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L’APOTHÉOSE DE L’AMOUR

Cela me chagrine beaucoup, même si ça ne me désespère pas, de voir ici et là un enfant du Temple sombrer dans l’abîme du désespoir, abandonner le gouvernail du vaisseau de la vie, en titubant sous le poids du lourd fardeau dont il s’est chargé involontairement, un fardeau trop lourd pour un être humain. Il en est là parce qu’il a temporairement perdu la capacité d’utiliser l’énergie divine qui seule lui permettrait d’aspirer à atteindre ces conceptions divines et parfaites qui sont l’héritage de tous les enfants du Dieu vivant – des conceptions dans lesquelles sont incarnés les pouvoirs qui font mouvoir les soleils dans l’espace, le pouvoir qui pousse l’araignée à construire sa toile délicate.

Lorsque l’âme humaine s’éveille pour la première fois à la connaissance de sa divinité, à la connaissance du caractère de la substance dont et dans laquelle la forme de son expression a été moulée, elle se trouve aussi face aux résultats karmiques de ses vies précédentes dans le domaine de la gratification des sens, et elle est submergée d’horreur et de dégoût, ce qui la fait plonger temporairement dans un tourbillon de crainte. Elle craint d’avoir péché trop gravement pour pouvoir expier, elle craint d’être incapable de repousser les démons qui la pressent étroitement. Finalement, dans son désespoir, elle décide de créer un idéal, et de réaliser cet idéal par un processus d’élimination. Elle choisit le défaut le plus évident dans sa catégorie, et se met vigoureusement au travail pour l’éradiquer. Elle peut réussir à se défaire temporairement de ce défaut, ou plutôt à le repousser dans les profondeurs de son corps aurique, mais avant que cette tâche difficile soit complétée, elle doit constater qu’une autre forme du même défaut, ou un autre défaut aussi détestable, a pris la place du premier. Elle commence alors à comprendre que cet échec a une cause plus profonde qu’elle ne le croyait jusque là. Il y a un problème au cœur même de son être. La substance dans laquelle elle est incarnée, dont elle est formée, ne semble pas vibrer à l’unisson avec le cœur de la grande Âme Universelle. Découragée par son incapacité à vaincre ses persécuteurs, l’âme décide d’employer une autre méthode, qui lui semble infaillible celle-là, et tente de conquérir ces forces élémentales en haussant leur taux de vibration. Là où, peut-être, se trouve actuellement un désir de pouvoir et de position d’autorité, elle veut placer, par le pouvoir de la volonté, un désir correspondant pour les choses saintes. Elle consacre donc toute son énergie excédentaire à faire progresser quelque cause religieuse ou humanitaire. Pendant un certain temps, elle croit avoir trouvé la paix et l’épanouissement, mais un jour, elle se rend compte qu’elle n’a fait que transférer son désir de pouvoir et d’autorité à un autre aspect du même désir sensuel, et que le serpent à sept têtes la tient fermement enlacée dans ses anneaux. Alors elle connaît une période d’abattement et de désespoir. D’un pas pesant, la tête basse, elle s’avance lentement dans le morne désert qui l’entoure de toutes parts. Elle ne voit aucune fin à son labeur, n’entretient plus aucun espoir. Mais un jour, elle rencontre une autre âme, qui s’est enfoncée encore plus profondément qu’elle dans les marécages du mal, et son divin pouvoir de sympathie répond à l’appel de cette âme malheureuse. La léthargie, le sentiment d’impuissance et le désespoir disparaissent de sa conscience comme une cape crasseuse tombe des épaules d’un homme. Elle tend à ce frère souffrant une main secourable, et en accordant cette aide, elle reçoit dans sa conscience, directement d’Éros, l’étoile Christique, un rayon de la lumière qui a illuminé l’univers – l’Amour désintéressé, l’Amour qui dissout toutes les craintes, l’Amour qui pousse aux gestes généreux, l’Amour qui engendre la paix, la joie, le bonheur, même au sein du stress et de l’agitation de la vie physique, l’Amour qui va directement au cœur des choses et en revient chargé de bénédictions pour tous ceux qui sont prêts à les recevoir.

La preuve de l’éveil de l’Amour dans l’âme humaine est l’apparition chez elle d’un désir irrésistible de se donner, avec tout ce qu’elle possède, pour le plus grand bien de tous. Ce n’est que lorsque nous sommes capables de nous abandonner à l’Amour que nous pouvons trouver la vie en abondance. Mais hélas ! ceux qui se voilent les yeux ne cherchent pas au bon endroit. Ils se lancent à la recherche de la fontaine de sagesse, dont l’eau est composée de gouttelettes d’Amour, avec des idées humaines, concernant non seulement la nature de l’Amour, mais aussi l’endroit où on peut le trouver. Ils ne trouvent rien que les vapeurs du désir sexuel, dont leurs sens se lassent rapidement et qui les laisse finalement dix fois plus affamés qu’ils l’étaient au début de leur recherche. Souvent, oh ! si souvent, vous avez entendu les mots suivants : « À moins que vous ne deveniez comme de petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. » Je vous supplie ici de travailler de toutes vos forces à former une image juste de tout ce qu’implique cette phrase, de tout ce qu’elle signifie pour vous personnellement. Avant tout, une foi parfaite, un amour désintéressé et la confiance. Ce n’est que lorsqu’un enfant a été influencé par des adultes qu’il change de trottoir pour éviter de rencontrer le soi-disant pécheur. L’Amour traite tous les hommes de la même façon. Il ne prend rien, il donne tout. Lorsque l’aube de cette puissante force se lève dans notre cœur, elle commence à nous parler par nos yeux d’une façon parfaitement claire. L’Amour nous apporte, par la force de l’intuition, la sagesse et le pouvoir que nous ne pourrions atteindre d’aucune autre manière. Il jette les haillons répugnants du pharisaïsme, dont nous nous étions revêtus, dans les flammes qui montent du cœur du grand Temple de la vie, et nous revêt d’une tunique sans tache, tissée avec les fils qui sont enroulés dans les gouttes de sueur de nos tortures, quand nous nous tenons au milieu de la flamme centrale, où, tôt ou tard, tout disciple de la Grande Loge Blanche doit rester jusqu’à ce qu’il soit purifié.

