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Jésuitisme et Maçonnerie – Partie 3

Voilà qui résout la question. Laissons, pour le moment, les conclusions de côté, afin de comparer les pratiques et les préceptes des Jésuites avec ceux des mystiques individuels des castes organisées et des sociétés de l’antiquité. Le lecteur sincère pourra, de cette manière, se faire une idée de la tendance qu’ont leurs doctrines pour faire du bien à l’humanité ou la corrompre.

Le Rabbin Jehoshua Ben Chananea, qui mourut vers 72 de notre ère, déclarait ouvertement qu’il avait accompli des « miracles » au moyen du Livre de Sepher Jezireh, et il lançait un défi à tous les sceptiques (22). Frank en citant le Talmud babylonien, donne les noms de deux autres thaumaturges, les Rabbins Chanina et Oshoi (23d).

Simon le Magicien, fut sans aucun doute un élève des Tanaïm de Samarie : la réputation qu’il laissa derrière lui, ainsi que le titre qu’on lui octroya de « Grand Pouvoir de Dieu », témoignent hautement en faveur du savoir de ses instructeurs. Les calomnies si libéralement répandues contre lui par les auteurs inconnus et les compilateurs des Actes des Apôtres et autres ouvrages, n’ont pas réussi à dénaturer la vérité au point de cacher le fait qu’aucun chrétien ne pouvait rivaliser avec lui en exploits thaumaturgiques. Le récit de la chute qu’il fit pendant un vol aérien, se cassant les deux jambes et se suicidant ensuite, est ridicule. Pourquoi, les apôtres au lieu de prier mentalement pour sa défaite, n’ont-ils pas prié pour pouvoir surpasser Simon dans ses merveilles et ses miracles, car de cette manière ils auraient servi leur cause bien plus utilement qu’ils ne le firent, et ainsi converti des milliers au christianisme. La postérité ne possède qu’une seule version de ce récit. Si nous entendions la version des disciples de Simon, nous trouverions peut-être que ce fut saint Pierre qui se cassa les jambes, si nous ne savions pas que cet apôtre était bien trop prudent pour jamais s’aventurer à Rome. De l’aveu de plusieurs auteurs ecclésiastiques, aucun apôtre n’accomplit jamais de telles « merveilles surnaturelles ». Naturellement les fidèles diront que c’est une preuve de plus que le « Diable » agissait par Simon.

On accusa Simon de blasphémer contre le Saint-Esprit, parce qu’il le présentait comme l’Esprit-Saint, le Mens (l’intelligence) ou « la mère de toutes choses ». Mais nous retrouvons la même expression dans le Livre d’Enoch, où par opposition au « Fils de l’Homme », il dit « Le Fils de la Femme ». Dans les Codex des Nazaréens, et dans le Sohar, de même que dans les Livres d’Hermès, cette expression est courante ; et même dans l’Evangelium apocryphe des Hébreux nous lisons que Jésus, lui-même, admettait le sexe du Saint-Esprit, lorsqu’il dit : Ma mère, la Sainte-Pneuma.

Mais qu’est-ce que l’hérésie de Simon le Magicien, et les blasphèmes de tous les hérétiques comparés à ceux des Jésuites qui ont réussi à dominer le Pape, la Rome ecclésiastique et le monde catholique tout entier ? Ecoutez encore leur profession de foi.

« Faites ce que votre conscience vous commande de faire et vous dit être bien ; si, à la suite d’une erreur insurmontable, vous jugez que Dieu ordonne le mensonge et le blasphème, et bien blasphémez (24d) !

Omettez de faire ce que votre conscience vous dit être défendu ; omettez le culte de Dieu si vous croyez invinciblement que Dieu l’a défendu (25). »

« Il existe une loi inférée… obéissez à un ordre de conscience invinciblement erroné. Mentez aussi souvent que vous croyez qu’un mensonge est impérieusement ordonné (26). »

« Supposons qu’un Catholique croie absolument que le culte des images est défendu ; dans ce cas Notre-Seigneur Jésus-Christ se verra obligé de lui dire : « Va-t-en, damné… car tu as adoré mon image. » II n’est pas plus absurde de supposer que le Christ lui dirait : « Viens, ô bienheureux… parce que tu as menti, en croyant fermement, que dans ce cas c’est moi qui ai ordonné le mensonge (27d). »

Cela ne… mais non ! les mots sont incapables de rendre justice aux émotions que ces étonnants principes doivent éveiller dans le sein de tout homme honorable. Que notre silence, né d’un écœurement invincible, soit notre seule réponse à cette déviation morale sans précédent.

Le sentiment populaire à Venise (1606), lorsque les Jésuites en furent chassés, s’exprima d’une façon fort efficace. Une foule immense accompagna les exilés jusqu’au bord de la mer, et le cri d’adieu qui les poursuivit fut celui de Ande in malora ! (Allez-vous en ! et malheur à vous). « Ce cri se répercuta à travers les deux siècles qui suivirent », dit Michelet, qui ajoute ce renseignement : « en Bohême en 1618… aux Indes en 1623… et dans la chrétienté tout entière en 1773 ».

En quoi Simon le Magicien était-il donc coupable de blasphème, s’il ne faisait que ce que sa conscience lui dictait impérieusement comme la vérité ? Et en quoi les « Hérétiques », voire les pires infidèles étaient-ils plus répréhensibles que les Jésuites, ceux de Caen (28), par exemple, qui proclament ce qui suit :

« La religion chrétienne est… évidemment digne de croyance, mais non pas évidemment vraie. Elle est évidemment digne de croyance ; car il est évident que celui qui l’embrasse est prudent. Elle n’est pas évidemment vraie ; car elle enseigne obscurément et les points de son enseignement sont obscurs. Et ceux qui affirment que la religion chrétienne est évidemment vraie, sont obligés de reconnaître que c’est évidemment faux.

