L’INDE BERCEAU DE LA RACE – Partie 13
Si nous récapitulons les preuves contenues dans cet ouvrage, si nous commençons aux temps archaïques et inconnus de l’Hermétique Pimandre, pour en arriver à l’année 1876, nous trouvons qu’une croyance universelle à la magie a traversé tous ces siècles. Nous avons exposé les idées de Trismegiste, dans son dialogue avec Asclepius ; et sans faire mention des mille et une preuves de la prédominance de cette croyance dans les premiers temps du christianisme, il suffit, pour atteindre notre but, de citer un auteur ancien, et un moderne. Le premier sera le grand philosophe Porphyre qui, plusieurs milliers d’années après Hermès, fit, au sujet du scepticisme dominant de son siècle, l’observation suivante : Nous ne devons pas être surpris de voir les masses vulgaires (οὶ πολλοί) n’apercevoir dans les statues que la pierre et le bois. Il en est généralement ainsi chez ceux qui, ignorants dans les lettres, ne trouvent dans les stèles couvertes d’inscriptions que de la pierre, et dans les livres écrits, autre chose qu’un tissu de papyrus ». Et 1.500 ans plus tard, nous voyons M. Sergeant Cox, rapporter un cas de honteuse persécution d’un médium, par un matérialiste tout aussi aveugle, exprimer les mêmes idées : « Que le médium soit coupable ou non… il est certain que son procès a eu pour effet fort inattendu d’attirer l’attention du public tout entier sur le fait que l’on affirme que les phénomènes sont véritables, et qu’un grand nombre d’examinateurs compétents affirme qu’ils sont vrais et que toute personne peut, si bon lui semble, se convaincre par elle-même, de leur réalité au moyen d’un examen approprié démolissant ainsi et pour toujours les ténébreuses et dégradantes doctrines des matérialistes ».
Cependant, d’accord avec Porphyre et d’autres théurgistes, qui affirmaient les différentes natures des « esprits » qui se manifestent, et l’esprit personnel ou volonté de l’homme, ajoute M. Sergeant Cox, sans s’avancer jusqu’à émettre une opinion personnelle : « Véritablement, il y a des divergences d’opinion… et peut-être y en aura-t-il toujours…, au sujet des sources de la puissance qui se manifeste dans ces phénomènes ; mais qu’ils soient le produit de la force psychique du cercle…, ou que ce soient les esprits des morts qui en soient les agents, comme certains le prétendent, ou bien encore que ce soient des esprits élémentaires (quoique cela puisse être), ainsi que le soutient un troisième, ce fait au moins est bien établi ; que l’homme n’est pas entièrement matériel, que le mécanisme de l’homme est mû et dirigé par quelque chose d’immatériel, c’est-à-dire de structure non-moléculaire, qui, non seulement possède l’intelligence, mais encore peut aussi exercer une force sur la matière, ce quelque chose enfin à qui, faute d’un meilleur terme, nous avons donné le nom d’âme. Ces heureuses notions ont été portées par ce procès à la connaissance de milliers et de myriades de personnes, dont les matérialistes avaient flétri le bonheur ici-bas et les espérances pour la vie future, en prêchant avec tant de persistance que l’âme n’était qu’une superstition, l’homme un automate, le mental une sécrétion, l’existence présente une chose purement animale, et l’avenir le néant ».
« La vérité seule, dit Pimandre, est éternelle et immuable ; la vérité est le premier des bonheurs ; mais la vérité n’existe pas et ne peut pas exister sur la terre ; il est possible que Dieu favorise parfois un petit nombre d’hommes, en leur accordant la faculté de comprendre les choses divines et d’entendre, comme il faut, la vérité ; mais rien n’est vrai sur terre, parce que tout y renferme de la matière, tout y est revêtu d’une forme corporelle, sujette au changement, à l’altération, à la corruption et à de nouvelles combinaisons. L’homme n’est pas la vérité, parce qu’il n’y a de vrai que ce qui a tiré son essence de lui-même, qui reste lui-même immuable. Comment ce qui change au point de n’être plus reconnaissable, pourrait-il jamais être vrai ? Donc la vérité est seulement ce qui est immatériel et n’est pas enfermé dans une enveloppe corporelle, ce qui est incolore et sans forme, exempt de changement et d’altération ; ce qui est ÉTERNEL. Tout ce qui périt est mensonge ; la terre n’est que dissolution et génération ; chaque génération procède d’une dissolution ; les choses de la terre ne sont que des apparences et des imitations de vérité ; elles sont ce que la peinture est à la réalité. Les choses terrestres ne sont point la VERITE ! … La mort, pour certaines personnes, est un mal qui les frappe d’une terreur profonde. C’est l’effet de l’ignorance… La mort est la destruction du corps ; l’être qu’il renferme ne meurt pas… Le corps matériel perd sa forme, qui se désagrège au cours du temps : les sens qui l’animaient retournent à leur source, et reprennent leurs fonctions ; mais ils perdent graduellement leurs passions et leurs désirs, et l’esprit monte au ciel pour devenir une HARMONIE.
