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L’idylle du Lotus blanc – Livre 2 – Chapitre 7

Le lendemain, quand mes yeux s’ouvrirent, je vis que mon lit était entouré par les magnifiques êtres. Ils fixaient sur moi des regards graves ; je ne voyais de sourire sur aucune figure ; mais la tendresse infinie que je sentais en eux me donna de la force. Je me levai et m’agenouillai près de ma couche, car je comprenais qu’un grand moment approchait.

Le plus jeune et le plus resplendissant de tous quitta le cercle et s’approcha de moi. Il s’agenouilla près de moi et saisit dans les siennes mes mains, dans lesquelles je tenais la fleur de lotus fanée qui avait reposé sur mon oreiller.

Je jetai un regard autour de moi, les autres étaient partis. Je regardai mon compagnon. Il était silencieux, ses yeux étaient fixés sur moi. Combien il était jeune et beau ! La terre n’avait laissé aucune souillure sur son esprit ; mais je savais que cette souillure demeurerait sur le mien jusqu’à ce que je l’en eusse effacée complètement durant le cours des âges. Sa pureté était telle que j’éprouvais en face de lui un sentiment de crainte, il était si blanc et sans tache !

« Ne lève pas encore les yeux », murmura-t-il.

Tandis que nous demeurions ainsi en silence, une voix douce se fit entendre à mon oreille.

« Étoiles jumelles du soir, toi le dernier de la longue série de voyants qui ont fait la sagesse du temple et ont couronné de gloire la grandeur de l’Égypte. La nuit est proche et les ténèbres doivent descendre et cacher à la terre la beauté des cieux au-dessus d’elle. Pourtant la vérité restera avec mon peuple, les enfants ignorants de la terre. Et c’est à vous de laisser derrière vous une lumière brillante, un souvenir éternel qui attireront les regards des hommes et les émerveilleront dans les âges à venir. Le récit de vos vies et la vérité qui vous a inspirés se transmettront à d’autres races, dans d’autres parties de la terre obscure, à un peuple qui a seulement entendu parler de la lumière, qui ne l’a jamais vue. Soyez forts, car votre œuvre est grande. Toi, mon enfant à l’âme de neige, tu n’aurais pas la force de lutter seul contre l’obscurité croissante, mais, maintenant, donne de ta foi et de ta pureté à celui-ci, dont les ailes sont tachées des souillures de la terre, mais qui, dans ce noir contact, a puisé la force pour la lutte à venir. Combats, toi, jusqu’au bout pour ta reine, ta mère. Parle à mon peuple et dis-leur les grandes vérités ; dis-leur que l’âme vit et est bénie, à moins qu’elle ne soit submergée dans l’avilissement ; dis-leur qu’il y a liberté et paix pour tous ceux qui s’affranchiront eux-mêmes du désir ; dis-leur de regarder alors à moi et de trouver le repos dans mon amour ; dis-leur que la fleur de lotus est dans chaque âme humaine, et qu’elle s’ouvrira largement à la lumière à moins qu’ils n’empoisonnent ses racines ; dis-leur de vivre dans l’innocence et de chercher la vérité, et je viendrai et je marcherai au milieu d’eux et je leur montrerai le chemin qui mène à ce séjour de paix où tout est beauté et où tous sont heureux. Dis-leur que j’aime mes enfants et voudrais venir habiter dans leurs maisons et leur apporter ce contentement qui vaut mieux que toute prospérité, même pour ces foyers qui sont leurs demeures de la terre. Dis-leur ces choses d’une voix forte comme un appel de trompette, qui ne puisse pas être mal compris. Sauve ceux qui entendront, et fais de mon temple à nouveau la demeure de l’Esprit de Vérité. Le temple doit crouler, mais il ne croulera pas dans l’iniquité. L’Égypte doit périr, mais elle ne périra pas dans l’ignorance. Elle entendra une voix qui, pour elle, sera inoubliable, et les paroles que cette voix prononcera seront l’héritage secret des âges et seront prononcées encore sous un autre ciel, elles présageront l’aurore qui doit percer les longues ténèbres. Toi, mon plus jeune, toi qui es à la fois fort et faible, sois prêt ! Le combat est proche, ne faiblis pas. Tu as une tâche : enseigner le peuple. Ne crains pas que la sagesse manque à ta parole. Moi, qui suis la Sagesse, je serai à tes côtés. Lève les yeux, mon enfant, et puise de la force. »

Je levai mes yeux et, comme je le faisais, je sentis l’étreinte ferme de la main de mon compagnon à genoux à côté de moi. Je compris qu’il désirait me donner le courage de contempler la splendeur aveuglante qui était devant mes yeux.

Elle se tenait devant nous, et je la vis comme la fleur voit le soleil qui la nourrit. Je la vis sans déguisement et sans voile. La femme si belle qui avait adouci les pleurs de mon enfance était perdue dans la divinité, dans la splendeur dont la présence remplissait mon âme d’un feu qui était pour moi comme la mort. Cependant je vivais ; je voyais ; je comprenais.

L’idylle du Lotus blanc - Livre 2 - Chapitre 8