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LE COMBAT DU MONDE

Que puis-je dire en réponse à votre question sur la condition du monde que je n’ai pas déjà mentionné ? Ne s’agit-il pas d’un sujet aussi vieux que le monde ? N’est-ce pas depuis toujours que les enfants de l’obscurité volent la nourriture, les moyens et les armes des enfants de la Lumière pendant que ces derniers dorment ou se querellent entre eux ? En ce moment même, les émissaires des frères de l’Ombre vont de maison en maison dans les grandes villes, ou envoient des missionnaires moins bien équipés, loin de là, dans les régions reculées. Avec ruse, ils choisissent leurs victimes parmi ceux-là mêmes que la Fraternité Blanche a préparés spirituellement au cours du dernier quart de siècle. Ils s’immiscent dans chaque groupe d’étudiants qui, suite à un effort individuel ou collectif, s’est formé dans le but d’approfondir tous les aspects possibles des phénomènes psychiques récents. Ils sélectionnent avec art le ou les principaux piliers du groupe, consentent tous les efforts et utilisent tous les moyens, psychiques et matériels, pour influencer ceux qu’ils ont choisis. Ayant gagné leur confiance, ils agissent comme les coyotes chapardeurs de la race animale et, au sens figuré, leur brisent l’échine, sucent leur sang et rejettent ensuite les corps brisés de leurs victimes. Ces dernières – enfin éclairées –, découragées et désespérées, dérivent dans toutes les directions, étant devenues inutiles pour quelque travail que ce soit exigeant détermination et enthousiasme. Je vous le demande, qui pensez-vous sera tenu responsable de ce karma, de tout ce tort fait à la grande cause ? Cela reviendra-t-il aux individus à qui, depuis le tout début, ont été données responsabilité, promesses et occasions, et qui les ont toutes rejetées pour des gratifications temporaires ? Ou bien est-ce que cela reviendra sur ceux qui se sont emparés des idéaux à demi formés et négligés des autres, de ce qui restait des occasions méprisées, et qui ont fait valoir leur point de vue par tous les moyens et tous les sacrifices à leur disposition ?

Ne faites pas l’erreur d’imputer la cause de l’échec à une partie et celle du succès à une autre, à des motivations et des moyens qui s’opposent.

Les frères de l’Ombre et leurs disciples sont prêts à sacrifier dix fois plus de tout ce qui leur est précieux dans le but d’acquérir un pouvoir spirituel qui sera utilisé à des fins égoïstes que ce qu’est prêt à sacrifier le disciple moyen des Frères de la Lumière pour acquérir le même pouvoir à des fins altruistes. En cela réside le succès des uns et l’échec des autres, et ce, dans des occasions beaucoup trop nombreuses. Car, en dernière analyse, tout pouvoir résulte d’un sacrifice.

Jusqu’à ce qu’un disciple puisse s’élever au point de faire un sacrifice complet de son temps, de sa force physique, de ses possessions, et même de sa réputation et de ses liens familiaux (si nécessaire), les frères de l’Ombre continueront d’avoir force et pouvoir sur le plan physique où des sacrifices de cette nature sont essentiels. Comme je l’ai indiqué, un disciple de cette trempe doit être si complètement imprégné de l’importance de sa tâche et si rempli d’amour pour tous ceux qui bénéficieront de son travail qu’il sera capable et acceptera d’utiliser tous les moyens en son pouvoir – même de descendre en enfer et de devenir le compagnon des démons si nécessaire pour en tirer l’un de ses frères victime de ce tourbillon du mal et pour mettre le rescapé au travail afin d’en secourir d’autres.

Le royaume du Christ ne sera pas gagné par le disciple qui se retire dans un espace tranquille dans le but précis de s’éloigner des discordes et de l’agitation du monde.

S’il en était ainsi, la loi d’évolution aurait placé ce disciple dans un autre monde, sur quelque autre planète plutôt que sur celle-ci, là où la paix et la tranquillité seraient des effets naturels de l’action, ou encore là où ces dernières seraient indispensables à la concentration mentale.

Chaque succès a été obtenu par l’adhésion à un apprentissage et à un développement effectués de façon méthodique et systématique, dans le but de travailler dans ces domaines de la vie où les désaccords sont les plus prononcés, et cela, par ceux-là mêmes qui pourraient maintenant être détournés de l’objectif qui les a incités à l’action.

Lorsque le but a été atteint, le pouvoir acquis et le travail effectué, alors vient la récompense, jamais avant. Et la récompense est toujours à la mesure du but poursuivi. Ceci est aussi vrai pour le développement spirituel que pour le développement matériel.

Il est nécessaire d’accepter le fait que le pouvoir psychique est une chose qui se développe au même titre que les sens physiques. Par conséquent, si nous ne l’avons pas encore atteint et que, de ce fait, nous ne pouvons pas vérifier la réalité des autres phases de l’existence – sauf celle que nos sens extérieurs nous permettent d’appréhender –, nous devrons pour le moment exclure cette possibilité de notre esprit, tenter de découvrir l’équipement spirituel et matériel à notre disposition, puis l’utiliser pour atteindre le but que nous avons en vue. Tous, nous ressentons le sentiment naturel qu’il est possible de créer un état meilleur et plus élevé de la vie humaine que celui que nous connaissons, et nous avons toutes les raisons de croire qu’un être humain serait capable de s’ajuster à une pareille vie.

