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L’INDE BERCEAU DE LA RACE – Partie 4

Mais Jacolliot n’avait pas entendu parler du Révérend Dunlop Moore. C’est pour cela peut-être, que lui et plusieurs autres indiologues s’apprêtent à prouver que beaucoup de textes Védiques, aussi bien que ceux de Manou, envoyés en Europe par la Société Asiatique de Calcutta, ne sont en aucune façon des textes authentiques, mais qu’ils sont dus, pour la plupart, aux efforts astucieux de certains missionnaires Jésuites, pour égarer la science, au moyen d’œuvres apocryphes, conçues en vue de jeter sur l’histoire de l’antiquité hindoue un voile d’incertitude et d’obscurité, et un soupçon d’interpolation systématique sur les Brahmanes et pundits modernes. « Ces faits, ajoute-t-il, qui sont si bien établis dans l’Inde qu’ils n’y sont même pas mis en question, doivent être révélés à l’Europe » (Christna et le Christ, p. 347).

De plus, le Code de Manou, connu des Orientalistes Européens, comme celui qui a été commenté par Brighou, ne forme même pas une partie de l’Ancien Manou nommé le Vriddha Manava. Quoique de petits fragments seulement en aient été découverts par nos savants, il existe en entier dans certains temples ; et Jacolliot démontre que les textes envoyés en Europe sont en complet désaccord avec ceux que l’on trouve dans les pagodes du Sud de l’Inde. Nous pouvons aussi citer, pour atteindre notre but, Sir William Jones qui, se plaignant de Koullouka, remarque que ce dernier paraît avoir considéré dans ses commentaires que les lois de Manou sont restreintes aux premiers trois siècles (567b).

D’après les calculs, nous sommes aujourd’hui dans l’âge du Kali-Youga, le quatrième en partant de celui du Satya ou Krita-Youga, première époque à laquelle la tradition hindoue reporte les lois de Manou, et dont Sir William Jones accepte implicitement l’authenticité. En admettant tout ce que l’on pourrait dire de l’énorme exagération de la chronologie hindoue qui, malgré tout, concorde beaucoup mieux avec les données de la géologie moderne et de l’anthropologie, que les 6.000 années de la caricaturale chronologie de l’Ecriture Juive, comme toutefois quelques 5.000 ans se sont passés depuis que le quatrième âge du monde ou Kali-Youga a commencé, nous avons ici une preuve qu’un des plus grands Orientalistes qui ait jamais vécu (et de plus Chrétien non pas Théosophe), estimait que Manou est de plusieurs milliers d’années antérieur à Moise. Evidemment de deux choses l’une : Ou il faut refaire l’histoire de l’Inde pour la Presbyterian Banner, ou bien les écrivains de cette famille devront étudier la littérature hindoue, avant de critiquer, de nouveau les Théosophes.

Mais en dehors des opinions particulières de ces révérends gentlemen, dont les idées nous touchent peu, nous trouvons même dans la New American Cyclopoedia une tendance marquée à contester l’antiquité et l’importance de la littérature hindoue. Les Lois de Manou, dit un des rédacteurs, « ne remontent pas au-delà du III » siècle avant Jésus-Christ ». Ces expressions sont fort élastiques. Si par loi de Manou, l’auteur entend l’abrégé de ces lois, compilées et arrangées par les derniers Brahmanes pour servir d’autorité à leurs projets ambitieux, et avec l’idée de se créer une règle de domination, dans ce cas, il peut avoir raison, quoique nous soyons tout prêts à contester même ce point-là. Dans tous les cas, il est aussi peu convenable de prendre cet abrégé pour les anciennes et authentiques lois codifiées par Manou, que d’affirmer que la Bible Hébraïque n’est pas antérieure au Xème siècle de notre ère, parce que nous n’avons pas de manuscrit Hébreu plus ancien, ou bien que les poèmes de l’Iliade d’Homere n’étaient ni connus, ni écrits avant que l’on eût découvert leur premier manuscrit authentique. Il n’existe pas de manuscrit sanscrit, en la possession des savants Européens, qui remonte au-delà de quatre ou cinq siècles (568), ce qui ne les a pas empêchés d’assigner aux Védas une antiquité de quatre à cinq mille ans. Les arguments les plus sérieux existent en faveur de la grande ancienneté des Livres de Manou, et, sans s’arrêter à citer les opinions de divers érudits, dont pas deux ne concordent, nous présenterons la nôtre, du moins en ce qui concerne l’affirmation injustifiée de la Cyclopoedia.

Si, comme le démontre Jacolliot, texte en main (569), le Code de Justinien a été copié sur les Lois de Manou, il faut avant tout vérifier l’âge du premier ; non pas en tant que code parfait et écrit, mais au point de vue de son origine. Or à notre avis, il est aisé de répondre à cette question.

D’après Varron, Rome fut bâtie en l’an 3961 de la période Julienne (754 av. J-C.). La loi romaine telle qu’elle fut compilée par ordre de Justinien, et connue sous le nom de Corpus Juris Civilis, n’était pas un code, nous apprend-on, mais bien un digeste des coutumes de la législation de plusieurs siècles. Quoique en fait l’on ne connaisse rien des autorités originelles, la principale source de laquelle fut tiré le Jus scriptum ou droit écrit, était le Jus non scriptum, ou la loi coutumière. Or c’est précisément sur cette loi coutumière que nous voulons baser notre argumentation. La loi des douze tables, d’ailleurs, fut compilée environ 300 ans A. U. C. (570b) et même, en ce qui concerne la loi privée, elle avait été compilée de sources encore plus anciennes. C’est pourquoi, si ces sources antérieures se trouvent concorder aussi bien avec les Lois de Manou, que les Brahmanes affirment avoir été codifiées dans le Krita-Youga, époque antérieure au Kali-Youga, nous devons supposer que cette source des « Douze Tables » en tant que lois de coutume et de tradition, sont au moins de plusieurs centaines d’années plus anciennes que leurs copistes. Cela seul nous reporte à plus de 1.000 ans avant Jésus-Christ.