Ah ! mes enfants ! Dans la somme de notre existence, la seule chose qui compte, c’est l’Amour. « Si vous n’aimez pas le frère que vous voyez … » – le frère qui vous a fraudé en affaires autant que le frère qui vous a secouru, la sœur qui vous a trahi autant que la sœur qui a été votre inspiratrice, vos frères et sœurs qui marchent actuellement sur le côté sombre du chemin de la vie, pas toujours par choix, mais souvent parce qu’ils ont été expulsés du côté lumineux par vous et par d’autres comme vous ; si vous ne pouvez pas aimer ceux qui ont le plus besoin de votre amour, « comment pouvez-vous aimer Dieu que vous ne voyez pas » , le Dieu en qui ces frères et sœurs méprisés « sont et vivent » ?

Aussi longtemps que vous détournerez votre visage, par colère ou par dégoût, des êtres les plus méchants qui existent, aussi longtemps que vous pourrez persuader ou tenter une autre personne humaine de faire de même, les barreaux de la grille qui vous sépare de votre héritage demeureront en place, et vous continuerez à marcher à tâtons dans les ténèbres extérieures.

Les mots « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé » vous ont été dits à vous tout aussi directement qu’ils ont été dits à ces autres fragments de la Divinité qui, debout dans la lumière du Soleil Spirituel, s’efforçaient de disperser les nuages denses qui les entouraient. Mais cette lumière avait été dirigée si fortement sur l’écran de leur vie, que leur capacité de former un jugement correct avait été suspendue par les feux allumés par cette lumière. Il n’en est pas de même pour vous. Vous vous êtes tenus longtemps dans les rayons de ce Soleil, sa lumière a pénétré votre conscience et vous a donné le pouvoir de vous contrôler, de suspendre votre jugement et d’offrir de l’Amour lorsqu’un frère faible ou coupable en a besoin.

Revenez à moi, mes enfants, vous qui errez au loin dans les sentiers détournés créés par la traîtrise, par les faux jugements, par l’absence d’Amour, d’où vous ne pouvez plus entendre ma voix, ni voir la main que je vous tends. Ouvrez vos cœurs à cet Amour divin qui, comme un miroir, reflète notre unité. Souvenez-vous que le péché de votre frère est votre péché, que les faiblesses de votre sœur sont vos faiblesses, et que, tout comme le Grand Maître ne peut pas connaître le repos jusqu’à ce qu’il ait ramené à la bergerie tous les moutons qui lui appartiennent, vous ne pouvez pas jouir de votre héritage tant que vous n’avez pas ramené dans votre Amour les cœurs qui font partie de votre cœur. Prenez ma main, et cherchez avec moi vos frères errants, et entourez-les de l’Amour qui est l’apothéose de toutes choses, l’Amour qui conquiert toutes choses, même la mort.

Comme le son des mots que vous avez prononcés passe dans les royaumes invisibles, que la lumière des feux que vous avez allumés retourne au monde intérieur, hors de votre vision terrestre, le son et la lumière réintègrent tous deux la forme d’énergie dont ils sont parties intégrantes, soumis à un rappel par ceux qui ont mérité le pouvoir de manipuler ces formes d’énergie, pas nécessairement comme des répétitions des mots prononcés, ou comme des éclairs de lumière du même genre, mais comme des incarnations élémentaires qu’il est possible de contrôler. De la même façon, les pensées d’Amour, de compassion et de dévotion qui s’élèvent du cœur humain dépassent le niveau de leurs créateurs et vont se mêler aux forces du royaume des esprits. Ces pensées aussi sont soumises à un rappel, et reviennent sous la forme d’anges visiter ceux qui ont préparé une demeure pour eux.

À tous ceux qui considèrent tous les efforts parlés ou écrits pour éveiller l’être humain à la conscience du pouvoir de l’Amour comme une série de lieux communs – un inutile gaspillage d’un temps que l’on pourrait consacrer à un but concret –, je dirais : même du point de vue matériel, le travail de développement du pouvoir de l’Amour entraînera la manifestation de tout ce à quoi ils attachent le plus de prix. En effet, il est hors de tout doute que l’Amour est la plus puissante forme d’énergie de l’univers. Celui qui a acquis le pouvoir de le contrôler, contrôle aussi toutes les formes inférieures de pouvoir. Mais c’est la forme d’Amour qui donne tout plutôt que celle qui prend tout. En effet, si paradoxal et difficile à comprendre que cela puisse paraître, la renonciation est équivalente à la possession.

HILARION - Temple 1 - Leçon 46