L’ÉGLISE : OÙ EST-ELLE ? – partie 8
Origene, Clement d’Alexandrie, Chalcidius, Methodius et Maimonide (56c), sur l’autorité du Targum de Jérusalem, la plus célèbre autorité orthodoxe juive, soutinrent que les deux premiers mots du livre de la Genèse – B-RASIT, veulent dire La sagesse, ou le Principe. L’idée que ces deux mots devraient être interprétés par « au commencement« , n’a jamais été entretenue sinon par les profanes, auxquels on ne permit pas d’approfondir le sens ésotérique de la phrase. Beausobre et après lui Godfrey Higgins ont prouvé le fait. « Toutes choses », dit la Cabale, « sont dérivées par émanation d’un grand Principe unique, et ce principe c’est le Dieu [inconnu et invisible]. De Lui procède immédiatement un pouvoir substantiel, qui est l’image de Dieu et la source de toutes les émanations subséquentes. Ce second principe émet, au moyen de l’énergie [ou volonté et force] de l’émanation, d’autres natures, qui sont plus ou moins parfaites, suivant leurs différents degrés d’éloignement dans l’échelle des émanations, de la Source Première de l’existence et qui constituent les différents mondes, ou ordres d’êtres, tous unis au pouvoir éternel dont ils procèdent. La Matière n’est rien autre que l’effet le plus éloigné de l’énergie émanée de la Divinité. Le monde matériel reçoit sa forme de l’agence immédiate de pouvoirs bien inférieurs à la Source Première de l’Etre (57)… Beausobre (58c) fait dire à saint Augustin, le Manichéen : « Et, si par Rasit nous entendons le Principe actif de la création, au lieu de son commencement, nous comprenons clairement, alors, que Moïse n’a jamais voulu dire que le ciel et la terre furent les premières œuvres de Dieu. Il a seulement dit que Dieu créa le ciel et la terre au moyen du Principe qui est Son Fils. Il ne se réfère pas au temps, mais à l’auteur immédiat de la Création ». D’après saint Augustin, les anges furent créés avant le firmament, et, suivant l’interprétation ésotérique, le ciel et la terre furent créés après celui-ci, évoluant du second Principe ou du Logos – la Divinité créatrice. « Le mot principe », dit Beausobre, « ne veut pas dire que le ciel et la terre furent créés avant toute autre chose, car les anges furent créés avant cela ; mais que Dieu fit toute chose par Sa Sagesse qui est Son Verbum, ce que la Bible chrétienne appelle le Commencement« , adoptant ainsi la signification exotérique du mot, qu’on avait laissée à la masse du peuple. La Cabale, aussi bien l’orientale que la juive, indique que plusieurs émanations (les Séphiroth Juives) sortirent du Premier Principe dont la principale était la Sagesse. Cette sagesse est le Logos de Philon le Juif, et Michel, le chef des Æons Gnostiques ; il est l’Ormazd des Persans ; la Minerve, déesse de la sagesse des Grecs, qui sortit de la tête de Jupiter ; c’est la seconde Personne de la Trinité Chrétienne. Les pères primitifs de l’Eglise n’eurent pas beaucoup à se creuser la tête ; ils trouvèrent une doctrine toute faite qui avait existé dans toutes les théogonies depuis des milliers d’années avant l’ère chrétienne. Leur Trinité n’est que le trio de Séphiroth, les trois premières lumières cabalistiques, dont Moïse Nachmanides dit qu’elles « n’ont jamais été vues par qui que ce soit ; il n’y a en elles ni défaut, ni désunion. » Le premier nombre éternel est le Père, ou le chaos chaldéen primitif, invisible et incompréhensible, duquel procéda l’Intelligible. Le Phtah égyptien, ou « le Principe de Lumière, mais non la lumière elle-même, et le Principe de Vie, qui n’est pas, lui-même, la vie. » La Sagesse, au moyen de laquelle le Père créa les cieux, est le Fils, ou l’Adam Kadmon androgyne de la Cabale. Le Fils est en même temps le mâle Ra, ou la Lumière de Sagesse, et la Prudence ou Intelligence, Séphira, la partie femelle de Lui-même ; tandis que de cet être double procède la troisième émanation la Binah, ou Raison, la seconde Intelligence – le Saint-Esprit des Chrétiens. Par conséquent, strictement parlant, il y a une TETRAKTIS, ou un quaternaire, constitué par la Première Monade Inintelligible, et sa triple émanation, qui proprement parlant constitue notre Trinité.
