LA RÉINCARNATION
Ces dernières années, le sujet de la réincarnation a été librement abordé dans toutes les formes de littérature, à un point tel qu’on peut difficilement trouver une excuse à ceux qui ne se sont pas forgé une opinion définitive quant à la vérité ou la fausseté des enseignements vieux comme le monde sur ce sujet.
Bien des passages des livres sacrés de l’Orient, les Védas, les Upanishad, La doctrine secrète et la Bible, de même que les écrits des nombreux mystiques et philosophes modernes contiennent des références à la réincarnation et la présentent comme une réalité évidente de la Nature, sans possibilité de réfutation. Malgré les enseignements disponibles sur ce sujet, il est surprenant de voir combien on en sait peu sur les parties de cet être septuple appelé « homme », parties qui persistent après la mort et qui se réincarnent dans un autre corps une fois que certains cycles temporels se sont écoulés.
Toute personne ayant le pouvoir de faire taire les pensées qui se bousculent dans son mental, d’apaiser les émotions du corps, de fermer les yeux ou de regarder fixement, le regard perdu dans le vague, un point éloigné de l’espace, réalisera graduellement qu’il existe une conscience intérieure totalement distincte de celle du corps physique. En d’autres mots, une conscience d’êtreté distincte de toutes choses et conditions matérielles, et qui pourtant est la puissance motrice derrière l’esprit et le corps. Cette conscience d’êtreté s’identifie principalement aux principes d’Atma, Bouddhi et Manas – le désir, la volonté et la mentalité. Elle se manifeste dans son premier véhicule individualisé comme « Âme Divine » et est différente de « l’âme humaine », le véhicule du mental.
Cet Être triple – Atma-Bouddhi-Manas – est « l’Ego » qui se réincarne, le « Je suis » ou l’individualité, le « Soi Supérieur » éternel – Dieu en l’homme. Il est indépendant du temps et de l’espace, et de toutes les limitations de la matière. Il s’unit aux quatre principes inférieurs – Kama Manas, Kama Rupa, Lingua Sharira (double éthérique) et Sthula Sharira (le corps physique). Il crée le corps dans chaque incarnation, au seuil du temps et de l’espace. Il devient par la suite « l’Intelligence Directrice », « l’Esprit Supérieur » ou « l’Âme Divine » de l’homme dans toutes ses vies.
Comme le véhicule de la mémoire n’est encore qu’un organe partiellement développé dans le cerveau de la moyenne des gens, l’homme n’est pas conscient des événements de ses incarnations passées, et ne pourra pas le devenir tant et aussi longtemps que ce centre n’aura pas atteint un stade de développement beaucoup plus avancé que ce n’est le cas actuellement. Dans chacun des corps d’une lignée d’incarnations, ce centre cérébral particulier peut être comparé à l’une des nombreuses bobines d’un long film, et l’Ego qui se réincarne comme au pouvoir qui projette les scènes sur l’écran. Le mental inférieur est conscient des événements d’un seul cycle de vie – les scènes d’une seule bobine. Lorsque la lignée des incarnations dans la chair sera complétée, tout le film, au sens figuré, se déroulera devant l’âme pleinement illuminée, car cette dernière est le véhicule permanent de l’Ego ou encore le corps Nirmanakaya. L’écran de la mémoire, alors parfaitement développée, s’avérera avoir enregistré chaque action et chaque pensée de chacune des nombreuses personnalités.
Dans le cas d’un Maître, l’écran de la mémoire s’ouvre à volonté à son regard intérieur. En conséquence, il peut retracer les événements de n’importe laquelle de ses incarnations précédentes, et ceci est possible en raison de son identification consciente avec son Soi Supérieur, l’Ego.
