leur aise, ne peuvent se le permettre – ils racontent des histoires puériles, ils exhibent des idoles qu’ils se sont, soit-disant, procurées aux prix de grands efforts ; ce qui est parfaitement absurde, et font le récit de leurs difficultés imaginaires, qui sont tout à fait touchantes, mais fausses d’un bout à l’autre. J’ai vécu quelques années aux Indes et presque tous mes plus proches parents y ont passé et continuent à y passer leurs meilleures années. Je connais des centaines de fonctionnaires anglais, et je n’ai pas entendu un seul se louer des missionnaires. Les indigènes qui occupent une position quelconque les voient avec le plus grand mépris, tout en souffrant d’exaspération chronique par suite de leurs attaques arrogantes ; et le Gouvernement anglais, qui continue les subventions aux pagodes, consenties par la Compagnie des Indes et qui soutient l’éducation non- sectaire, ne leur prête aucun appui. Protégés contre la violence personnelle, ils hurlent et aboient aussi bien contre les indigènes, que contre les Européens, comme le ferait une bande de chiens mal élevés. Recrutés la plupart du temps parmi les plus misérables spécimens du fanatisme théologique, ils sont considérés de toutes parts comme nuisibles. Ce fut leur propagande enragée, indiscrète, vulgaire et outrageante qui causa la grande révolte de 1857.

Ce sont de malfaisants menteurs.

« Wm. L.D. O’GRADY ». –  New-York, le 12 juin 1877.

Par conséquent la nouvelle croyance, par laquelle débute ce chapitre, si grossière qu’elle puisse paraître, représente l’essence même de la foi de l’Eglise, telle qu’elle est enseignée par ses missionnaires. On considère comme moins impie, moins infidèle, de douter de l’existence personnelle du Saint-Esprit, ou de la Divinité de Jésus, que de mettre en doute la personnalité du Diable. Mais on a presque complètement oublié la conclusion du Koheleth (178d). Qui se rappelle aujourd’hui la parole d’or du prophète Michee (179d), ou l’explication de la Loi telle que la donna Jésus (180d) ? Dans la cible du Christianisme moderne le « mille » peut se résumer dans la phrase : « crains le Diable ».

Le clergé catholique et quelques champions laïques de l’Eglise de Rome luttent encore plus vigoureusement pour l’existence de Satan et de ses suppôts. Si des Mousseaux affirme la réalité objective des phénomènes spirites, avec une ardeur qui ne se dément pas, c’est parce que, selon lui, ceux-ci sont les preuves le plus visibles du Diable à l’œuvre. Le Chevalier est encore plus catholique que le Pape ; sa logique et ses déductions de prémisses impossibles à établir, sont uniques en leur genre, et prouvent, une fois de plus, que la croyance que nous avons présentée est celle qui exprime de la manière la plus éloquente la croyance catholique.

« Si la magie et le spiritisme, écrit-il, n’étaient tous deux, que des chimères, nous pourrions dire adieu éternel à tous les anges rebelles qui troublent, aujourd’hui, le monde ; car nous n’aurions, dans ce cas, plus de démons ici-bas… Et si nous perdons nos démons, NOUS PERDONS ÉGALEMENT NOTRE SAUVEUR ? Il n’y aurait plus de Rédempteur ; car de qui ou de quoi ce Rédempteur nous délivrerait-il ? Par conséquent il n’y aurait plus de Christianisme (181d) !!!

Oh, Saint Père du Mal ; Saint Satan ! Nous te supplions de ne pas abandonner des chrétiens aussi pieux que le Chevalier des Mousseaux et certains Pasteurs Baptistes ! »

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