Comment donc ne pas s’apercevoir dès l’abord, que si les Chrétiens n’avaient pas délibérément défiguré la Genèse mosaïque dans leur traduction et leur interprétation, pour la faire cadrer avec leurs propres desseins, leur religion, avec ses dogmes actuels, eût été impossible ? Du moment que le mot Rasit était interprété dans sa signification nouvelle de Principe et non de Commencement, et que l’on acceptait la doctrine anathématisée des émanations la position du second personnage de la trinité devenait intenable car, si les anges constituent les premières émanations divines de la Substance Divine, et qu’ils existaient avant le second Principe, alors le Fils anthropomorphe n’est, après tout qu’une émanation comme eux, et ne peut pas plus être le Dieu hypostatique, que nos œuvres visibles ne sont nous-mêmes. II est évident que ces subtilités métaphysiques n’ont jamais préoccupé l’honnête et sincère saint Paul ; bien plus encore, étant au courant, comme tous les juifs lettrés, de la doctrine des émanations, il n’a jamais eu l’idée de la défigurer. Comment pouvons-nous supposer que saint Paul ait confondu le Fils avec le Père, lorsqu’il nous dit que Dieu a mis Jésus « un peu au-dessous des anges » (Hébreux, II, 9) et un peu au-dessus de Moise ! « Car cet Homme a été jugé digne d’une gloire supérieure à celle de Moise. » (Hébreux, III, 3). De combien de supercheries, introduites par la suite dans les Actes des Apôtres, les Pères ont-ils été coupables, nous ne le savons pas ; mais il est évident que Paul ne considéra jamais le Christ autrement que comme un homme « rempli de l’Esprit de Dieu ». « Le Logos demeurait dans l’arché et le Logos était adné au Théos (59) ».
La Sagesse, première émanation de En-Soph ; le Prototognos, l’Hypostase ; l’Adam Kadmon de la Cabale, le Brahma des hindous ; le Logos de Platon, et le « commencement » de saint Jean(p), sont le Rasit, ,ראשית du Livre de la Genèse. Correctement interprété, il renverse, comme nous l’avons dit, tout le système compliqué de la théologie chrétienne, car il prouve que derrière la Divinité créatrice, il existe un Dieu plus ELEVE ; un architecte qui dresse les plans ; et que celle-là n’est que Son agent pour l’exécution, un simple pouvoir !
Les gnostiques furent persécutés, les philosophes assassinés, les cabalistes et les franc-maçons condamnés au bûcher ; et lorsque le grand jour du règlement des comptes arrivera, et que la lumière dissipera les ténèbres, qu’auront-ils à offrir à la place de leur religion moribonde et chancelante ? Que répondront ces prétendus monothéistes, ces adorateurs et pseudo-serviteurs du Dieu vivant unique, leur Créateur ? Comment justifieront-ils la longue persécution de ceux qui étaient les véritables partisans du grand Mégalistor, le suprême grand maître des Rose-croix, le PREMIER des Franc-Maçons ? « Car il est le Constructeur et l’Architecte du Temple de l’univers ; Il est le Verbum Sapienti (60c). »
« Chacun sait, écrivait Fauste, le grand Manichéen du quatrième siècle, que les Evangiles ne furent écrits ni par Jésus-Christ, ni par ses apôtres, mais longtemps après eux, par quelques inconnus qui, comprenant parfaitement qu’ils n’obtiendraient pas créance en parlant d’événements auxquels ils n’avaient pas assisté, mirent comme en-tête à leurs récits les noms des apôtres ou des disciples contemporains (61).