- Dans la première zone, il laisse derrière lui la faculté de croître ou de décroître ;
- dans la seconde, le pouvoir de faire le mal et les fraudes de l’oisiveté ;
- dans la troisième, les tromperies et la concupiscence ;
- dans la quatrième, l’ambition insatiable ;
- dans la cinquième, l’arrogance, l’audace et la témérité ;
- dans la sixième, tout désir pour les acquisitions malhonnêtes ;
- et dans la septième le mensonge.
L’esprit ainsi purifié, par l’effet que produisent sur lui les harmonies célestes, retourne une fois de plus à son état primitif, fort d’un mérite et d’une puissance qu’il s’est acquis par lui-même, et qui lui appartiennent en propre ; et c’est seulement alors qu’il commence à habiter avec ceux qui chantent éternellement les louanges du PÈRE. À ce point-là, il est placé parmi les puissances, et comme tel, il arrive au suprême bienfait de la connaissance. Il est devenu un DIEU ! … Non, les choses de la terre ne sont point la vérité (617b).
Après avoir consacré leur existence à l’étude des archives de la Sagesse de l’Egypte ancienne, ChampolIion-Figeac et Champollion le jeune déclarèrent publiquement, nonobstant bien des jugements contraires formulés, quelque peu au hasard, par des critiques trop pressés et peu renseignés, que les Livres d’Hermès « contiennent certainement une masse de traditions Egyptiennes, que viennent confirmer tous les jours les documents les plus authentiques et les monuments de l’Egypte de l’antiquité la plus reculée (618) ».
Et terminant son volumineux sommaire des doctrines psychologiques des Egyptiens, des sublimes enseignements des livres sacrés hermétiques, et des étonnantes notions des prêtres initiés, en fait de philosophie métaphysique et pratique, ChampolIion-Figeac recherche, autant qu’il le peut, eu égard aux preuves alors accessibles, « s’il y a jamais eu dans le monde une autre association ou caste d’hommes, qui ait pu les égaler en crédit, en puissance, en savoir, en capacités, et qui ait atteint un pareil degré de bien ou de mal ? Non, jamais ! Et cette caste n’a été par la suite maudite et stigmatisée que par ceux qui, je ne sais sous quelle sorte d’influences modernes, l’ont considérée comme l’ennemie des hommes et de la science (619) ».
À l’époque où ChampolIion-Figeac écrivait ces mots, le sanscrit était, si l’on peut dire, une langue presque totalement inconnue de la science. Mais on n’aurait tiré que peu de chose d’un parallèle établi entre les mérites respectifs des Brahmanes et des philosophes Egyptiens. Depuis lors, cependant, on a découvert que les mêmes idées, exprimées presque dans des termes identiques, se retrouvent dans la littérature Bouddhique et Brahmanique. Cette philosophie même de la non réalité des choses mondaines, et de l’illusion des sens, dont les métaphysiciens allemands de notre époque ont copié en plagiaires toute la substance, forme la base des philosophies de Kapila et de Vyasa, et on la retrouve dans l’énonciation des « quatre vérités », dogmes cardinaux de la doctrine de Gautama Bouddha. L’expression de Pimandre : « il est devenu un dieu », est concentrée là, dans un seul mot : Nirvana, que nos savants orientalistes considèrent fort improprement comme synonyme d’annihilation !
Cette opinion de deux éminents Egyptologues est de la plus haute importance pour nous, ne fût-ce que comme réponse à nos adversaires. Les Champollion ont été les premiers en Europe, à prendre par la main l’étudiant archéologue, à le conduire dans les cryptes silencieuses du passé, et à lui prouver que la civilisation n’a pas commencé avec nos générations ; car « quoique les origines de l’ancienne Egypte soient inconnues, on trouve qu’elle a été, aux époques les plus anciennes que la recherche historique peut atteindre, pourvue de ses lois merveilleuses, de ses coutumes bien établies, de ses cités, de ses rois et de ses dieux « , et au-delà, bien au-delà de ces époques, nous trouvons des ruines appartenant à d’autres périodes de civilisation encore plus éloignées et plus élevées. « À Thèbes, des parties d’édifices ruinés nous permettent de reconnaître des vestiges de constructions encore antérieures, dont les matériaux ont servi à l’érection de ces mêmes monuments, qui comptent maintenant une existence de trente-six siècles (620) ». « Tout ce que nous disent Herodote et les prêtres Egyptiens a été reconnu exact, et confirmé par les savants modernes », ajoute ChampolIion-Figeac (621b).
D’où venait la civilisation des Egyptiens, c’est ce que nous montrerons dans un prochain volume, et, à ce sujet, nous ferons voir que nos déductions, bien que basées sur les traditions de la Doctrine Secrète, marchent de pair avec celles d’un certain nombre d’autorités les plus respectées. Il y a à ce sujet dans un ouvrage hindou bien connu, un passage qui peut être rappelé.
