1

LA RESPONSABILITÉ

L’anna1, le sou, le centime ou le billet de banque, quels que soient les pièces ou les billets dont vous vous séparez pour acquitter une obligation ou pour faire la charité, leur valeur est peu comprise par la personne qui s’en départit généreusement ou en grommelant, car les pièces ou les billets, qu’ils soient petits ou grands, représentent une réalité qui ne change pas avec le temps comme le font leurs contreparties matérielles.

Dans chaque pièce frappée ou chaque billet imprimé se retrouve la force de pensée qui a d’abord créé sa valeur. Chaque pièce en circulation est entrée dans les courants de pensée – pour le meilleur ou le pire – de tous ceux qui l’ont manipulée, épargnée, chérie ou gaspillée, ce qui en a fait un centre de force, une chose vivante, pleine des influences qui l’ont créée.

Est-il donc surprenant, dans ce cas, que chaque pièce de monnaie que possède un homme porte avec elle non seulement un pouvoir bienfaisant mais aussi un pouvoir dégradant, et que c’est l’esprit dans lequel l’obligation est acquittée, la charité consentie, qui va déterminer si elle est bienfaisante ou dégradante, et si la vague en retour après l’avoir transmise vous apportera, au bout du compte, joie ou peine, plaisir ou douleur.

L’homme pense rarement de façon sérieuse à la nature ultime ou à l’effet sur lui-même et sur autrui des choses simples qui entrent dans sa vie matérielle – les choses qu’il manipule, chérit, n’aime pas ou rejette. Pourtant, s’il pouvait apprécier le fait que rien de ce qu’il contacte, tient ou utilise ne peut quitter sa conscience ou la sphère aurique de son être, et qu’il va contacter, manipuler ou utiliser chacun de ces objets encore plusieurs fois, même si leur forme va changer à travers le cours cyclique de ses vies, affectant pour toujours – à un degré plus ou moins grand – sa destinée, il ne se chargerait pas si volontiers, ni sa maison, ni son environnement, de choses inutiles dont il ne pourra jamais se défaire tant qu’il continuera de vivre dans la forme, peu importe à quel point il s’en lasse.

La tragédie des choses sera un jour révélée à l’homme avec une vivacité surprenante. La connaissance du nombre limité de choses qu’il a réellement besoin pour son bien-être l’attirera et lui apparaîtra comme des plus désirable, et il prendra alors conscience de la responsabilité karmique qui repose sur ses épaules pour tout ce qu’il a créé ou qu’il a attiré à lui par le désir.

1 N.D.É. Anna : Ancienne pièce de monnaie indienne.

HILARION - Temple 3 - Leçon 410