Dans ses commentaires sur ce sujet, A. Franck, le savant lettré hébreu de l’Institut, et traducteur de la Cabale, émet la même opinion. « Ne sommes-nous pas autorisés, demande-t-il, à considérer la Cabale comme une précieuse relique de la philosophie orientale, laquelle, transportée à Alexandrie, se mélangea à la doctrine de Platon, et sous le nom usurpé de Denis l’Aréopagite, évêque d’Athènes, converti et consacré par saint Paul, put ainsi pénétrer dans le mysticisme du moyen âge (62) ? »
De son côté Jacolliot nous dit : « Qu’est-ce donc que cette philosophie religieuse de l’orient qui a pénétré dans le symbolisme mystique du Christianisme ? Nous répondrons : Cette philosophie, dont nous trouvons les traces chez les Mages, les Chaldéens, les Egyptiens, les Cabalistes hébreux et le Christianisme, n’est rien d’autre que celle des Brahmanes hindous, les sectaires des pitris ou esprits des mondes invisibles qui nous environnent (63). »
Mais si les Gnostiques furent exterminés, la Gnose, fondée sur la secrète science des sciences, vit toujours. C’est la terre qui vient en aide à la femme et qui est destinée à ouvrir la bouche pour avaler le christianisme médiéval usurpateur et assassin de la doctrine du grand maître. L’ancienne Cabale, la Gnose, ou la connaissance secrète traditionnelle n’a jamais manqué de représentants à n’importe quelle époque et dans n’importe quel pays. Les trinités d’initiés, qu’elles soient connues de l’histoire, ou cachées sous le voile impénétrable du mystère, ont été préservées et gravées dans la mémoire des âges. Elles sont connues par les noms de Moise, Aholiab et Bezaleel, le fils d’Uri, le fils de Hur, Platon, Philon et Pythagore, etc. Nous les voyons dans la Transfiguration en Jésus, Moise et Elie, les trois Trismégistes ; et les trois cabalistes Pierre(), Jacques() et Jean(p) – dont l’apocalypse est la clé de toute sagesse. Nous les voyons à l’aube de l’histoire juive dans Zoroastre, Abraham() et Terah, et plus tard dans Enoch, Ezechiel et Daniel.
Qui parmi ceux qui se sont adonnés à l’étude des anciennes philosophies, et ont eu l’intuition de la grandeur de leurs conceptions, ou de la magnificence illimitée de leurs notions au sujet de la Divinité Inconnue, hésitera un seul instant à donner la préférence à leurs doctrines, plutôt qu’à la théologie incompréhensible, dogmatique et contradictoire des centaines de sectes chrétiennes ? Qui a jamais lu Platon et approfondi son Το̉ Ον, « que personne n’a jamais vu à l’exception du Fils », a jamais pu douter que Jésus était un disciple de la même doctrine secrète dans laquelle s’instruisit le grand philosophe ? Car, ainsi que nous l’avons déjà montré, Platon n’a jamais prétendu avoir été l’inventeur de ce qu’il enseigna, mais il l’attribuait à Pythagore qui, à son tour, affirmait que c’est dans le lointain Orient qu’il avait puisé ses connaissances et sa philosophie. Colebrooke prouve que Platon en convient dans ses lettres et avoue qu’il a tiré ses enseignements dans les anciennes doctrines sacrées (64). De plus, il est indéniable que les théologies de tous les grands peuples s’emboîtent les unes dans les autres, en démontrant que chacune n’est qu’une partie « d’un ensemble colossal ». Comme ce fut le cas chez tous les autres initiés, nous voyons Platon s’efforcer de cacher la signification véritable de ses allégories. Chaque fois que le sujet effleure un des grands secrets de la Cabale orientale, celui de la véritable cosmogonie de la nature et du monde idéal préexistant, Platon voile sa philosophie dans les ténèbres les plus épaisses. Son Timée est si confus, que seul un initié est capable d’en déchiffrer la signification secrète (65). Mosheim est d’opinion que Philon a émaillé ses œuvres de passages parfaitement contradictoires, dans le seul but de voiler la doctrine véritable. Pour une fois nous voyons un critique engagé dans la bonne voie.
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