Nous pouvons aussi percevoir les limites, la faiblesse, l’incapacité de surmonter les obstacles sans aide ou assistance, et tous ces aspects de la vie qui empêchent l’homme de s’élever. Si nous nous donnons la peine d’étudier les lois de la nature et l’ensemble des connaissances acquises et transmises par les races qui ont précédé la nôtre, nous verrons que dans tous les cas il a dû exister un point central, une combinaison de forces et d’êtres en avance sur toutes les familles, tribus ou nations qui existaient alors, et qui ont rendu possible la naissance et l’évolution d’une race – ou famille – plus élevée. En d’autres mots, nous accepterons l’idée de l’évolution avec toutes les manifestations qui l’accompagnent.

Une fois ce fait accepté, la Loge des Maîtres devient une nécessité logique. Aussi, si nous réalisons que tout ce que nous sommes maintenant, ou que nous sommes capables de devenir, est le fruit du labeur, de la victoire sur de grandes difficultés, de l’instruction, de la dévotion et des soins constants de nos ancêtres, alors il devient évident que l’humanité possède une dette collective et individuelle envers ceux qui nous ont précédés, de même que des obligations envers ceux qui nous suivront.

Si le plus grand besoin du monde – un type d’humanité plus élevé – est reconnu par la race humaine actuelle et que la preuve de l’existence d’une humanité semblable peut être obtenue, alors il s’ensuit raisonnablement que ceux qui ont quelque intérêt dans l’évolution de la race actuelle ne rateront aucune occasion d’acquérir cette preuve. Ils vont suivre toutes les méthodes disponibles susceptibles de les amener à placer au moins quelques étudiants préparés sous la gouverne et l’instruction de ceux qui sont des exemples de cette race supérieure. Et, avec l’assurance que ceci est possible, il va sûrement se développer un sentiment de révérence, d’honneur et d’amour qui incitera ces étudiants à chercher de tout leur cœur une méthode permettant d’orienter toutes leurs forces et toutes leurs énergies vers l’unité, et de rejeter avec autant de force tout ce qui tend vers la séparation.

Lorsque tout est dit, c’est une question de faim intérieure et de possibilité d’assouvir cette faim qui pousse l’humanité à résoudre ces grandes questions. Ici, la personne obtient une reconnaissance personnelle de la force divine que nous nommons habituellement « amour », et elle veut s’offrir comme canal impersonnel par lequel cette force pourra s’écouler vers ceux qui ne l’ont pas encore reconnue. Alors, la première exigence du discipulat authentique a été remplie.

Oh ! quelle terrible punition tombera dans un avenir rapproché sur l’âme de l’homme et de la femme égoïstes et suffisants qui, imprudemment, avec indifférence ou égoïstement s’érigent en juges des faiblesses ou des défauts du frère ou de la sœur à qui le karma les a liés dans un lien de discipulat. Avec la pensée, exprimée ou non, « Je suis plus saint que toi », ils refusent de remplir leur part d’une obligation mutuelle sur laquelle repose le salut final de l’accusé ou du condamné, ou d’innombrables autres qui se tournent vers eux pour être guidés.

Beaucoup parmi les meilleurs hommes et femmes sont tombés dans les profondeurs de la déchéance parce qu’un pharisien a perdu confiance en leur honnêteté naturelle.

Ne vous est-il jamais venu à l’esprit que votre obligeance devrait être proportionnelle au besoin de votre frère, et non pas à votre prétendue exigence ?

Je dis « prétendue » en connaissance de cause, car si le besoin est réel, il ne sera jamais contraire à l’honneur, à la morale ou à la compassion, car ce sont là des choses fondamentales. La facilité avec laquelle une âme humaine non développée se convainc que ses besoins supérieurs ou les incitations de son Soi Supérieur sont en danger, afin de justifier sa lâcheté et sa désertion de son devoir ou son manque de sens des responsabilités envers d’autres âmes, suffit à rendre malade le cœur de l’Initié à qui les motifs réels, quoique souvent cachés, sont révélés. Jamais le Soi Supérieur d’un homme ne l’a incité à se soustraire à un devoir envers l’humanité ; il n’a jamais été l’instigateur d’une désertion, d’une lâcheté ou d’une compétition égoïste. Mais la rapidité avec laquelle le soi inférieur peut accomplir une chose pareille et la vêtir des atours du Soi Supérieur est proverbiale.

Si vous êtes jamais placés sur la ligne de feu, qu’il s’agisse d’un combat avec des géants matériels ou spirituels, vous pouvez être sûrs d’une chose : jamais vous ne recevrez du trône du Soi Supérieur l’ordre de déserter votre poste, de faire trébucher un camarade à vos côtés, ni de désobéir à votre officier supérieur. Vous pouvez être tout aussi certains d’un autre fait : que jamais vous ne serez placés sur la ligne de feu sans avoir été éprouvé à la limite de votre force quant à votre capacité de tenir votre position jusqu’à ce que la cause à laquelle vous vous êtes identifiés soit gagnée ou perdue. C’est de cette façon que les soldats de la grande armée des âmes purifiées, que nous appelons la « Grande Loge Blanche », ont accédé à leur position.

Bien des estomacs fragiles, bien des conditions anormales d’autres organes physiques sont responsables de l’échec de ce qui fut autrefois un disciple prometteur. Or, avec cet échec est disparue sa dernière chance de jamais renforcer ses points faibles ou de surmonter un état anormal dans cette vie.

Dans tous les cas de ce genre, la chose essentielle à la sécurité est un effort incessant pour atteindre un état d’unité avec le Christos, un état où la différenciation en termes de maladie ne peut triompher. Chaque fois qu’un disciple cède aux forces de séparation, lorsqu’une épreuve de force se présente, il sera acculé au mur et deviendra un objet de moqueries pour ses ennemis, et de profonde tristesse pour ses amis.

N.D.É. Une variante de cette leçon a été publiée dans le volume 2, page 407 (leçon 274).

HILARION - Temple 3 - Leçon 360