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« L’ABIME INFRANCHISSABLE » – partie 9

Pierart essaye de démontrer que, dans tous les cas, il est dangereux d’inhumer trop tôt les gens, même lorsque le corps présenterait des signes indubitables de putréfaction. « Pauvres morts cataleptiques », dit le docteur, « enterrés comme étant tout à fait morts, dans des endroits froids et secs, où les causes morbides sont incapables de produire la destruction de leur corps, leur esprit [astral] s’enveloppant d’un corps fluidique [éthéré], est poussé à quitter le séjour de la tombe, pour exercer sur des êtres vivants des actes particuliers à la vie physique et celui de la nutrition en particulier ; il en résulte par un mystérieux lien entre l’âme et le corps que la science spiritualiste expliquera un jour, que la nourriture est fournie au corps matériel encore gisant dans le tombeau, et ce dernier est ainsi aidé à perpétuer son existence vitale. Ces esprits, dans leurs corps éphémères, ont souvent été vus sortant du cimetière ; on a constaté qu’ils se sont attachés à des voisins vivants et qu’ils en ont sucé le sang (293) ». L’enquête judiciaire a établi qu’il en est résulté, pour les victimes, un état d’affaiblissement, qui s’est souvent terminé par la mort.

Ainsi, en suivant le pieux avis de dom Calmet, nous devons soit continuer à nier, soit, si les témoignages humains et légaux sont bons à quelque chose et ont quelque valeur, accepter la seule explication possible : « Que les âmes des morts sont incorporées dans des véhicules aériens ou éthérés ; cela est pleinement et clairement démontré par ces excellents hommes le Dr C. et le Dr More, dit Glanvil, et ils ont pleinement démontré que telle était la doctrine des plus grands philosophes et des pères des temps les plus reculés (294) ».

Gorres, le philosophe Allemand, parlant dans le même sens, dit que « Dieu n’a jamais créé l’homme comme un corps mort, mais sous la forme d’un animal plein de vie. Une fois qu’Il l’eût formé de la sorte, trouvant qu’il était prêt à recevoir le souffle immortel, Il lui souffla au visage, et c’est ainsi que l’homme devint un double chef-d’œuvre entre Ses mains. C’est au centre de la vie elle-même que cette mystérieuse insufflation eut lieu pour le premier homme [la première race ?] ; et c’est à partir de ce moment, que furent unis l’âme animale issue de la terre et l’esprit émané du ciel (295) ».

Des Mousseaux, d’accord avec d’autres écrivains Catholiques Romains, s’écrie : « Cette proposition est tout à fait anti-catholique ! » Soit ; supposons que ce soit le cas ? Elle peut être archi-anti-catholique, et néanmoins être logique et offrir une solution à plus d’un embarrassant problème psychologique. Le soleil de la science et de la philosophie brille pour tout le monde ; et si les catholiques, qui comptent à peine un septième de la population du globe, ne s’en trouvent pas satisfaits, peut-être les nombreux millions d’hommes appartenant à d’autres religions, dont le nombre est de beaucoup supérieur le seront-ils.

Et maintenant, avant de quitter ce repoussant sujet du vampirisme, citons un exemple de plus sans autre garantie que la déclaration qui nous a été faite par des témoins apparemment dignes de foi.

Vers le commencement du siècle actuel, survint en Russie un des cas de vampirisme les plus effrayants dont on ait gardé le souvenir. Le gouverneur de la province de Tch** était un homme d’environ soixante ans, et d’un naturel méchant, tyrannique, cruel et jaloux. Investi d’une autorité despotique, il l’exerçait sans mesure, suivant ses instincts brutaux. Il devint amoureux de la jolie fille d’un petit fonctionnaire. Quoique la demoiselle fût fiancée à un jeune homme qu’elle aimait, le tyran contraignit le père à consentir à son mariage avec elle ; et la pauvre victime, malgré son désespoir, devint sa femme. Sa jalousie ne tarda pas à se manifester. Il la battait, la séquestrait des semaines entières dans sa chambre, et l’empêchait de voir qui que ce soit, si ce n’est en sa présence. Finalement il tomba malade et mourut. Voyant sa dernière heure approcher, il lui fit jurer qu’elle ne se remarierait jamais ; et la menaça avec des serments effroyables, dans le cas où elle contracterait une nouvelle union, de sortir de sa tombe et de la tuer. Il fut enterré dans le cimetière de l’autre côté du fleuve et la jeune veuve n’eut plus de tourments, jusqu’à ce que, la nature reprenant le dessus, et dominant ses frayeurs, elle prêta l’oreille aux importunités de son premier amoureux, et de nouvelles fiançailles eurent lieu.

La nuit de la fête habituelle des fiançailles, lorsque tout le monde fut retiré, l’antique demeure fut mise en émoi par des cris venant de sa chambre. Les portes furent enfoncées, et l’on trouva la malheureuse femme étendue évanouie sur sa couche. En même temps on entendit le bruit des roues d’une voiture sortant de la cour. Le corps de la jeune veuve était couvert d’ecchymoses, comme si elle avait été pincée en divers endroits, et d’une petite piqûre au cou s’échappaient des gouttes de sang. En reprenant ses sens, elle déclara que son défunt mari était entré soudain dans sa chambre, exactement tel qu’il était durant sa vie, sauf qu’il était d’une pâleur mortelle ; qu’il lui avait reproché son inconstance, et qu’ensuite il l’avait battue et cruellement pincée. On n’ajouta aucune foi à son récit ; mais le lendemain matin, les gardes stationnant de l’autre côté du pont, racontèrent qu’un moment avant minuit, une voiture sombre attelée de six chevaux avait passé au grand galop devant eux, se dirigeant vers la ville, sans répondre à leurs appels.

