LA VALEUR DE L’INSTINCT RELIGIEUX
Si le désir inassouvissable du cœur humain
– pour une réalité indéniable et évidente sous-tendant tous les phénomènes cycliques évanescents,
– pour la source du flot d’amour qui s’élève dans un homme à la vue d’un visage, au contact d’une main, et, comme une fontaine d’eau vive, embellit tout endroit dévasté et fait naître la graine cachée de toute caractéristique utile et belle dans la nature humaine,
– pour l’étonnement indicible qui engourdit notre parole à la vue d’une magnifique scène de montagne ou d’un coucher de soleil ravissant,
– pour la faim presque physique qui nous saisit lorsque nous sentons une fleur rare, quand la nature tout entière se rebelle et refuse de se satisfaire des seuls sens de la vue et de l’odorat;
Et surtout le désir insatiable
– qu’une force ou un être extérieur reconnaisse la qualité ou l’attribut durement gagné que nous croyons digne de cette reconnaissance,
– ou que soient effacés les effets d’une action indigne que nous savons intuitivement incompatible avec la manifestation de nos idéaux de perfection ;
Si toutes ces actions hypersensibles des forces intérieures qui sont au-delà de notre contrôle sont éveillées en nous seulement pour mourir de faim parce qu’il n’y a rien derrière elles ou au-dessus d’elles qui soit capable de les nourrir et de les soutenir de façon permanente,
ALORS toute la vie est un mensonge et une illusion, et l’univers est le rêve fou d’une humanité folle.
En effet, on ne peut trouver nulle part dans le monde physique une manifestation de désir sans qu’il n’ait été prévu quelque part le moyen de satisfaire ce désir. La raison ne peut accepter que le désir le plus élevé, le plus pur, le plus saint de la race humaine soit le seul qui reste sans moyen de réalisation.
La plus forte preuve de la vérité fondamentale de tout système religieux est le besoin de ses fidèles d’obtenir ce que le système peut fournir. Nous pouvons satisfaire notre raison pendant quelque temps avec diverses hypothèses scientifiques, nous pouvons faire travailler ou abêtir nos esprits avec des arguments trompeurs contre la probabilité qu’il existe une réalité sous-jacente aux croyances et aux dogmes généralement acceptés que nous avons abandonnés ou que nous n’avons jamais pleinement acceptés, mais le fait demeure qu’en cas de maladie grave, de malheur, de grande souffrance ou, à l’autre extrême, lorsque nous éprouvons une grande joie ou une grande satisfaction, nous retournons aux croyances que nous avons rejetées ou aux idées que nous avons abandonnées d’une possible réalité divine.
Ce n’est que dans les niveaux médiocres de la vie, les niveaux morts, lorsque nous avons perdu ou gaspillé notre capacité de sentir profondément, de désirer ardemment, que nous pouvons trouver de la satisfaction dans les résultats de nos processus de raisonnement, de notre gymnastique intellectuelle. Aux deux extrêmes, au plus haut et au plus bas niveaux vibratoires de la vie, tout ce qui en nous est capable de toucher la bordure du vêtement de l’Amour Infini demande à grands cris, et au prix de tout sacrifice, un contact plus proche avec cet amour. Ce n’est que dans ces extrêmes que ce contact peut être atteint, soit au moyen d’une croyance religieuse acceptée, ou par la naissance de l’âme enfantée par le labeur d’un désir et d’un effort personnels.
Le « Merci mon Dieu » qui tombe des lèvres du pessimiste ou du matérialiste lorsqu’il arrache une personne aimée à un danger imminent, est une indication plus sûre de l’existence d’une Divinité, d’un Dieu qu’on pourrait remercier, que les années d’argumentation négative qu’une personne de ce genre pourrait opposer. L’exclamation jaillit, pure et limpide, des profondeurs de la nature divine de l’homme, un résultat de la reconnaissance instantanée de la possibilité d’un amour et d’une protection infinis, et elle exprime une des plus belles qualités dans la vie – la gratitude. L’argumentation n’est qu’une action illusoire et temporaire de la part de quelques-unes des rides de surface du grand océan cosmique, transitoires dans leur nature comme les caprices d’un rayon de lumière (comme le sont toutes les opérations de la raison non touchée par l’intuition), qui pourrait peut-être servir à régler des affaires temporaires, mais qui ne réussit absolument pas à satisfaire l’âme prise dans un abîme de désir inférieur dont elle ne peut se sortir sans aide.
HILARION - Temple 1 - Leçon 77