L’HUMANITÉ
L’histoire se répète tout autant pour les mouvements spirituels et psychiques que pour les mouvements matériels.
Chaque fois qu’une grande œuvre d’ingénierie, de production ou de développement atteint un stade intermédiaire critique, lorsque chaque gramme d’énergie, d’intelligence et d’activité est nécessaire et des plus importants, il s’y immisce invariablement un instrument hypocrite et égoïste du « Grand Désintégrateur ». Soit il a été incapable d’organiser ou de diriger un travail d’égale importance, soit il ne souhaite pas aider à faire avancer le grand plan en occupant un poste inférieur. Qu’il ait été rendu amer et misanthrope à cause d’incompétences, ou jaloux et vindicatif en raison d’ambitions qui ont été écrasées ou à cause d’un amour avide de gain, cet individu entreprend d’attirer l’attention sur les faiblesses réelles ou imaginaires de la grande organisation. Il recueille soigneusement toutes les preuves réelles ou fabriquées qu’il peut obtenir pour prouver qu’il a raison. De plus, il ignore totalement des preuves dix fois plus importantes et plus vraies sur la faisabilité, la possibilité et la probabilité du plan dans son ensemble, et sur la sincérité et la capacité de ceux qui en sont les génies directeurs. Comme la souris qui grignote le câble d’un grand navire ou l’insecte qui détruit les fondations d’un grand édifice, des créatures semblables ont peut-être leur utilité, mais il est parfois difficile – pour les bâtisseurs qui travaillent fort et dont l’esprit est occupé – de voir ce que peut être cette dernière.
Est-ce que même une nature à courte vue, avec d’innombrables exemples tout autour d’elle des résultats qu’entraînent le fait de tenir bon, même au plus mince espoir, n’est pas capable de voir que ce sont ceux qui tiennent bon et n’abandonnent pas une cause à travers toutes les tempêtes, ceux qui réalisent qu’il y a un besoin encore plus grand de leurs services si d’autres ont échoué, ceux qui extraient une victoire de chaque défaite, fois après fois, qui sont les géants des entreprises spirituelles, psychiques et matérielles ? S’il se trouve un fil plus faible dans le câble de leur propre entreprise, ils le prennent et le placent en des endroits du grand câble où ce dernier pourra absorber et protéger cet élément, et ils procèdent ainsi à la croissance par addition jusqu’à ce que le fil soit suffisamment fort pour tenir un grand canot de sauvetage dont tous pourront bénéficier.
Il n’est pas difficile de voir combien n’importe quelle grande religion ou philosophie aurait pu dominer les aspects inférieurs de ses dévots et en développer les aspects supérieurs, et gagner ainsi pleins pouvoirs sur le monde, si ces derniers étaient restés fidèles à leurs premières impulsions et suffisamment forts pour aider à purifier lorsque des impuretés se sont immiscées dans ses replis, plutôt que de partir et d’abandonner le tout à la décomposition.
Nous ne pourrons jamais avancer sauf si nous faisons aussi avancer la race à laquelle nous appartenons, et aucune idée de lâcheté ou de désertion sournoise et égoïste ne pourra nous faire sortir du plan du progrès jusqu’à ce que nous ayons appris, non seulement que l’unité est force, mais que la traîtrise est mort, et la fuite faiblesse.
Une fois que nous sommes convaincus de la vérité d’un grand idéal, soumettons toutes nos énergies à sa réalisation – marchons dans les trous laissés par les échecs, tenons la main des personnes fidèles, et si nous ne pouvons pas persuader ou forcer les faibles à devenir plus forts, écartons-les doucement sans porter attention à leur irritation. Non seulement nous verrons notre idéal se matérialiser, mais nous le verrons grandir et prendre des proportions si énormes, acquérir une beauté, une puissance et une grandeur si merveilleuses que notre moi inférieur se fondra en lui. Nous deviendrons si identifiés à lui qu’il n’y aura pas de séparation entre lui et notre « Soi véritable ». Autrement, nous allons continuer à dériver de plus en plus loin, à connaître échec par-dessus échec, à perdre toute foi, toute capacité et tout pouvoir, à grandir de moins en moins aux yeux des autres et, finalement, à perdre même notre droit de vivre. Même le plus grand des flatteurs montre un mépris caché pour le lâche, le déserteur et le traître. Il peut le tolérer et l’utiliser pour faire avancer un but égoïste, mais ce faisant il le méprise et il se retournera contre lui à la première occasion.
Notre impatience est l’un de nos plus grands obstacles. Si nous ne pouvons pas voir par quel moyen nous pourrons prévenir ou changer une condition donnée, nous faisons tout voler en éclat et nous partons. Alors que, si nous étions mus par une motivation véritablement désintéressée, si nous avions un peu de patience et d’endurance, nous verrions le chemin s’ouvrir tout grand devant nous pour notre travail de purification ou pour la construction, selon le cas, et nous deviendrions ainsi des piliers de « force » et de « beauté » dans le Temple du Grand Travail pour l’humanité.
HILARION - Temple 3 - Leçon 463