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LA DIVINE INDIFFÉRENCE

Il faut à tout disciple une longue période d’efforts inlassables avant d’atteindre le niveau voulu d’indifférence, où louanges et blâmes, joies et douleurs sont identiques – le niveau où s’atteint la force de ne pas répondre aux requêtes pressantes de disciples non préparés qui demandent des instructions plus secrètes afin d’obtenir plus de pouvoir. C’est le stade où les joies et les peines de l’un n’ont pas plus d’effet sur le disciple que les joies et les peines d’un autre, de sorte qu’elles ne peuvent plus susciter une réponse qui serait plus favorable ou, comparativement, un exercice du jugement impartial qui serait amoindri.

La sympathie – l’une des choses nécessaires au chéla dans les premiers degrés de l’occultisme – doit être élevée jusqu’à atteindre le degré supérieur des mêmes principes de base, soit le niveau de la Justice et de la Compassion.

Le chéla avancé qui reconnaît la justice de toute punition qui lui est imposée par une loi infaillible est d’une grande utilité pour les autres, car il démontre le pouvoir de l’endurance silencieuse.

La sympathie affaiblit souvent la personnalité et la laisse encore plus sujette à toutes sortes d’exigences similaires, tandis que l’endurance silencieuse permet à l’âme de travailler en avançant vers la renonciation finale, la plus haute qualité parmi toutes.

Si vous déversez le trop-plein de votre cœur en donnant généreusement la connaissance qui vous a été confiée à ceux qui n’ont pas encore conscience de l’importance de ce qu’ils ont entrepris (comme cela vous a été prouvé à maintes reprises par la répudiation du premier principe de l’occultisme – la loyauté – par d’anciens disciples), vous ne faites qu’ajouter à la somme des offenses de ces personnes en attirant sur vous les effets de leur ingratitude – l’offense impardonnable. Dans un cas semblable, rappelez-vous que les délinquants ne pourront jamais revenir à l’état ou au statut qui était le leur quand ils ont chuté, d’aucune autre façon, ni par aucun autre moyen ni aucune autre personne que par et grâce à l’individu à qui ils ont fait du tort, c’est-à-dire, dans cet exemple, par et grâce à vous. Le karma de la victime et celui des délinquants sont ainsi inextricablement entremêlés.

Lorsque, dans son esprit, un chéla reçu prend la responsabilité de placer son Maître ou enseignant sur le banc des accusés, sachant qu’il est lui-même loin d’avoir atteint dans son développement un point qui lui permette de juger ce dernier en toute justice, il s’exclut lui-même, par cet acte, de la sphère d’influence du degré de la Loge Blanche qu’il a atteint. Il répond ainsi à un degré vibratoire moindre et il est par conséquent d’autant plus sujet à l’influence d’une classe inférieure d’élémentaux, dont l’action le rend incapable de percevoir l’élément essentiel de ce qui était apparemment une action malavisée, sinon mauvaise, et qui, croit-il, pouvait justifier sa déloyauté.

L’initié ou le représentant nommé par la Loge Blanche ne doit répondre qu’à son propre Maître. Si cet initié a enfreint l’une quelconque des lois supérieures du discipulat, échouant ainsi à ses propres épreuves, il n’y a pour lui aucune échappatoire possible. Sa souffrance sera aussi sévère qu’elle devrait l’être pour le cœur le plus endurci. Mais le chéla, l’étudiant, en raison de son obligation sacrée, ne peut pas juger son Maître ou Enseignant sans attirer la condamnation sur sa propre tête.

J’exprime ici l’une des lois fondamentales de la vie, le principe de base qui sous-tend le commandement donné par Jéhovah à Moïse : « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent1 » Remarquez que le commandement n’est pas au conditionnel, il ne contient pas un seul « si ».

« C’est jusqu’ici que tu iras, et pas plus loin2 », dit la Loi éternelle à chaque centre de vie infinie en manifestation – qu’il soit atome, objet ou homme –, au point central de sa ligne d’évolution. Et cela est toujours dit en fonction du degré, de l’objet, de la force, de l’énergie ou de la substance qui avait cours précédemment, dans le temps et dans l’espace, et aussi en fonction du niveau de développement alors atteint.

C’est parce que les magiciens noirs et leurs disciples avaient enfreint ce commandement divin que les continents de la Lémurie et de l’Atlantide, avec leurs innombrables habitants, ont été engloutis au fond de l’océan.

Croyez-vous que l’action de cette loi pourrait être défiée avec impunité par une poignée de disciples de l’un des degrés les plus inférieurs de la Loge Blanche en ce XIXe siècle ? Si, individuellement, vous aviez tenu chaque nouveau disciple responsable d’avoir enfreint les règles du discipulat de manière aussi stricte que vous l’êtes par ceux qui s’imaginent que vous avez failli à vos obligations d’une certaine façon, il ne vous resterait probablement pas plus d’une douzaine de fidèles disciples aujourd’hui, mais ces douze disciples seraient si prêts par leur développement intérieur et extérieur qu’ils pourraient occuper à notre satisfaction n’importe quel poste dans le travail du Temple.

