L’AVEUGLE CONDUISANT L’AVEUGLE – partie 1
« Le miroir de l’âme ne peut refléter en même temps la terre et le ciel et l’un s’efface dès que l’autre s’y montre. »
ZANONI de Bulwer-Lytton.
« Qui donc t’a donné mission d’annoncer au peuple que la Divinité n’existe pas ? Quel avantage trouves-tu à persuader à l’homme qu’une force aveugle préside à ses destinées et frappe au hasard le crime et la vertu ? »
ROBESPIERRE (Discours, 7 mai 1794).
Nous croyons qu’un très petit nombre des phénomènes spirites authentiques sont produits par l’influence d’esprits humains désincarnés. Cependant ceux-là même qui sont produits par les forces occultes de la nature méritent également, de la part de la Science, une sérieuse et consciencieuse étude, qu’ils se manifestent par l’intermédiaire de quelques médiums authentiques, ou qu’ils soient consciemment produits par les jongleurs de l’Inde et de l’Égypte, maintenant surtout que, d’après des autorités respectées, l’hypothèse de fraude est en bien des cas inadmissible. Il est hors de doute que des escamoteurs de profession peuvent exécuter des tours plus adroits que ceux de tous les « John King » Anglais et Américains réunis. Robert-Houdin le pourrait incontestablement. Mais il s’est, malgré cela, permis de rire au nez des Académiciens qui avaient demandé de déclarer, dans les journaux, qu’il pouvait faire mouvoir une table ou lui faire donner des réponses, au moyen de petits coups frappés ce, sans contact des mains et sans que la table fût préparée (147). Le fait qu’un célèbre prestidigitateur de Londres a refusé un défi de mille livres sterling qui lui était offert par M. Algernon Joy (148), pour produire les mêmes manifestations qu’on obtenait habituellement à l’aide des médiums, à moins qu’on ne le laisse sans liens et libre des mains du comité de contrôle, ce fait seul dément catégoriquement son exposé des phénomènes occultes. Si adroit qu’il puisse être, nous le défions de reproduire, dans les mêmes conditions, les « tours » exécutés par un simple jongleur Indien. Ce dernier, par exemple, opère dans les conditions suivantes : l’endroit choisi par les investigateurs n’est connu du jongleur qu’au moment de la présentation, l’expérience doit être faite au grand jour et sans la moindre préparation, ni aide ni compère mais un jeune garçon absolument nu, le jongleur lui-même étant à demi-nu. Ces conditions observées, le prestidigitateur devrait exécuter trois tours des plus ordinaires, choisis parmi ceux si nombreux et si variés qui furent récemment exécutés devant quelques gentlemen appartenant à la suite du Prince de Galles.
- – Une roupie étant fortement serrée dans la main d’un sceptique, la transformer en un cobra vivant dont la morsure serait mortelle, comme le montrerait l’examen de ses crochets.
- – Prendre une graine, choisie au hasard par l’un des spectateurs, la semer dans le premier pot de terre venu, pot fourni par quelque sceptique ; la faire germer, pousser, mûrir et porter ses fruits en moins d’un quart d’heure…
- – S’étendre sur trois sabres plantés verticalement, poignées en bas, pointes en haut ; faire retirer le premier sabre, puis le second, quelques instants après, le troisième ; rester finalement suspendu en l’air, sur rien, à un mètre environ du sol. Lorsqu’un prestidigitateur, à commencer par Robert-Houdin et sans excepter ceux qui font de la réclame à leur profit en attaquant le spiritisme, pourra en faire autant, alors, mais alors seulement, nous nous déciderons à croire que le genre humain est sorti de l’orteil de l’Orohippus de la période Eocène, selon M. Huxley.
Nous affirmons de nouveau, en toute confiance, qu’il n’existe pas de sorcier de profession (au Nord, au Sud, à l’Ouest) qui puisse rivaliser avec quelques-uns de ces enfants de l’Orient ignorants et presque nus ; Il n’aurait pas une chance de succès. Ils n’ont pas besoin, pour leurs représentations, de l’Egyptian Hall. Ils ne font ni préparatifs, ni répétitions. Ils sont toujours prêts à appeler au pied levé à leur aide les pouvoirs cachés de la nature qui sont livre fermé pour les prestidigitateurs comme pour les savants d’Europe. En vérité, ainsi que le dit Elihu, « les grands hommes ne sont pas toujours sages ni les vieillards toujours sensés (149) ». Rappelant la remarque du pasteur Anglais, le Dr Henry More, nous pouvons certainement dire : « … S’il y avait encore un peu de modestie dans l’humanité, les récits de la Bible devraient démontrer abondamment aux hommes l’existence des anges et des esprits. » Cet homme éminent ajoute : « Selon moi, c’est par une marque spéciale de la sollicitude providentielle… si de nouveaux exemples d’apparitions viennent réveiller, dans nos esprits engourdis et léthargiques, l’assurance qu’il y a d’autres êtres intelligents en dehors de ceux revêtus de terre grossière et d’argile… ces preuves établissant qu’il y a de mauvais Esprits, la porte est ouverte à notre foi dans l’existence des bons Esprits et, finalement, dans l’existence d’un Dieu. » L’exemple cité plus haut porte en lui sa morale, non seulement pour les savants mais aussi pour les théologiens. Ceux qui se sont fait une réputation dans la chaire ou dans les facultés, laissent continuellement voir à leurs auditoires qu’ils sont si peu versés en psychologie que n’importe quel intrigant plausible les ferait marcher et ainsi les rendrait ridicules aux yeux de l’étudiant sérieux rencontré sur leur chemin. L’opinion publique, à cet égard, a été faite par des jongleurs et de soi-disant savants qui ne méritent aucune considération.
Le développement de la science psychologique a été retardé bien plus par le ridicule de ces hommes prétentieux que par les difficultés inhérentes à cette étude. Le rire creux des nourrissons scientifiques ou des snobs a plus fait pour maintenir l’homme dans l’ignorance de ses pouvoirs psychiques impériaux, que les obscurités, les obstacles et les dangers entourant la question. C’est surtout le cas pour les phénomènes spirites. Si les investigations touchant les manifestations spirites ont été, généralement, confiées à des incapables, c’est que les savants, qui auraient pu et dû les étudier, ont été effrayés par de prétendues dénonciations, par les plaisanteries sarcastiques et les cris impertinents d’hommes qui ne sont pas dignes de dénouer les cordons de leur chaussure. Il y a de la lâcheté morale, même dans les chaires des universités. La vitalité inhérente au spiritisme moderne est démontrée par le fait qu’il survit aux mépris des corps savants et à la vantardise tapageuse de ses détracteurs. Malgré les ricanements dédaigneux des patriarches de la Science tels que Faraday et Brewster, en descendant jusqu’à l’exposé professionnel d’un homme – X… –, qui fut assez heureux à Londres dans l’imitation de certains phénomènes, nous ne trouverons pas chez tous ces gens-là un seul argument irréfutable contre la réalité des phénomènes spirites. « Ma théorie, dit, dans sa prétendue dénonciation, l’individu mentionné, c’est que M. Williams lui-même s’est déguisé pour personnifier John King et Peter. Personne ne peut prouver qu’il n’en fut pas ainsi ». Malgré l’assurance de cette assertion, ce n’est, après tout, qu’une théorie pure et simple : les spirites pourraient lui répondre en lui demandant de prouver ce qu’il avance.
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