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L’ÉGLISE : OÙ EST-ELLE ? – partie 9

Et maintenant, où trouverons-nous l’origine de cette doctrine Trinitaire perdue dans la nuit des temps, ainsi que de celle si amèrement critiquée des émanations ? La réponse est aisée et les preuves sont entre nos mains. Dans la plus sublime et la plus profonde de toutes les philosophies, celle de la « Religion Sagesse », dont les recherches historiques ont trouvé les premières traces dans l’ancienne religion pré-védique de l’Inde. Ainsi que le fait observer avec raison l’auteur si souvent maltraité, Jacolliot : « Ce n’est pas dans les ouvrages religieux de l’antiquité, tels que les Védas, le Zend-Avesta et la Bible que nous devons chercher l’expression exacte des croyances nobles et sublimes de ces époques (66).

« La syllabe primitive sacrée, composée des trois lettres [A-U-M], dans laquelle est contenue la Trimourti [trinité] Védique, doit être tenue secrète comme un autre Véda triple » dit Manou dans le livre XI, sloka 266.

Swayambhou est la Divinité non révélée ; c’est l’Etre existant en lui-même et par lui-même ; c’est le germe central et immortel de tout ce qui existe dans l’univers. De lui émanent trois trinités, confondues en lui et formant une Unité Suprême. Ces trinités, ou triple Trimourti sont : les Nara, Nari et Viradj – la triade initiale ; Agni, Vayou, et Sourya – la triade manifestée ; Brahma, Vishnou et Shiva, la triade créatrice. Chacune de ces triades devient de moins en moins métaphysique et de plus en plus adaptée à l’intelligence vulgaire, à mesure qu’elle descend. Par conséquent la dernière se réduit au symbole dans son expression concrète, le déterminisme d’une conception purement métaphysique. Elles constituent avec Swayambhou les dix Sephiroth des Cabalistes hébreux, les dix Pragâpatis hindous – le En-Soph de la première, correspondant au sublime Inconnu exprimé par le mystique A-U-M de la seconde.

Franck, le traducteur de la Cabale, s’exprime ainsi :

« Les dix Séphiroth… se divisent en trois classes, chacune nous présentant la divinité sous un aspect différent, l’ensemble demeurant pourtant une Trinité indivisible.

Les trois premiers Séphiroth sont purement intellectuels en métaphysique ; ils sont l’expression de l’identité absolue de l’existence et de la pensée, et forment ce que les cabalistes modernes nomment le monde intelligible – qui est la première manifestation de Dieu.

Les trois suivants… font concevoir Dieu sous un de leurs aspects, comme la bonté et la sagesse ; sous l’autre ils nous font voir, dans le bien suprême, l’origine de la beauté et de la magnificence [dans la création]. C’est pour cela qu’on leur donne le nom de vertus, ou du monde sensible.

Enfin, nous voyons, par les trois derniers Séphiroth, que la Providence Universelle, l’artiste Suprême est aussi la Force absolue, la cause toute-puissante, et que, en même temps, cette cause est l’élément générateur de tout ce qui existe. Ce sont ces derniers Séphiroth qui forment le monde naturel, ou la nature dans son essence et son principe actif ? Natura Naturans (67c). »

Cette conception de la Cabale est, par conséquent, identique avec celle de la philosophie hindoue. Quiconque a lu Platon, et son Dialogue de Timée retrouvera ces idées fidèlement reproduites par le philosophe grec. En outre, la nécessité du secret était aussi stricte pour les cabalistes que pour les initiés de l’Adyta et des Yoguis hindous.

« Ferme ta bouche de peur de parler de cela [le mystère] et ton cœur de crainte de penser à haute voix ; et si ton cœur t’a échappé ramène-le à sa place, car tel est le but de notre alliance. »

(Sepher Jezireh, Le Livre de la Création).

« Ceci est un secret qui donne la mort ; ferme ta bouche de crainte de le révéler au vulgaire ; comprime ton cerveau de crainte que quelque chose ne s’en échappe et ne tombe au dehors. »

(Agrouchada-Parikshai).

Certes le sort de plus d’une génération future fut suspendu à un fil d’araignée pendant les troisième et quatrième siècles. Si l’Empereur n’avait pas envoyé un rescrit à Alexandrie en 389, rescrit qui lui fut imposé par les Chrétiens, pour la destruction de toutes les idoles, notre siècle actuel n’eût jamais possédé un panthéon mythologique chrétien propre. Jamais auparavant l’école néo-platonicienne ne s’était élevée à une pareille hauteur philosophique qu’à l’approche de sa fin. Unissant la théosophie mystique de l’ancienne Egypte avec la philosophie raffinée des Grecs, se rapprochant plus des anciens mystères de Thèbes et de Memphis, qu’ils ne l’avaient fait pendant des siècles ; aussi bien versés dans la science de la prophétie et de la divination, que dans l’art des thérapeutes ; liés d’amitié avec les hommes les plus perspicaces de la nation juive, qui étaient profondément imbus des notions de Zoroastre, les Néo-Platoniciens tendaient à amalgamer l’antique sagesse de la Cabale orientale avec les conceptions plus raffinées de la théosophie occidentale. Malgré la trahison des Chrétiens qui, pour des raisons politiques après la mort de Constantin, crurent bien faire de répudier leurs instructeurs, l’influence de la nouvelle philosophie platonicienne est évidente dans l’adoption subséquente de dogmes dont l’origine peut aisément être attribuée à cette école remarquable. Tout mutilés et défigurés qu’ils soient, ils ont conservé cet air de famille que rien ne peut effacer.

Mais, si la connaissance des pouvoirs occultes de la nature entrouvre la vision spirituelle de l’homme, élargit ses facultés intellectuelles, et l’amène infailliblement à une vénération plus profonde pour son Créateur, d’un autre côté, l’ignorance, l’étroitesse de vue dogmatique, et la crainte puérile d’approfondir les choses, conduit invariablement au culte des fétiches et à la superstition.

Lorsque Cyrille, évêque d’Alexandrie, eut ouvertement adopté la cause d’Isis, la déesse égyptienne, en l’anthropomorphisant en Marie, mère de Dieu ; et que la controverse trinitaire eut eu lieu ; dès ce moment-là, la doctrine égyptienne de l’émanation du Dieu créateur hors de Emepht (68) commença à être torturée de mille manières différentes jusqu’à ce que les Conciles se fussent mis d’accord pour l’adopter telle que nous la voyons aujourd’hui, le Ternaire défiguré du cabalistique Salomon et de Philon le Juif ! Mais comme son origine était encore trop évidente, le Mot ne fut désormais plus appelé « l’homme céleste », l’Adam Kadmon primordial, mais devint le Logos – le Christ, et on lui donna l’âge de « l’Ancien des Anciens » son père. La SAGESSE secrète devint identique à son émanation, la PENSEE DIVINE, et on la considéra Co-égale et co-éternelle avec sa première manifestation.

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