« Sous le règne de Visvamitra, premier roi de la dynastie de Soma Vansa, à la suite d’une bataille qui avait duré cinq jours, Manou-Vina, l’héritier des anciens rois, ayant été abandonné par les Brahmanes émigra avec tous ses compagnons, passant par Arya et les contrées de Barria, jusqu’à ce qu’il eût atteint les rives de Masra » (Histoire de l’Inde, par Koullouka-Bhatta). Incontestablement, ce Manou Vina et Menés, le premier roi égyptien, sont identiques (622b).
Arya c’est Eran, (la Perse) ; Barria, c’est l’Arabie, et Masra était le nom du Caire, qui encore aujourd’hui est appelé Masr, Musr et Misro. L’histoire phénicienne désigne Maser comme un des ancêtres d’Hermès.
Et maintenant prenons congé de la thaumatophobie et de ses défenseurs, et envisageons la thaumatomanie sous ses multiples aspects. Dans les troisième et quatrième volumes nous nous proposons de passer en revue les « miracles » du paganisme, et de peser les preuves en leur faveur dans la même balance que la théologie chrétienne. Un conflit imminent sinon déjà commencé, se déroule entre la science et la théologie d’une part, l’esprit et sa science vénérable et la magie de l’autre. Quelques-unes des possibilités de cette dernière ont déjà été étalées, mais il en reste encore à venir. Le monde mesquin et insignifiant, dont les savants et les magistrats, les prêtres et les chrétiens, recherchent à l’envi l’approbation, a commencé sa croisade de la dernière heure, en condamnant dans la même année deux innocents, l’un en France et l’autre à Londres, au mépris de toute loi et de toute justice. Comme l’apôtre de la circoncision, ils sont toujours prêts à renier trois fois tout bien impopulaire, par crainte de l’ostracisme de leurs contemporains. Les Psychomantiques et les Psychophobes se livreront bientôt un rude combat. Chez les premiers, l’ardent désir de voir leurs phénomènes étudiés et appuyés par les savants et les autorités scientifiques, a fait place à une indifférence glaciale. Résultat naturel des préjugés et de la déloyauté qu’on a déployés envers eux, leur respect pour les savants disparaît, et les épithètes réciproquement échangées entre les deux partis, sont loin d’être flatteuses de part et d’autre. Lequel a raison et lequel a tort, le temps le dira bientôt et le fera comprendre aux générations futures. On peut du moins prédire avec assurance qu’il faudra chercher l’Ultima Thule des mystères divins, et leur clé ailleurs que dans le tourbillon des molécules d’Avogadro.
Les gens qui, soit par légèreté de jugement, soit par suite de leur impatience naturelle, voudraient fixer le soleil éblouissant avant que leurs yeux soient capables de soutenir l’éclat de la lumière d’une lampe, sont fondés à se plaindre de l’obscurité exaspérante du langage qui caractérise les ouvrages des anciens Hermétistes et de leurs successeurs. Ils déclarent incompréhensibles leurs traités philosophiques sur la magie. Nous refusons de perdre notre temps avec la première catégorie ; à la seconde, nous demanderons de modérer leur impatience, en se souvenant de ces paroles d’Espagnet : « La vérité se cache dans l’obscurité », et « les philosophes n’écrivent jamais d’une façon plus trompeuse que lorsqu’ils le font clairement, ni plus sincèrement que lorsqu’ils sont obscurs ». Il existe en outre une troisième catégorie, à laquelle ce serait faire trop d’honneur de dire qu’elle apprécie la question. Elle se borne à la dénoncer purement et simplement ex-cathedra. Ceux-là traitent les anciens de rêveurs imbéciles, et bien qu’ils ne soient que des physiciens et des positivistes thaumatophobes, ils prétendent souvent au monopole de la sagesse spirituelle.
C’est Eyrenee Philalethe qui répondra à cette dernière catégorie… « Dans le monde, nos écrits seront comme un outil curieusement tranchant ; pour quelques-uns, il servira à sculpter des pièces délicates, mais à d’autres il ne servira qu’à se couper les doigts. Et pourtant, nous ne sommes pas blâmables, car nous avons soin d’avertir sérieusement tous ceux qui tentent cette œuvre, qu’ils entreprennent l’ouvrage le plus élevé de la philosophie dans la nature ; et, quoique nous écrivions en anglais, notre traité sera aussi difficile à déchiffrer que du Grec, pour quelques-uns, qui croiront néanmoins nous bien comprendre, alors précisément qu’ils interprètent mal le sens et le pervertissent ; car faut-il supposer, que les gens qui dans la nature, manquent de sagesse, en possèdent dans l’étude de nos livres, qui sont des témoignages dans la nature (623b) (624b) ? ».
Aux rares esprits élevés qui interrogent la nature, au lieu de prescrire des lois pour la régler ; qui ne limitent pas ses possibilités à l’imperfection de leurs propres forces ; et qui ne refusent de croire, que parce qu’ils ne savent pas, nous rappellerons cet apophtegme de Narada, l’ancien philosophe hindou :
« Ne dis jamais : « Je ne sais pas ceci, par conséquent c’est faux ».
« Il faut étudier pour savoir, savoir pour comprendre, comprendre pour juger »
FIN DU VOLUME I