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Jésuitisme et Maçonnerie – Partie 4

Qu’il honore ou n’honore pas l’Eglise Chrétienne, ce précepte pourrait être revendiqué avec profit par tout hindou, japonais ou païen quelconque lorsqu’on lui reproche d’adorer des idoles. Nous le citons tout exprès pour le bénéfice de nos honorables amis « païens » qui liraient ces lignes.

La prophétie d’Hermès est moins équivoque que n’importe laquelle des prophéties d’Isaie, qui ont fourni le prétexte pour déclarer que tous les dieux des autres nations étaient des démons. Seulement, les faits sont parfois plus puissants que la foi la plus enracinée. Tout ce que les Juifs savaient, ils l’avaient appris de nations plus anciennes qu’eux. Les Mages Chaldéens furent leurs maîtres dans la doctrine secrète, et ce fut pendant la captivité de Babylone qu’ils apprirent ses enseignements métaphysiques et pratiques. Pline mentionne trois collèges de Mages ; un de ceux-ci, selon lui, était d’une antiquité incalculable ; un autre fut établi par Osthanes et Zoroastre ; et le troisième par Moise et Jambres. Et toute la connaissance de ces différentes écoles, Mage, Egyptienne ou Juive, était venue de l’Inde, ou plutôt des deux côtés de l’Himalaya. Plus d’un secret perdu est enfoui sous les sables du Désert de Gobi dans le Turkestan Oriental, et les sages de Khotan ont gardé d’étranges traditions et la connaissance de l’alchimie.

Le baron Bunsen nous montre que l’origine des anciens hymnes et prières du Livre des Morts égyptien, est antérieur à Menes, et qu’elle date probablement de la Dynastie d’Abydos, pré-Ménite, entre 3100 et 4500 ans avant J.C. ; le savant égyptologue calcule que l’ère de Menes, ou l’Empire National, n’est pas postérieure à l’an 3059 avant J.C. ; il prouve, en outre, que « le système du culte et la mythologie d’Osiris étaient déjà établis (33) » avant l’ère de Menes.

Nous voyons dans les hymnes de cette époque pré-Edénique (époque scientifiquement établie, car Bunsen nous transporte en arrière, plusieurs siècles au-delà de la date de la création du monde, soit 4 004 ans avant J.C. fixée par la chronologie biblique) des leçons précises de morale, identiques en substance, sinon dans la forme des expressions, avec celles prêchées par Jésus dans son Sermon sur la Montagne. Notre assertion est corroborée par les plus éminents hiéroglyphistes et égyptologues. « Les inscriptions de la douzième Dynastie sont remplies de formules rituelles », dit Bunsen. On trouve sur les monuments des premières Dynasties des extraits des Livres d’Hermès, et « des parties d’un rituel antérieur ne sont pas rares sur ceux de la douzième (Dynastie)… Nourrir les affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, enterrer les morts… constituaient le premier devoir de tout homme pieux… La doctrine de l’immortalité de l’âme est aussi ancienne que cette époque, elle-même » (Tablette, Brit. Mus., 562) (34d).

Qui sait, bien plus ancienne peut être. Elle date de l’époque où l’âme était un être objectif, et où par conséquent on ne pouvait la nier en elle-même ; où l’humanité était une race spirituelle et où la mort n’existait pas. Vers le déclin du cycle de vie, l’esprit-homme éthéré tombait alors dans une douce somnolence d’inconscience momentanée, dans une sphère, pour se réveiller dans la lumière encore plus éclatante d’une sphère supérieure. Mais tandis que l’homme spirituel tend à s’élever toujours plus haut vers la source de son être, en traversant les cycles et les sphères de la vie individuelle, l’homme physique doit descendre avec le grand cycle de la création universelle, jusqu’à endosser le vêtement des enveloppes terrestres. Dès lors, l’âme était trop profondément enfouie sous son revêtement physique, pour pouvoir réaffirmer son existence, sauf dans le cas de ces natures plus spirituelles qui, à chaque cycle, devenaient de plus en plus rares. Et cependant aucune des nations préhistoriques n’a jamais songé à nier soit l’existence, soit l’immortalité de l’homme intérieur, le « Soi » véritable. Mais nous devons alors, avoir présent à la mémoire l’enseignement des anciennes philosophies : l’esprit, seul, est immortel – l’âme, en elle-même, n’est ni éternelle, ni divine. Lorsqu’elle s’allie de trop près au cerveau physique de son enveloppe terrestre, elle devient graduellement un mental fini, un simple animal, un principe vital sensitif, le nephesh de la Bible hébraïque (35d1) (35d2).