Le nouveau gouverneur, qui s’était montré incrédule à l’histoire de l’apparition, prit néanmoins la précaution de doubler la garde du pont. Malgré cela, le fait se reproduisit toutes les nuits ; les soldats déclaraient que la barrière de leur station auprès du pont s’ouvrait d’elle-même, et que l’équipage spectral filait devant eux, malgré tous leurs efforts pour l’arrêter. En même temps, chaque nuit, la voiture roulait bruyamment sur le pavé de la cour de l’hôtel ; les veilleurs, y compris la famille de la veuve et les serviteurs, étaient plongés dans un profond sommeil ; et chaque matin, la jeune victime était trouvée meurtrie, sanglante et sans connaissance comme auparavant. La ville était dans la consternation. Les médecins ne pouvaient fournir aucune explication ; les prêtres venaient passer la nuit en prières, mais aux approches de minuit, tous étaient invinciblement pris d’une terrible léthargie. Finalement, l’archevêque de la province vint, et fit en personne les cérémonies de l’exorcisme, mais le lendemain matin, la veuve du gouverneur fut trouvée dans un état pire encore que jamais. Elle était aux portes de la mort.

Le gouverneur fut enfin amené à prendre les mesures les plus sévères pour mettre un terme à la panique, toujours croissante, dans la ville. Il plaça cinquante cosaques en station le long du pont, avec ordre d’arrêter à tout prix la voiture fantôme. À l’heure habituelle, on l’entendit et on la vit approcher, venant de la direction du cimetière. L’officier de garde et un prêtre portant un crucifix se plantèrent devant la barrière, et crièrent ensemble : « Au nom de Dieu et du Tsar, qui va là ? » De la portière de la voiture émergea une tête bien connue, et une voix familière répondit : « Le Conseiller privé d’Etat, et gouverneur C… » Au même moment, prêtre, officiers et soldats furent jetés de côté par un choc électrique, l’équipage fantôme passa outre avant qu’ils eussent repris leurs sens.

L’archevêque résolut alors, comme dernier expédient, de recourir au procédé consacré par le temps, d’exhumer le cadavre, et de le clouer au sol avec un pieu de chêne planté dans le cœur. Cela fut fait avec un grand cérémonial religieux, en présence de la population tout entière. L’histoire rapporte que le corps fut trouvé gorgé de sang, avec les joues et les lèvres rouges. Au moment où le premier coup fut frappé sur le pal, le cadavre poussa un gémissement, et un jet de sang jaillit en l’air. L’archevêque prononça la formule usuelle de l’exorcisme, le cadavre fut ré-inhumé, et à partir de ce moment on n’entendit plus parler du vampire.

Jusqu’à quel point les faits de ce drame ont-ils été exagérés par la tradition, c’est ce que nous ne pouvons dire. Mais nous les tenons, il y a de longues années, d’un témoin oculaire ; et il existe aujourd’hui en Russie des familles, dont les membres les plus âgés se rappellent parfaitement cette terrible histoire.

Quant à la déclaration que l’on trouve dans les livres de médecine, qu’il y a des cas fréquents d’inhumation de personnes à l’état de catalepsie, et quant aux dénégations persistantes des spécialistes que ces choses n’arrivent que très rarement, nous n’avons qu’à consulter la presse quotidienne de tous les pays, pour trouver l’horrible fait établi. Le Rév. H : R. Haweis M.A., auteur du livre Ashes to Ashes (296b) énumère dans son ouvrage, écrit en faveur de la crémation, quelques cas très poignants d’inhumations prématurées. À la page quarante-six, on lit le dialogue suivant :

« Mais… avez-vous connaissance de beaucoup de cas d’inhumation prématurée ?

Sans aucun doute ; je ne dirai pas qu’ils soient fréquents dans notre climat tempéré, mais il en survient. À peine explore-t-on un cimetière sans y trouver des cercueils renfermant des corps, non seulement retournés, mais encore des squelettes contournés dans la dernière lutte désespérée pour la vie, sous la terre. La position renversée pourrait être attribuée à quelque secousse du cercueil, mais certainement pas les contorsions« .

Après cela, il mentionne les cas suivants qui ont eu lieu récemment.

« À Bergerac (Dordogne), en 1842, le malade prit un narcotique, mais ne se réveilla pas… On le saigna, et il ne s’éveilla pas… Enfin on déclara qu’il était mort, et on l’enterra. Après quelques jours, au souvenir du narcotique qu’il avait pris, on ouvrit la tombe et le cercueil. Le corps s’était retourné et débattu.

Le Sunday Times du 30 décembre 1838 raconte qu’à Tonneins, dans le Lot-et-Garonne un homme était inhumé, lorsqu’on entendit du bruit venant du cercueil ; pris de peur le fossoyeur indifférent se sauva… La bière fut remontée et ouverte. Un visage pétrifié de terreur et de désespoir, le linceul déchiré, les membres retournés, disaient la navrante vérité… trop tard.

[Le Times de mai 1874 raconte] qu’en août 1873, une jeune dame mourut peu de temps après son mariage… Au bout d’une année, son mari se remaria, et la mère de sa première femme résolut de transporter le corps de sa fille à… Marseille. On ouvrit le caveau, et l’on trouva le corps de la pauvre fille, la face contre terre, la chevelure flottante, et son suaire mis en lambeaux (297) ».

Comme nous avons à reparler de ce sujet à propos des miracles de la Bible, laissons de côté ce sujet pour le moment, et revenons aux phénomènes magiques.

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