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LE LANGAGE DE LA MUSIQUE

C’est un fait généralement accepté qu’une connaissance générale de la musique est essentielle pour atteindre un degré élevé dans cette science des sciences qu’on appelle par le terme faible d’occultisme. On ne comprend généralement pas qu’il est indispensable de posséder davantage que la quantité limitée de connaissances dont on vient de parler pour interpréter le langage du symbolisme, puisque ce dernier est principalement fondé sur le son. La gamme musicale utilisée par l’occultiste contient une variété infinie de notes et de sons. En fait, elle contient toutes les notes et tous les sons qui peuvent être émis par toute chose ou être créé. Mais la masse des gens n’appellent notes de musique que certains sons ou combinaisons de sons, alors que la vérité est que le grand hymne de la nature, la vie, ne pourrait jamais être interprété correctement si on omettait ne fût-ce qu’une seule des notes ou un seul des sons que l’oreille humaine considère généralement comme rudes et discordants ou doux et mélodieux : en effet, les deux pôles de sons sont nécessaires. Un grand nombre de gens savent que le son – la musique – est un langage parfait capable d’expression par voix ou par instrument – un langage qui peut être prononcé sans un mot. Ces gens l’appellent la première division du langage des mystères. Ce langage est communément utilisé par les Initiés pour se transmettre entre eux des indications ou des informations secrètes, lorsque l’utilisation d’autres formes de ce langage, comme la couleur ou la parole, serait inappropriée ou mal avisée.

À l’exception des Initiés, seuls les musiciens naturels peuvent prononcer ou interpréter leurs idées ou leurs idéaux ou ceux des autres, lorsque ceux-ci sont créés sous forme de musique.

Un grand nombre de notes qui peuvent être exprimées sur une seule gamme, et qui sont nécessaires pour exprimer certaines idées, se situent au-dessus, au-dessous ou entre les notes de la gamme communément utilisée, qui comprend sept notes et six tons1, et pourraient n’avoir aucune signification pour une personne ordinaire, même si elle les entendait. Chacune de ces vingt-quatre notes2 est un ton dans une échelle qui constitue le lien entre deux plans ou deux états de conscience.

On est souvent frappé par la compréhension apparente qui s’établit entre deux animaux alors qu’on n’entend aucun son. Le spectateur pourrait nier avec indignation une accusation à l’effet qu’il a été incapable d’entendre un son qui a très évidemment été émis par l’un ou l’autre des animaux. Cependant, cela pourrait être tout à fait exact, parce que ce qui semble être une communication parfaite entre deux chevaux ou même entre deux fourmis, pourrait être continuellement fondé sur des notes émises et parfaitement entendues par chacun de ces animaux ou de ces insectes, et qu’une oreille humaine bien entraînée pourrait entendre.

Lorsque vous comprenez qu’il y a sept notes3 principales, et une quantité innombrable de notes intercalaires possibles entre deux notes de la voix, du violon ou d’autres instruments, vous pouvez avoir une idée de l’infinie variété des notes qu’un homme ou un animal plus évolué peut utiliser pour exprimer des idées plus élevées ou inférieures, ainsi que de la précision et de la longueur mathématiques de la mesure ou des temps – les intervalles entre les notes, – dans lesquels il est possible d’introduire des ondes lumineuses qui modifient la qualité des ondes sonores en action.

La sensibilité générale est si étroitement identifiée avec le sens de l’ouïe chez le musicien naturel, qu’elle lui permettra de comprendre facilement mes paroles lorsque je dis que les animaux et les insectes perçoivent les sons dont j’ai parlé ci-dessus davantage par leur sensibilité générale que par l’ouïe. En d’autres mots, le cheval ou la fourmi sent la vibration de l’idée ou de la force lorsqu’elle est exprimée par des fréquences plus hautes, plus basses ou intermédiaires, avec plus de précision qu’il n’entend les sons, même si ces derniers font une impression claire sur la table d’harmonie – le tympan de l’oreille.

La multiplicité des sons artificiels que le tympan de l’oreille a dû entendre pendant de nombreuses générations a produit un durcissement de cette membrane chez la grande majorité de la race humaine. Autrement, la génération présente aurait perdu la raison longtemps avant d’atteindre la maturité. Mais ce processus de protection occasionne également une perte incommensurable, celle de la capacité d’entendre ou de percevoir des sons qui contiennent le « sésame ouvre-toi » d’un grand nombre des secrets les plus saints de la nature.

Si les sons les plus fins de la nature pouvaient atteindre la conscience par l’oreille, cela entraînerait, dans la plupart des cas, une importante tension nerveuse.

Si vous essayez de pénétrer le silence par le seul sens de l’ouïe, vous remarquerez une sensation physique de tension, spécialement dans votre cerveau. Cette tension annule vos efforts pour percevoir les phénomènes intérieurs, parce qu’elle produit une condition analogue à la douleur, qui garde votre conscience centrée sur le plan physique. Malgré tout, vous devez conquérir ces conditions si vous désirez récupérer le sens perdu de cette ouïe plus fine. Si vous êtes patient avec vous-même, vous pouvez y arriver en travaillant avec persistance à éliminer cette sensation de tension et, pour ainsi dire, rapidement, sans effort conscient, en écoutant ce que l’homme ordinaire appellerait « le silence ». Mais je vous conseille de ne jamais continuer cette pratique lorsque vous sentez une tension – cela peut conduire à la folie.

Il est très important d’avoir la note juste lorsqu’on entonne un mantra ou un son utilisé dans le travail de la Loge. Une seule fausse note peut mettre en action une force inharmonieuse ou destructrice plutôt qu’une force harmonieuse ou constructive, et cette force négative pourrait non seulement détruire les efforts des autres, mais aussi mettre en action une autre force qui établirait une condition fortement opposée à l’intention originale.

Si vous espérez devenir un occultiste pratique, ne vous contentez pas de lire négligemment et d’oublier l’information que je viens de vous donner. En effet, je vous transmets librement un autre des grands secrets de la nature. Mais vous devez utiliser la clé vous-même, et l’utiliser avec sagesse.

1 N.D.É. La gamme diatonique est formée des sept notes blanches (cinq tons et deux demi-tons) comprises dans l’intervalle d’une octave sur le piano. On appelle gamme chromatique la séquence formée des douze notes (douze demi-tons) comprenant les blanches et les noires.

2 N.D.É. Soit Do-, Do, Do+, Do#, Ré-, Ré, Ré+, Ré #, Mi-, Mi, Fa-, Fa, Fa+, Fa#, Sol-, Sol, Sol+, Sol#, La-, La, La+, La#, Si-, Si.

3 N.D.É. Dans tout ce paragraphe, le mot « note » signifie un son émis à une fréquence donnée. Comme on appelle « ton » un intervalle particulier, mais stable, entre deux notes, il s’ensuit qu’il est possible d’utiliser un nombre presque infini de notes et de tons, la limite étant la capacité de discrimination des utilisateurs.

HILARION - Temple 1 - Leçon 81