L’AMOUR SUPÉRIEUR
Ah ! vous les époux et les épouses de ce siècle d’agitations et de vie psychique insensée, de cette période dans laquelle toute chose se désintègre et se reforme rapidement. Il ne peut y avoir ni stabilité, ni harmonie, ni point d’équilibre dans la vie religieuse, sociale, politique ou familiale, à moins que cet équilibre ne soit créé et maintenu par une sérieuse endurance, une patience divine et, par dessus tout, un attachement ferme au sens du devoir comme à une bouée de sauvetage. Ceci par égard pour les enfants qui n’ont pas encore grandi et pour ceux qui ne sont pas encore nés, qui devront souffrir d’une manière indicible si leurs parents cèdent du terrain à l’action des forces perturbatrices balayant toutes les différentes phases et conditions de la sphère terrestre ! Qui parlera avec suffisamment de pouvoir ? Où entendrons-nous le plaidoyer fructueux rempli de mots d’autorité et de défense capable de forcer votre attention et de vous faire plonger assez profondément dans vos âmes pour y éveiller la force latente et la motivation si nécessaires à votre sauvetage et à celui de la race à laquelle vous appartenez ?
Les méthodes modernes d’éducation ont légué à la majorité des hommes une ambition dévorante dirigée vers quelque but qui se terminera sur l’une des deux avenues suivantes : soit sur une perte de vitalité et des nerfs brisés, avec tous les effets associés liés à l’impatience, au plaisir égoïste et à l’indifférence, soit sur la condition abrutissante d’autosatisfaction flegmatique des animaux herbivores. Ces méthodes ont eu encore plus d’effets sur les femmes en les rendant agitées, physiquement inadaptées aux conditions maritales, psychiquement impressionnables, intensément idéalistes, privées de sens pratique, et remplies d’attentes dans la réalisation d’idéaux. D’une manière générale, à la fois les hommes et les femmes sont devenus, en raison de ces méthodes, ignorants les uns des autres et égoïstement indifférents à l’urgence de leurs besoins mutuels ou de leur demande d’aide et de soutien, de compréhension et de sympathie.
Aucune tierce personne ne peut vraiment aider à rétablir l’harmonie entre l’homme et la femme qui ont atteint un semblable degré de mécontentement. Ceci, parce qu’ils n’accepteraient pas cette aide – leur amour-propre ou leurs illusions irréalistes ayant produit un mirage sur leur mental – et qu’il leur semblerait dégradant d’écouter ou de profiter d’une expérience autre que la leur. Ils sont par conséquent ramenés à leur propre intégrité d’âme relativement à leur capacité de demeurer calmes face aux effets sur leur personnalité des vagues du mécontentement, de la déception, de la passion et des désirs insatisfaits ; à moins qu’ils n’aient été suffisamment sages pour chérir avec prévenance et une attention renouvelée l’étincelle d’amour véritable qui les a unit au début de leur vie maritale – en d’autres termes, qu’ils n’aient été capables de veiller sur cet amour comme sur un joyau précieux pouvant s’abîmer s’il était rudoyé par l’un d’eux. Un semblable amour requiert l’établissement de petites attentions mutuelles, des rappels constants de son existence et de sa nature fragile, ainsi que de fréquents nettoyages par l’eau pure de la communion spirituelle.
Ah ! vous les hommes et les femmes, quoi d’autre sinon l’amour dévoué à une épouse ou à un époux pourrait, dans tout ce vaste univers, vous donner la force de faire face à cette terrible réalité que la vie d’un être mortel comprend de continuelles souffrances – dans la joie comme dans la douleur –, incessantes et persistantes. Même le sommeil, le frère jumeau de la mort, ne peut apporter de répit complet, exception faite des heures de négation absolue qui tuent littéralement la vie, pour le moment. Parce que telle est la loi de la vie mortelle, et aucun homme ne peut faire appel avec succès des jugements rendus. L’être humain ne pourra être libéré de la souffrance tant qu’il n’aura pas triomphé de la vie mortelle au moyen de la flamme générée, au moment du mariage, par l’étincelle transmise depuis le Cœur de Dieu jusqu’au cœur de l’homme et de la femme. Car seul l’amour peut accomplir la loi, l’amour fondé sur un respect mutuel, et basé sur une indulgence mutuelle.