Lorsque tout sera dit, vous verrez que c’est l’Âme du Monde qui est mise à l’épreuve aujourd’hui. Son intégrité, son droit à continuer de s’exprimer en tant qu’entité distincte doit être prouvé ; et chaque être humain aide ou nuit selon son intégrité individuelle, son pouvoir de tenir bon, après avoir accepté une responsabilité et s’être engagé envers un but donné. Et cette grande vérité est ignorée de beaucoup trop parmi ceux qui se satisfont de croire que les fluctuations temporaires de la matière maintenant en manifestation et les idiosyncrasies personnelles de ceux qui sont impliqués dans le simple épandage des graines peuvent donner des résultats immédiats plus nombreux et meilleurs que ceux qui pourraient être atteints par un examen attentif, constant et silencieux du principe de vie divine actif dans la graine. Cette graine produira une riche récolte si elle est plantée et entretenue correctement, ou encore sera ramenée à ses constituants originels si ses véhicules sont négligés, laissant l’aspect matériel – lequel représente le soi inférieur – se désintégrer, puisqu’elle ne sera pas parvenue à porter fruit.

Il semble qu’il soit très difficile pour le disciple ordinaire d’accepter pleinement la vérité que la tâche la plus importante entre toutes celles qui ont été établies par l’Initié ou son représentant soit le développement du pouvoir d’endurance et de stabilité chez ses disciples. S’il n’avait pas déjà conquis individuellement ce pouvoir, cet Initié n’aurait pas pu atteindre la position qu’il occupe. Alors, ce n’est pas pour son propre bien ni dans un but personnel qu’il incite constamment ses disciples, par tous les moyens possibles, à réussir parfaitement les épreuves qui sont les siennes et à cultiver ces qualités dans sa nature.

Si le disciple pouvait briser son attachement aux illusions du temps et éliminer son besoin de punir ceux qu’il croit être des traîtres, s’il pouvait prendre pleinement conscience du fait que c’est son propre pouvoir de maîtrise de soi, son propre pouvoir d’endurance et son propre pouvoir de fidélité et de prise en charge qui sont mis à l’épreuve, et non ceux d’une autre personne après qu’il ait demandé qu’on lui donne l’occasion d’avancer, s’il pouvait savoir que c’est exactement à la mesure de son observation et de la critique intérieure des échecs d’une autre personne occupant une position plus avancée à réussir ses propres tests que l’Initié ou l’Enseignant observe ses échecs à lui, sur ces points essentiels sans lesquels le véritable discipulat est impossible, ce disciple serait alors plus disposé à laisser le pouvoir aux mains de l’action de la Loi supérieure, sachant que tout comme l’aiguille de la boussole pointe vers le Nord, cet Initié ou ce représentant courrait inévitablement à sa propre perte et encourrait une punition s’il ou elle échouait dans une épreuve suprême, et que, dans les faits, c’était quelqu’un d’autre qui était en train d’être préparé pour prendre la place de cette personne, par le développement des pouvoirs mêmes dont je parle.

Rappelez-vous, je ne me réfère pas aux devoirs et responsabilités du monde en général envers une personne s’étant rendue coupable d’enfreindre les lois de l’occultisme, quoique la même chose s’appliquerait, mais dans une moindre mesure. Je fais référence aux disciples reçus de la Grande Loge Blanche, à ceux qui ont demandé d’avoir l’occasion d’essayer de gagner le plus grand prix que la vie humaine puisse offrir. Pour cette personne, il se trouve un sentier en ligne droite. Dévier de ce sentier signifie le déplacement de cet individu de sa position sur cette ligne étroite et l’avancement de la personne qui le suit directement. Cela signifie que celui qui tenait cette position n’était pas assez fort, n’avait pas acquis suffisamment de ce pouvoir d’endurance, de stabilité, de maîtrise de soi, de fidélité et de protection vigilante pour tenir bon indéfiniment, même s’il l’avait mérité.

La chose la plus importante entre toutes, dont un disciple doit décider personnellement et dont dépendra le résultat de tous ses efforts, est le degré ou niveau qu’il établira comme étant son but. Quel est son but ultime ? Ce but, cet objectif, est-il élevé, médiocre ou inférieur ? Car, c’est sur cette décision que les épreuves individuelles qu’il devra affronter seront établies, et aussi sûrement que la loi de cause à effet est inaltérable, tout aussi sûrement son triomphe ou sa défaite reposent sur sa réussite à ces tests personnels.

1 – N.D.É. Exode 20 12.

2 – N.D.É. Job 38 11.

HILARION - Temple 3 - Leçon 348