En fait, tout être humain normal peut saisir des séquences – des événements – de ses vies passées projetées sur cet écran de la mémoire, bien qu’il soit incapable d’établir de corrélation entre ces dernières et sa vie actuelle. Il voit des endroits, des gens ou des objets. Il entend intérieurement des voix, des airs de musique ou d’autres sons, qui lui sont étrangement familiers, mais il ne peut pas se rappeler où et quand il les a d’abord vus ou entendus. Il s’agit généralement de souvenirs latents, vécus à nouveau parce que la personne a été mise en contact avec un environnement identique ou encore similaire à celui de l’incarnation antérieure où se sont produits ces scènes ou ces sons. Un jour, il va développer un centre cérébral qui sera un véhicule parfait à travers lequel la mémoire fera défiler rapidement toutes les archives de toutes les vies qu’il a vécues, depuis le moment où sa première forme visible, créée à partir de la substance protoplasmique, s’est manifestée sous la forme d’une cellule unique jusqu’à son état actuel. Un jour, il va devenir pleinement conscient de sa véritable identité, tandis qu’il est actuellement seulement conscient de son corps et de son mental, qu’il appelle à tort le « Soi ».
Après la mort et la désintégration du corps physique, l’Âme Divine mentionnée plus haut entre dans l’état dévachanique, un état céleste de repos. Cette condition est parfois associée à tort à celle d’un « rêve », par opposition à la vie active du plan physique. L’âme peut aussi demeurer volontairement dans l’aura de l’endroit qu’elle a quitté, ceci en vue de donner assistance aux âmes qui quittent le plan physique ou encore à l’humanité en général. Lorsque la période naturelle du repos tire à sa fin, l’âme entre dans un nouveau cycle d’incarnation de la façon déjà décrite. La loi karmique détermine l’endroit et la lignée parentale du corps que l’Âme Divine va animer, de même qu’elle fixe le terme de la vie de ce corps, et ce, jusqu’à ce qu’elle puisse transcender toute matière, devenir une « loi » pour elle-même et ainsi choisir ses parents et son environnement.
En général, la grande objection à la réincarnation semble être la peur de perdre son identité. Si les gens pouvaient prendre conscience que, jusqu’à ce jour, personne n’a jamais été pleinement conscient de sa propre identité, cela dissiperait cette peur. Quel individu peut dire qu’il sait quelque chose au sujet de cette partie de la personnalité qui, mis à part l’instinct, les émotions, la passion, la chair et le sang, est la véritable conscience de l’identité ? Il nous faut comprendre que la conscience – le « Je suis » ou « l’Ego » – était, atome par atome, autant liée aux innombrables formes qu’elle animait dans le passé qu’elle l’est à présent au corps qu’elle habite. Elle réalisait alors dans ces autres formes tout ce qui se passait comme elle le fait aujourd’hui. Si nous pouvions comprendre cela, est-ce que, finalement, la foi ne remplacerait pas la peur ? Est-ce que la vérité de la vie éternelle n’exercerait pas son attrait plus fortement qu’elle ne le fait maintenant ?
La croyance dans votre identité avec votre corps est tout aussi entière aujourd’hui qu’elle l’était la semaine dernière ou l’année d’avant. Elle n’a pas diminué suite aux changements qui sont survenus dans votre environnement, ou parce que vous avez changé de vêtements plusieurs fois, ou encore parce que les molécules de votre sang et de votre chair ont été remplacées maintes et maintes fois par d’autres légèrement différentes en qualité et en quantité.
Une autre pierre d’achoppement à la croyance en la réincarnation est la peur de la séparation éternelle d’avec les êtres chers. Si les humains pouvaient seulement devenir conscients qu’ils connaissent si peu la vraie personne, l’homme ou la femme, l’âme derrière tous les aspects extérieurs changeants de leurs êtres chers, et s’ils pouvaient s’imaginer ce que devient la communion entre deux âmes, une fois dégagées de toute substance de « terre frustre », alors ils pourraient entrer dans une communion dépourvue de toute possibilité de malentendu. La raison en est que chaque personne aura appris, au cours de ses nombreuses incarnations, tout ce qu’il est possible d’apprendre de la vie sur Terre, ses possibilités les plus élevées aussi bien que ses mensonges et ses désillusions. Alors, et alors seulement, il sera possible d’imaginer ce qu’est la véritable identification.