Il est étrange que tant d’individus parmi les masses de l’humanité n’arrivent pas à voir que ce n’est jamais par l’exercice de la force, ou en enfreignant la loi, que les nouveaux courants de vie sont mis en mouvement.
Bien involontairement, et trop souvent, à la fois les hommes et les femmes se laissent absorber par les préoccupations et les devoirs de la vie quotidienne et sont soit trop fatigués, soit indifférents, ou considèrent trop les choses comme allant de soi. Ils se traitent l’un l’autre comme ils sont enclins à traiter ceux de leur propre sexe, oubliant le fait que l’établissement de relations maritales entre l’homme et la femme a conduit à maturité un germe dans l’âme de chacun d’entre eux, germe qui est en sommeil chez l’homme ou la femme célibataire – une relation réciproque qui transcende le plan physique et opère sur le plan de l’âme, et qui par conséquent doit être prise en considération si l’ange « Harmonie » doit apparaître et s’établir durablement dans la vie du foyer.
L’homme doit reconnaître ces faits et ne pas permettre aux conditions matérielles ou aux circonstances de tuer en lui les qualités féminines qui le rendraient capable de comprendre la nature de la femme qu’il a épousée, et ainsi lui donner la nourriture que son âme attend de lui, pour vivre et croître.
La femme doit reconnaître le fait qu’il lui est également nécessaire de cultiver les qualités masculines de l’âme et être ainsi capable de comprendre le caractère de la lutte pour la suprématie matérielle qui est implantée dans l’aspect masculin de la vie ; sinon il lui sera impossible de comprendre les effets de cette lutte sur les parties plus subtiles de la nature de l’homme qu’elle a épousé, et de l’aider à équilibrer les deux aspects de cette nature, dans la mesure du possible.
Les neuf dixièmes des graves désaccords qui surgissent entre les gens mariés normaux proviennent d’une ignorance totale des différences fondamentales entre les deux sexes. Lorsqu’un effort, même faible, est réalisé pour disperser cette ignorance, il semble qu’un léger espoir d’atteindre des bases communes de compréhension apparaisse, exception faite des cas où un véritable mariage s’est déjà instauré.
La femme se tourmente ou réclame avec force une démonstration continuelle des qualités plus raffinées de l’homme idéal, ces qualités dont elle a de bonnes raisons de croire qu’elles faisaient partie de la nature de celui qu’elle a épousé. L’homme revendique à grands cris ou encore étouffe son besoin d’être compris par la femme en ce qui concerne les causes liées à son incapacité de répondre aux attentes relatives aux parties plus raffinées de sa nature, en ces instants où ses énergies sont tournées vers quelque lutte matérielle nécessaire – pour lui.
Si le bonheur de la femme dépend uniquement de constantes manifestations extérieures d’affection et d’une attention pour ses centres d’intérêt, et que celui de l’homme dépend uniquement d’une compréhension intelligente de ses limitations ou difficultés, il n’y a pas d’espoir possible de voir une fin à leurs malheurs conjugaux. Les deux parties doivent être conduites à considérer et à adopter un code d’indulgence mutuelle, ainsi qu’un respect réciproque des droits et privilèges de l’autre avant qu’une base commune de compréhension ne puisse être établie.
Bien entendu, vous comprendrez que je ne tiens pas compte de ces cas malheureux dans lesquels l’un des époux ou les deux ont perdu tout respect ou estime envers les lois de Dieu et de l’homme, et dont la vie de l’un est devenue un enfer en raison des actes de l’autre, ce qui les conduit droit vers les récifs de la vie. Je mets simplement le doigt sur quelques unes des causes qui ont détruit tellement de vies et qui auraient pu être des occasions de payer quelque mauvais karma. Ces occasions auraient permis à ces personnes de trouver les parties complémentaires d’elles-mêmes dans un autre cycle de vie et ce, beaucoup plus facilement qu’avec la masse de mauvais karma accumulée plus récemment.
Tant que l’homme ou la femme s’attacheront à l’idée que le bonheur personnel sur le plan physique est la fin et le but de la vie, plutôt que l’accomplissement du devoir, toute chance de succès s’envolera tel un oiseau ; tandis que l’accomplissement du devoir apporterait au moins la paix à l’âme ainsi qu’une possible reconnaissance de la réalité de l’idéal vers et pour lequel ils luttent, mais qui n’existe pas encore sur ce plan.
HILARION - Temple 2 - Leçon 175