La doctrine de la triple nature de l’homme est aussi clairement définie dans les livres hermétiques, que dans les ouvrages de Platon, ou encore dans les philosophies Bouddhique et Brahmanique. Et cette doctrine est une des plus importantes et des moins bien comprises de la science hermétique. Les mystères égyptiens, si imparfaitement connus dans le monde, et cela seulement par quelques brèves allusions qui y sont faites dans les Métamorphoses d’Apulee, enseignaient les vertus les plus sublimes. Ils dévoilaient à l’aspirant aux mystères « supérieurs » de l’initiation, ce que beaucoup de nos étudiants hermétiques modernes, cherchent en vain dans les livres cabalistiques, et ce qu’aucun enseignement obscur de l’Eglise, sous la conduite de l’Ordre des Jésuites, ne sera jamais capable de dévoiler. De comparer, par conséquent, les anciennes sociétés secrètes des hiérophantes, avec les hallucinations artificielles de quelques fidèles de Loyola, qui étaient, peut-être, sincères au début de leur carrière, est faire une insulte à celle-là. Et cependant, pour leur rendre justice, nous sommes obligés de le faire.

Un des obstacles insurmontables à l’initiation chez les Egyptiens aussi bien que chez les Grecs était le meurtre sous quelle forme que ce soit. Un des plus grands titres à l’admission dans l’Ordre des Jésuites, est un meurtre commis en défendant le Jésuitisme. « Les enfants sont autorisés à tuer leurs parents s’ils les obligent à renoncer à la foi catholique !« 

« Les enfants chrétiens et catholiques », dit Etienne Fagundez, « sont en droit d’accuser leurs parents du crime d’hérésie, s’ils cherchent à les détourner de la foi, bien qu’ils sachent qu’en ce faisant leurs parents périront sur le bûcher et seront mis à mort pour ce crime, ainsi que l’enseigne Tolet… Non seulement peuvent-ils leur refuser la nourriture… mais ils peuvent les tuer à bon droit (36d). »

Il est bien connu que l’Empereur Neron n’osa jamais solliciter son initiation aux Mystères, à cause du meurtre d’Agrippine !

Dans la Section XIV des Principes des Jésuites, nous trouvons les principes suivants sous la rubrique Hommicide, inculqués par le Père Henri Henriquez, dans la Sommæ Theologiæ Moralis. Tomus I. Venetiis 1600 (Ed. Coll. Sion) : « Si un adultère, même s’il est ecclésiastique… attaqué par le mari, venait à tuer son agresseur… il n’est pas considéré comme irrégulier : non videtur irregularis (Lib. XIV, de Irregularitæ, c. 10, § 3).

« Si un père était répréhensible pour l’Etat (étant exilé) et la société en général, et qu’il n’y eût pas d’autre moyen d’empêcher un pareil tort, j’approuverais alors cette action (celle d’un fils qui tue son père) dit la Section XV, sous la rubrique de Parricide et Hommicide (37d).

II est légal pour un ecclésiastique ou un membre d’un Ordre religieux de tuer un calomniateur qui menace de répandre d’atroces accusations contre lui ou sa religion (38) », est la règle exposée par le Jésuite François Amicus.

En voilà assez. Les plus hautes autorités nous informent ce qu’un homme peut faire dans la communion catholique mais que la morale publique réprouve comme un acte criminel, sans cependant cesser d’être en odeur de sainteté auprès des Jésuites. Voyons par contre le revers de la médaille et étudions les principes inculqués par les moralistes païens de l’Egypte, avant que le monde n’eût la bénédiction des améliorations modernes de l’éthique.