De temps en temps, nous rencontrons des personnes que nous identifions immédiatement à des amis. Nous ne les avons jamais rencontrées auparavant dans cette vie, mais nous reconnaissons immédiatement la parenté d’âme. Nous n’avons aucune raison de douter de la vérité et de la loyauté de ces amitiés. Nous avons été liés par une relation intime durant plusieurs vies, et la reconnaissance d’une âme sœur sur la Terre est une préfiguration de l’identification des amis après la mort.
Des étudiants commettent parfois l’erreur de penser que la réincarnation et la transmigration sont une seule et même chose. Ceci est une grave erreur. En Extrême-Orient, certaines écoles de philosophie enseignent que, en raison d’une méchanceté persistante, l’âme humaine peut descendre à travers tous les niveaux des royaumes inférieurs de la Nature. Dans ces écoles, il est également fréquent d’observer des manifestations de grande vénération envers les animaux qu’on croit être la réincarnation d’amis ou de grands personnages du passé. On pense qu’ils se sont réincarnés de cette façon à cause de leurs mauvaises actions ou encore par le pouvoir surhumain de quelque ennemi qui voulait se venger.
La doctrine secrète enseigne que l’âme de l’homme, la véritable individualité, ne peut pas se réincarner dans un corps animal, car elle est un être spirituel. Cependant, suite à une longue période de méchanceté continue à travers de nombreuses incarnations, il est possible que se produise une séparation entre l’Âme Divine et les principes inférieurs. Un être semblable, maintenant dépourvu d’âme, sombre de plus en plus bas jusqu’à ce que les quatre principes inférieurs qui l’ont maintenu en incarnation, dans la forme, se séparent finalement et que la matière qui constituait ses diverses couches ou corps ait été désintégrée et retournée aux éléments. Après de longs cycles, « l’âme perdue » aura une nouvelle occasion de s’incarner, mais elle devra à nouveau reconstruire ses véhicules d’incarnation, à partir du début, se couvrant ainsi des nombreux voiles de la forme, à travers tous les royaumes inférieurs de la nature, jusqu’à la forme humaine où elle pourra à nouveau s’incarner. Les enseignements ésotériques concernant « l’âme perdue » sont très secrets et ne sont pas dévoilés à l’homme avant qu’il ait atteint un certain stade d’évolution.
La race, la famille et la nation dans laquelle entre l’Ego qui se réincarne, après l’expérience dévachanique de l’âme, sont déterminés par les Seigneurs du Karma, les Gardiens des tablettes cosmiques, en d’autres mots les Maîtres de Sagesse. Ils guident alors l’âme éveillée vers la race et la famille où elle pourra le mieux exploiter le bon et le mauvais karma de ses incarnations précédentes. Comme ce karma a été créé en lien avec d’autres personnes de la même race ou de la même nation, il est donc partie intégrante du karma racial. En conséquence, l’âme s’élèvera ou tombera, la plupart du temps, en même temps que la race elle-même. Lorsqu’une Grande Âme dépasse les possibilités de sa race, elle peut alors entrer dans une race supérieure. Également, une race peut s’élever à un état supérieur de vie et de civilisation seulement si ses membres, globalement, transcendent les conditions créées dans une ère antérieure.
Lorsqu’une race entière tombe dans une grande méchanceté spirituelle, comme ce fut le cas de la race atlantéenne, elle est finalement détruite et retirée de la surface de la Terre. La loi karmique s’occupe par la suite de ses unités individuelles en fonction de leurs mérites.
La justice absolue et l’exactitude des verdicts établis par la loi du karma sont inimaginables pour nous. Quelle que soit l’intensité des difficultés de la vie actuelle d’un homme, quelles que soient les faiblesses ou les maladies de son corps pour affronter les conditions de son environnement, une pleine compréhension de la loi du karma et de la réincarnation détruira ce sentiment d’injustice. L’acceptation de cette loi permettra à l’homme de détruire les croyances les plus délétères qui soient pour son âme. Cette acceptation lui permettra d’avoir un aperçu de la beauté, de la sagesse et de la perfection de la vie telles qu’elles se manifestent dans la réalité.
HILARION - Temple 2 - Leçon 253