Le Manava-Dharma-Sastra, embrassant le système de cosmogonie hindoue, est reconnu comme presque aussi ancien que les Vedas ; et même Colebrooke assigne comme date à ces derniers le XVème siècle avant Jésus-Christ. Or, quelle est l’étymologie du nom Manava Dharma Sastra ? C’est un mot composé de Manou, de Dharma, institut, et de Sastra, commandement ou loi. Comment, alors les lois de Manou ne dateraient-elles que du IIIème siècle avant notre ère chrétienne ?

Le Code hindou n’a jamais prétendu être une révélation divine. La distinction faite par les Brahmanes eux-mêmes entre les Vedas et tous les autres livres sacrés, quelle que soit leur antiquité, en est une preuve. Tandis que toutes les sectes tiennent les Vedas pour la parole directe de Dieu, Srouti (révélation)le Code de Manou est qualifié simplement par elles de smriti, une collection de traditions orales. Encore ces traditions ou « réminiscences » figurent-elles parmi les plus anciennes, aussi bien que les plus vénérées dans le pays. Mais, peut-être le plus puissant argument en faveur de leur antiquité et de l’estime générale dans laquelle elles sont tenues, réside-t-il dans le fait suivant. Les Brahmanes ont incontestablement remanié ces traditions à une époque éloignée, et rédigé un grand nombre de lois actuelles, telles qu’elles figurent dans le Code de Manou, pour favoriser leurs projets ambitieux. Par conséquent, ils doivent l’avoir fait à un moment où la crémation des veuves (soutti) n’était ni pratiquée ni envisagée, et elle l’a été pendant près de 2.500 ans. Le Code de Manou pas plus que les Védas ne font mention d’une loi aussi barbare ! Qui ne sait, à moins d’être complètement ignorant de l’histoire de l’Inde, que ce pays a été sur le point de se lancer dans une révolte religieuse, occasionnée par la prohibition des Souttis par le Gouvernement Anglais ? Les Brahmanes invoquaient un verset du Rig-Veda, qui les prescrivait. Mais il a été démontré récemment que ce verset avait été falsifié (571). Si les Brahmanes avaient été les seuls auteurs du Code de Manou, ou s’ils l’avaient codifié entièrement à l’époque d’Alexandre() au lieu d’y pratiquer, simplement, des interpolations pour atteindre leur but, comment se ferait-il qu’ils auraient négligé le point le plus important, et mis ainsi en danger leur autorité ? Ce fait seul démontre que le Code doit être rangé parmi les plus anciens de leurs livres.

C’est sur la force de cette évidence, celle de la raison et de la logique, que nous affirmons que si l’Egypte a donné sa civilisation à la Grèce, et si celle-ci, à son tour, a donné la sienne à Rome, l’Egypte elle-même avait, dans les siècles passés où régnait Menes (572b), reçu ses lois, ses institutions sociales, ses arts et ses sciences de l’Inde pré-védique (573b), et que, par conséquent, c’est chez cette ancienne initiatrice des prêtres adeptes de toutes les autres nations, que nous devons chercher la clé des grands mystères du genre humain.

Et lorsque nous disons indistinctement « l’Inde », nous ne parlons pas de l’Inde des temps modernes, mais de celle de la période archaïque. Dans les anciens temps certaines contrées qui nous sont connues aujourd’hui sous d’autres dénominations étaient toutes comprises sous celle de l’Inde. Il y avait une Inde haute, une Inde inférieure, et une Inde occidentale, qui est aujourd’hui la Perse-Iran. Les contrées nommées Tibet, Mongolie et Grande Tartarie étaient aussi considérées par les anciens auteurs comme faisant partie de l’Inde. Nous allons maintenant transcrire une légende relative à ces lieux, que la science reconnaît aujourd’hui comme le berceau de l’humanité.

La tradition rapporte et les récits du Grand Livre expliquent que longtemps avant l’époque d’Ad-am et de sa femme curieuse, He-va, là où maintenant on ne trouve que des lacs salés et des déserts nus, il y avait une vaste mer intérieure qui s’étendait sur l’Asie centrale, au nord de la fière chaîne de l’Himalaya, et de son prolongement occidental. Une île, qui n’avait pas de rivale pour sa beauté sans pareille dans le monde, était habitée par le dernier survivant de la race qui a précédé la nôtre. Cette race vivait avec la même facilité dans l’eau, l’air ou le feu, car elle avait un empire sans limites sur tous les éléments. C’était « les fils de Dieu », non pas ceux qui virent les filles des hommes, mais les Elohim réels, quoique dans la Cabale Orientale on les désigne sous un autre nom. Ce sont eux qui enseignaient aux hommes les secrets les plus merveilleux de la Nature, et qui leur révélaient l’ineffable « mot », maintenant perdu. Ce mot, qui n’en est pas un, a parcouru le monde et résonne encore, comme un écho lointain, dans les cœurs de quelques hommes privilégiés. Les hiérophantes de tous les collèges sacerdotaux connaissaient l’existence de cette île, mais le « mot » n’était connu que du Yava Aleim, ou seigneur principal de chaque collège et, n’était transmis à son successeur qu’au moment de la mort. Il y avait beaucoup de ces collèges et les anciens auteurs classiques en parlent.

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