En Egypte, toute cité importante était séparée de sa nécropole par un lac sacré. La même cérémonie du jugement décrite dans le Livre des Morts comme ayant lieu dans le monde des Esprits, avait lieu sur terre pendant l’enterrement de la momie. Quarante-deux juges ou assesseurs se rassemblaient sur le bord du lac pour juger « l’âme » envolée, suivant ses actes pendant qu’elle occupait son corps, et ce n’était qu’après approbation unanime de ce jury post-mortem, que le batelier, qui représentait l’Esprit de la Mort, était autorisé à transporter le défunt justifié jusqu’à sa dernière demeure. Après cela les prêtres rentraient dans l’enceinte sacrée et instruisaient les néophytes au sujet du drame solennel qui probablement se déroulait dans le royaume invisible où l’âme s’était enfuie. L’Al-om-jah (39d) enseignait alors avec force l’immortalité de l’esprit. On lit dans la Crata Nepoa (40d), la description suivante des sept degrés de l’initiation.

Après une épreuve préliminaire à Thèbes, où le néophyte avait à en traverser plusieurs, nommées les « Douze Tortures », on lui ordonnait de gouverner ses passions et de ne jamais perdre de vue un seul instant la notion de son Dieu. Puis, comme symbole des pérégrinations de l’âme non purifiée, il devait escalader plusieurs échelles, et errer dans une caverne obscure où toutes les nombreuses portes étaient fermées à clé. Après avoir traversé les terribles épreuves, on lui conférait le degré de Pastaphore ; les deuxième et troisième degrés étant appelés le Néocore et le Melanephore. Amené dans une vaste chambre souterraine, remplie de momies couchées sur des lits de parade, on le mettait en présence de la bière qui contenait les restes ensanglantés et mutilés d’Osiris. Cette salle se nommait la « Porte de la Mort » et c’est sans doute à ce mystère que les passages du Livre de Job (XXXVIII, 17) et d’autres endroits de la Bible font allusion en parlant de ces portes (41). Nous donnerons au chapitre X l’interprétation ésotérique du Livre de Job qui est le poème de l’initiation par excellence.

« Les portes de la mort t’ont-elles été ouvertes ?

« As-tu vu les portes de l’ombre de la mort ? » demande à Job le « Seigneur » – c’est-à-dire de l’Al-om-jah, l’initiateur – en faisant allusion à ce troisième degré de l’initiation.

Après avoir vaincu les terreurs de cette épreuve, on le conduisait à la « Salle des Esprits » pour être jugé par eux. Entre autres règles auxquelles il devait obéir, « il ne devait ni désirer ni rechercher la vengeance ; être toujours prêt à aider un frère en danger, fût-ce au péril de sa propre vie ; enterrer tout corps mort, honorer ses parents par-dessus tout ; respecter la vieillesse et protéger les plus faibles que lui-même ; et enfin avoir toujours présent à l’esprit l’heure de la mort et celle de la résurrection dans un corps nouveau et indestructible (42) ». La Pureté et la Chasteté étaient hautement recommandées et l’adultère menacé de mort.

Le néophyte égyptien devenait alors un Kristophore. Dans ce degré on lui communiquait le nom mystérieux de IAO. Le cinquième degré était celui de Balahala, et il était instruit, par Horus en alchimie, le « mot » étant chemia. Dans le sixième on lui apprenait la danse sacerdotale dans le cercle, où on lui enseignait l’astronomie, car elle représentait le cours des planètes. Dans le septième degré il était initié aux derniers Mystères. Après une probation finale dans un édifice mis à part à cet effet, l’Astronomus, comme on le nommait alors, sortait de ces appartements sacrés nommés Manneras, et recevait une croix – le Tau, qu’on plaçait, à sa mort, sur sa poitrine. Il était devenu un Hiérophante.

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