« Il faut en conclure :

  1. Qu’il n’est point prouvé qu’il y ait aujourd’hui une religion vraie, dans le monde.
  2. Qu’il n’est point prouvé que de toutes les religions existant en ce monde, la religion chrétienne est la plus véridique ; car avez-vous voyagé dans tous les pays du monde, ou savez-vous que d’autres l’ont fait ?…

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  1. Qu’il n’est point prouvé que les prédictions des prophètes aient été inspirées par Dieu ; car comment réfuteriez-vous, si je nie que ce soient de véritables prophéties, ou si j’affirme que ce ne sont que des suppositions ?
  2. Qu’il n’est point prouvé que les miracles attribués au Christ aient été véritables ; de même que nul ne peut prudemment nier qu’ils le soient (Position 6).

« Il n’est pas non plus nécessaire aux chrétiens de professer une croyance absolue en Jésus-Christ, dans la Trinité, dans tous les articles de foi et dans le Décalogue. La seule croyance qui était nécessaire pour ceux-là (les juifs) et qui est nécessaire pour ceux-ci (les chrétiens) est : 1° de croire en Dieu ; 2° de croire en un Dieu rémunérateur » (Position 8).

Par conséquent il est aussi plus que « prouvé » qu’il y a des moments dans la vie où le plus grand menteur est capable de formuler quelques vérités. « Les « bons Pères » l’ont si bien prouvé qu’on voit clairement maintenant d’où venaient les solennelles condamnations de certaines « hérésies » au Concile Œcuménique de 1870, et la sanction d’autres articles de foi auxquels nul ne croyait moins que ceux qui inspirèrent au Pape leur promulgation. L’histoire a peut-être encore à apprendre que le Pape octogénaire, grisé par l’encens de l’infaillibilité qu’on venait tout récemment de lui imposer, n’avait été qu’un fidèle écho des Jésuites. « Un vieillard est élevé, tremblant, sur le pavois du Vatican », dit Michelet, « tout est absorbé et contenu en lui… Pendant quinze siècles la chrétienté a été soumise au joug spirituel de l’Eglise… Mais ce joug ne leur suffisait point ; ils voulaient que le monde entier se pliât sous la main d’un seul maître. Ici, mes propres paroles sont trop faibles ; j’emprunterai celles des autres. Ils (les Jésuites) (voici l’accusation que leur jeta à la figure l’Evêque de Paris en plein Concile de Trente) voulaient faire de l’épouse de Jésus-Christ une prostituée aux volontés d’un homme (29d). »

Ils y ont réussi. L’Eglise est dorénavant un outil inerte, et le Pape n’est qu’un pauvre et faible instrument entre les mains de l’Ordre. Mais jusqu’à quand ? Jusqu’à ce que survienne la fin, et les Chrétiens sincères se souviendront des lamentations prophétiques du Trismégiste trois fois grand, sur son propre pays : « Hélas, hélas, mon fils, un jour viendra où les hiéroglyphes sacrés se transformeront en idoles. Le monde prendra les emblèmes de la science pour des dieux, et accusera la superbe Egypte d’avoir adoré des monstres infernaux. Mais ceux qui nous calomnieront ainsi, adoreront eux-mêmes la Mort au lieu de la Vie, la folie au lieu de la sagesse ; ils dénonceront l’amour et la fécondité, ils rempliront leurs temples d’ossements des morts, en guise de reliques, et ils gaspilleront leur jeunesse dans la solitude et les larmes. Leurs vierges seront des veuves (des nonnes) avant d’avoir été des épouses, et elles se consumeront en détresse ; et cela parce que les hommes auront méprisé et profané les mystères sacrés d’Isis (30d). »

Nous reconnaissons la correction de cette prophétie dans le précepte jésuite suivant, que nous tirons encore du Parlement de Paris :

« La véritable opinion est : qu’il est légitime d’adorer toute chose inanimée et irrationnelle« , dit le Père Gabriel Vazquez, en parlant d’Idolâtrie. « Si la doctrine que nous avons mise en avant est bien comprise, non seulement toute image peinte, et tout objet de sainteté acceptés par l’autorité publique pour le culte de Dieu, doit être adoré comme l’image de Dieu Lui-même, mais encore toute autre chose, dans ce bas monde, qu’elle soit inanimée et irrationnelle, ou bien encore de nature rationnelle (31). »

« Pourquoi n’adorerions-nous pas en même temps que Dieu, et ne lui vouerions-nous pas un culte, danger à part, n’importe quelle chose dans ce bas monde ? car Dieu est en elle, selon Son essence… [C’est précisément ce que soutiennent les Panthéistes et les philosophes hindous], et Il la préserve continuellement par Sa puissance ; et lorsque nous nous prosternons devant elle et que nos lèvres la baisent, nous nous présentons avec toute notre âme devant Dieu, qui en est l’auteur, comme devant le prototype de l’image [viennent ensuite des exemples de reliques, etc.] Nous pourrions ajouter, que puisque toute chose ici-bas est l’œuvre de Dieu, et que Dieu y est toujours présent et agissant en elle, nous nous Le représenterons bien plus aisément comme étant en elle que le saint dans le vêtement qui lui appartenait. Par conséquent, sans égard aucun pour la dignité de la chose créée, en dirigeant nos pensées vers Dieu, tout en accordant à la créature les signes de soumission en nous prosternant devant elle ou en la baisant, nous n’accomplissons pas un vain acte ou une superstition, mais bien un acte de pure religion (32d). »

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