LA SYMPATHIE
À mesure que chaque grand cycle approche de sa fin, son énergie augmente et ses vibrations s’accélèrent plusieurs fois. Ainsi avant que ne sonne l’heure de clôture de toute grande période du monde, les habitants de ce monde deviennent sensibles à ses impétueuses vibrations. Ils ne peuvent plus vivre la vie plus tranquille de leurs ancêtres. Ils peuvent même expérimenter en une seule heure des changements successifs qui, un ou deux siècles auparavant, n’auraient pu se produire que sur de nombreuses années de vie.
Nous vivons actuellement une période semblable. Les arts, la littérature, la science, tout prouve la véracité de mes paroles. Nous n’avons plus le temps, du moins le croyons-nous, de pratiquer « les grâces de l’âme ». Chaque heure est vouée à une intense activité, quelle que soit la direction que nos énergies aient prises. L’une des plus délicates de ces grâces, la « sympathie », semble destinée à disparaître de l’horizon du XXe siècle, et pourtant, parmi tous les attributs humains ou célestes, il n’y en a pas un dont nous ayons plus besoin aujourd’hui.
La sympathie a été analysée, classée et reléguée à l’arrière-plan. On nous dit qu’il s’agit d’un « mode de mouvement », d’une « sensibilité maladive » ou d’un trait de caractère dont nous ferions bien de nous défaire si nous voulons réussir dans la vie matérielle. Dans tout ce monde qui vit, respire et est conscient, avec ses myriades de vies, il n’existe aucun attribut moins bien compris ni plus puissant. Il est vrai qu’il s’agit d’un « mode de mouvement », mais le mouvement dont il est question ici est celui de l’éternelle substance spirituelle, de l’Amour, laquelle est plus puissante que toutes les autres formes de substance, matière, force ou énergie dans l’univers.
L’histoire du sacrifice de soi, de l’Amour divin pour l’humanité, n’a jamais été racontée avec efficacité, sauf lorsque la bouche qui la rapportait était animée du feu de la sympathie et de la pitié. Le ressort principal, le pouvoir de la religion chrétienne, sans lequel cette dernière n’aurait jamais atteint sa dimension actuelle, est la sympathie, la pitié du Christ pour l’humanité déchue.
Je vous ai dit que l’amour est une substance, une force, une essence, la plus spirituelle de toutes les émanations de l’Infini, et la sympathie est son enfant premier-né.
Peu d’entre vous savez ou, si vous savez, peu d’entre vous s’arrêtent pour réfléchir au fait que tout sentiment de pitié éveillé dans l’esprit d’un individu fait s’élever de l’éther nerveux du corps de ce dernier une émanation comparable au parfum de mille roses. Cette émanation ne se perd pas dans les champs de l’espace. Elle entre dans la personne qui a fait naître le sentiment de pitié. Elle réconforte et aide, même quand aucun mot n’est prononcé ou aucune action extérieure exécutée. Elle tombe comme la rosée sur le sol desséché du cœur endurci par l’indifférence du monde et la souffrance humaine, pénétrant, purifiant et adoucissant, rendant possible une régénération, une nouvelle vie pour le mortel qui se croyait peut-être au-delà de toute possibilité d’aide. C’est la première pierre du temple spirituel de l’homme, l’attribut qui met fin à jamais à sa parenté avec les brutes qui furent ses ancêtres. C’est le premier barreau de l’échelle qui mène aux dieux. Est-il possible de classer un semblable attribut parmi les faiblesses de l’homme, comme cela se fait si souvent? Est-il possible d’associer avec mépris aux femmes et aux enfants une qualité aussi divine ?
La qualité inhérente de la bête en l’homme est perceptible dans la cruauté naturelle de l’enfant moyen, jusqu’à ce que la rosée de la sympathie s’éveille en son cœur. Cette qualité fait alors les progrès les plus rapides et détermine le caractère de l’homme ou de la femme.
Chez certaines classes de gens qui étudient ce qu’ils croient être l’occultisme, on observe une tendance toujours grandissante à éliminer en eux-mêmes ces attributs qu’ils prennent à tort pour des sensations de l’homme inférieur. Ils ont appliqué une fausse interprétation au mot « indifférence » qu’utilisaient les anciens mystiques et ils ont fait plusieurs pas sur le chemin qui mène à un état de dureté et de pauvreté de cœur. La véritable définition du mot « indifférence » est totalement autre et signifie simplement résignation, patience. Ces étudiants ne connaissent pas encore le danger qu’ils courent en détruisant les seuls attributs par lesquels il leur est possible d’atteindre la perfection, la maîtrise.
Il n’y a aucune contradiction entre les grandes philosophies si on en lit l’esprit plutôt que simplement la lettre. Lorsque survient une contradiction apparente chez l’une d’elles, la lumière jetée sur le même sujet par une autre révélera leur identité. De toutes les philosophies vous pouvez apprendre la sagesse, la justice et l’amour. En chacune d’elles vous pouvez apprendre que même si nous devons engranger la récolte dont nous avons semé les graines, l’amour éternel surpasse la justice éternelle, et elle répand à pleines mains bourgeons, fleurs et fruits sur les plaines arides de l’âme que nous avons laissée nues.
HILARION - Temple 2 - Leçon 260