LE CENTRE DE L’ÊTRE
Il doit toujours y avoir un intérieur, et dans cet intérieur, un intérieur encore plus profond. Du « Centre de l’Être » qui est au-delà de la pensée, de la volonté, de la sensation ou de la conscience – au sens où on utilise ces termes en général –, jusqu’aux confins les plus éloignés de l’existence différenciée, il y a voile par-dessus voile de substance, chacun ayant un taux vibratoire différent et chacun cachant un centre ésotérique de vie aux yeux de ceux dont l’œuvre de l’âme n’a pas encore été assez grande pour ouvrir grand la compréhension du cœur à la lumière qui se situe à l’intérieur du centre du prochain niveau de profondeur.
Ces voiles ressemblent à des voiles d’obscurité, mais ils ne sont sombres que parce qu’ils sont incompréhensibles. Ce n’est pas Dieu qui les a placés là pour s’isoler des hommes. Ils sont dus aux limitations de l’homme et font en sorte qu’il ne peut comprendre la grande montagne d’obscurité qui semble barrer la route à son progrès. Lorsqu’il aura grimpé sur les hauteurs et qu’il pourra regarder vers le bas et comprendre, il verra que ce qui autrefois lui semblait obscurité est une chose entièrement nouvelle. La conscience d’un Maître serait néant pour l’homme ordinaire. La personnalité ne dispose d’aucun critère avec lequel mesurer cette immensité et, jusqu’à ce que la personnalité passe à travers les feux ardents et soit capable de faire les sacrifices les plus héroïques, il est impossible d’avoir une perspective plus vaste. « La graine doit mourir pour que la plante puisse vivre. » Le « personnel » doit mourir, céder sa vie entièrement, renoncer à ses enveloppes, pour que l’impersonnel, l’âme, puisse vivre et être incrustée – taillée – comme un joyau étincelant sur la Couronne de la Divinité éternelle.
Toute la vie manifestée se répartit naturellement en degrés correspondant aux sept modifications et sous-modifications du Grand Souffle. L’ésotérisme véritable est un état naturel, et il est fondé sur une connaissance exacte des degrés des puissances, des forces et des principautés dans lesquels toute vie est répartie. Un Maître doit être un être parfaitement naturel et, en autant que le monde soit concerné, il est un centre d’activité ésotérique. Un être humain ordinaire est limité par l’ignorance de la loi naturelle. Le Maître est limité par sa profonde connaissance de la Loi qu’il ne peut transgresser, étant capable de connaître et de comprendre les effets à très longue portée de toute transgression.
L’Âme du Maître est comme un grand fleuve qui se déverse dans la mer. En lui se trouvent des profondeurs inimaginables pour le mental ordinaire, et pourtant sa nature est si vaste qu’elle ne manque pas de lagunes peu profondes et de prairies onduleuses sur lesquelles s’écoulent, en murmurant, les eaux de la vie que l’enfant peut boire et comprendre.
Cette humanité n’est pas encore née, elle est en train de naître. Voilà pourquoi, sur les plans extérieurs de la vie, les organisations ésotériques apparaissent et disparaissent.
Bien des étudiants de la philosophie spirituelle ou de la Théosophie ainsi que les membres des écoles ésotériques qui y sont rattachés subissent une épreuve sévère en ce moment. Ils voient que le bateau sur lequel ils avaient embarqué est sans guide, en autant que la direction de la Loge Blanche est concernée, et qu’il se dirige tout droit sur les rochers. Ceci en a rendu plus d’un amers, tandis que les autres pestent contre les Agents de la Loge et que d’autres encore choisissent la voie plus sage qui consiste à simplement attendre, en surveillant attentivement l’horizon dans l’espoir d’y voir le phare qui guidera leurs pas vers le point d’où s’irradie la véritable force de la Loge.
Plusieurs ne peuvent pas voir qu’ils ne souffrent que d’un excès d’ésotérisme inversé qu’ils ont peut-être eux-mêmes – comme bien d’autres – contribué à faire naître. Ils ne peuvent pas voir qu’ils sont dans la marée descendante d’une réaction, et que si la réaction fait loi tant que l’équilibre n’est pas revenu dans l’Amour infini, il reste qu’elle marque le degré d’accomplissement dans le cœur (le degré de connaissance) du chercheur de vérité dans la mesure exacte où elle est profonde et sa portée longue – et donc dans la mesure où elle empêche une personne d’aller de l’avant.
Les écoles et organisations ésotériques sous la direction de la Loge Blanche seront nécessaires dans le monde aussi longtemps qu’il sera permis qu’existe dans l’humanité une partition entre la tête et le cœur. Lorsque ceci sera consumé par le travail de l’âme et que les courants de l’Esprit d’Amour qui régit la Grande Loge des Maîtres pourront se déverser sans obstruction par la porte du cœur, alors l’ésotérisme sera connu sous un autre nom.
Jusqu’à ce que cette époque arrive, les Agents de communication entre ces deux grandes divisions seront nécessaires : d’un côté les Maîtres, « ceux qui savent », et de l’autre côté ceux qui s’efforcent de savoir et d’y atteindre.
Un Agent est une personne qui a progressé par l’évolution de l’âme jusqu’à une ligne qui relie et connecte ensemble ces deux grandes divisions de la vie. Ce doit être une personne qui, entre autres qualifications, a acquis une grande faculté de souffrir, aussi bien qu’une personne qui sait comment obéir. Un Agent de la Loge, dans n’importe quel travail d’importance, est aussi l’ouverture ou le point sensible dans le grand mur de fer des désirs égoïstes qui entourent la Terre et qui bloquent pour l’humanité la lumière qui est de l’autre côté. Les forces nécessaires peuvent être déversées par cette ouverture pour œuvrer aux fins désirées.
Pour faire tomber toutes les barrières et tous les murs que nous avons tant peiné à ériger autour de nous, il faut une véritable humilité qui, une fois acquise, apporte le pouvoir de « rendre un service parfait dans une justice exacte », et à partir de ce point le vrai disciple commence à travailler consciemment, non pas pour le Maître, mais en Lui.
Le grand message a été envoyé en des termes non équivoques : le jour de la « recréation » dans un champ d’action plus vaste du travail inauguré à travers H.P.B. arrive. Au cours de la dernière année, des centaines d’âmes sincères ont senti la résonance de la vérité dans ces paroles et ont agi en conséquence, et cela indique assez clairement que les Maîtres ne peuvent pas et ne veulent pas nous abandonner tant qu’existe cette loyauté envers eux. Que ceux qui ont des oreilles pour entendre entendent avec un cœur harmonisé dans le désintéressement, et ils ne pourront manquer de voir les signes et d’entendre les sons qui indiquent où coulent les courants majestueux de la Grande Loge de la Vie et de l’Amour.
HILARION - Temple 3 - Leçon 541