LA PORTE DE LA VIE
Pour qui désire pénétrer et connaître les mystères de la vie et de la mort, le service désintéressé est le premier portail. Dans le Temple des Mystères de l’Antiquité – en Grèce, à Éleusis et à Samothrace – et dans ceux des plus Grands Mystères d’Égypte, chaque candidat devait consacrer un certain nombre d’années de sa vie à servir – autrui, le monde ou l’État, selon ses qualifications – avant d’être prêt à commencer l’étude des forces intérieures de la nature et à connaître et réaliser ses relations avec elle.
De nos jours, suite au fait que les « Veilleurs de la Flamme centrale » ont permis qu’un peu de la connaissance des Mystères filtre à travers la crasse des désirs égoïstes qui entoure le monde, des milliers de personnes qui ont saisi un aperçu ou un reflet éphémère de la gloire et du pouvoir qu’il est possible d’atteindre se sont précipitées pour « y être admises ». Pas plus d’une sur mille n’a franchi la première porte ou n’y a même pensé. La multitude, ignorant la porte, n’ont rien trouvé que du vide de l’autre côté – un néant d’obscurité et de négation. Et pour ce qui est du petit nombre de personnes qui, peut-être à force de volonté et de détermination indomptable, ont persisté dans leur tentative de franchir le deuxième portail ou les murs protecteurs qui les sauvent d’elles-mêmes, les puissantes forces réactionnaires inférieures éveillées dans leur aura ont vite fait régner la confusion en elles, entraînant un mécontentement de plus en plus grand, jusqu’à ce que, forcées de battre en retraite et ramenées à elles-mêmes, désappointées, elles se soient exclamées, « Il n’y a rien là », ou encore « Il s’agit d’une illusion ».
Et avec tout cela, la voie est si simple que seule une personne avec un cœur d’enfant peut la comprendre et la suivre.
Les grandes forces divines et naturelles de la vie – l’amour, la sagesse et la connaissance – font pression sur la conscience de tous ceux qui peuvent lire ces lignes, et elles font vibrer sans interruption les cordes de la nature humaine, cherchant à jamais à évoquer dans le cœur une conscience des vérités éternelles. La naissance de cette conscience est retardée d’année en année, d’ère en ère, en raison des ombres que nous poursuivons et des tâches à faire que nous ne faisons pas – en nous préoccupant des personnes éloignées de nous –, dans l’espoir de ne jamais avoir à les faire.
Les grandes portes de la Loge de la Vie ne sont jamais fermées – mais vous devez perdre votre vie personnelle pour la retrouver immortalisée de l’autre côté de ces dernières. Vous devez abandonner une partie de vous-même pour acquérir quelque pouvoir spirituel que ce soit. Alors, vous devenez ce pouvoir. La chose que vous abandonnez ne doit pas être une chose que vous ne voulez pas – quelque chose que vous laissez aller avec plaisir. Ce doit être une chose qui fait partie de votre vie même – le sang de vos veines, peut-être dans un sacrifice au service d’autrui, sans espoir de récompense –, une consécration de chacun de vos actes au Soi Suprême.
Alors, à mesure que les atomes du moi personnel sont remplacés par les atomes du Soi Spirituel, la grande réalité se fait jour : le pouvoir glorieux est vôtre pour retirer le lourd verrou de fer du désir personnel qui fermait à double tour le « Grand Portail de la Négation » dans le mur du Silence impénétrable qui différencie les couleurs et les plans, et qui divise le corps et l’âme, le temps du non-temps, l’homme de Dieu.
Les désirs personnels doivent mourir pour que le Soi Spirituel puisse naître. Cette résurrection à la vie de ce qui était mort se produit constamment dans tous les règnes de la nature. C’est le drame divin qui se joue éternellement sur la scène de l’évolution de la matière, de la force et de la conscience. Le Soi Supérieur élève constamment le moi inférieur depuis la tombe de la matière dans laquelle il a été plongé par les deux voleurs de l’ambition personnelle qui voudraient s’emparer du « Verbe » par la force – de l’énergie créatrice et constructive, sainte et inhérente à chaque atome de matière. Le Soi Supérieur symbolisé par le Maître est présent à chacune de ces résurrections du Soi Spirituel dans la matière. Et à partir de ce moment, cette matière possède des qualités et des pouvoirs différents. C’est un temple spiritualisé et une demeure appropriée pour la « Présence Sainte ». Ceci est autant une vérité littérale qu’une vérité symbolique – et les changements qui se sont produits dans le corps de Jésus après son initiation suprême sur la croix de la matière en sont une bonne illustration. Il n’y a pas d’autre façon.
Il revient à l’étudiant véritable de la vie et de ses mystères de faire très attention de ne pas développer un seul aspect de lui-même. Le véritable occultisme exige que tous les plans soient mis en corrélation. Et le plan matériel est aussi important que n’importe quel autre plan.
Si l’occultisme n’aide pas la personne à avoir de meilleurs buts dans la vie, et s’il ne peut pas aider le monde sur le plan pratique, il est illusion et piège. Les grands principes de vérité sous-jacents sur lesquels l’univers est construit – et dont l’étude et la compréhension préoccupent l’étudiant de l’occultisme – doivent être appliqués concrètement, non pas seulement dans la vie de l’étudiant, mais dans le monde extérieur autour de lui, selon ce que permettent les circonstances et les occasions.
Il faut trouver la ligne médiane d’équilibre entre les plans – entre le spirituel et le mental. À partir de cette ligne centrale d’équilibre, on peut faire appel à volonté aux forces spirituelles et matérielles, et les appliquer avec pouvoir et pertinence pour la construction et la formation dans le monde de conditions correspondantes équilibrées. Il est vrai que certaines personnes, réagissant à la matière et ayant « fixé leur chariot à l’étoile de l’accomplissement spirituel » ne seront pas satisfaites avant de s’être complètement saturées d’un certain degré de cette force – après quoi elles retournent naturellement et avec plaisir à la matérialité, satisfaites de combiner et de tisser ensemble les pouvoirs et les vérités des deux plans dans une harmonie équilibrée de sentiment et d’action – avec pour résultat un bienfait correspondant pour elles-mêmes et pour le monde en général.
HILARION - Temple 3 - Leçon 552