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L’ÉGLISE : OÙ EST-ELLE ? – partie 3

Les dévots de l’Isis Egyptienne la représentaient également comme une Vierge mère, tenant son fils Horus dans les bras. Dans les Statues et bas-reliefs où elle est représentée seule, elle est ou complètement nue, ou voilée des pieds à la tête. Mais, dans les Mystères, de même que pour toutes les autres déesses, elle est entièrement voilée, comme symbole de la chasteté maternelle. Nous ne perdrions rien à emprunter aux anciens un peu du sentiment poétique de leurs religions, et de la vénération innée qu’ils avaient pour leurs symboles.

Il n’est que juste de dire que le dernier véritable chrétien, disparut avec le dernier des apôtres directs. Max Muller pose la question embarrassante : « Comment un missionnaire peut-il, dans des circonstances analogues, faire face à la surprise et répondre aux questions de ses élèves, si ce n’est en montrant la semence (16), et en leur disant ce qui devait être le christianisme, s’il ne leur fait voir également que, de même que toutes les autres religions, le Christianisme a eu son histoire. Que le Christianisme du XIXème siècle n’est pas le Christianisme du moyen âge, et que celui du moyen âge n’est pas non plus le Christianisme des premiers Conciles ; que celui des Conciles n’est pas le Christianisme des Apôtres, et que seul ce que le Christ a dit a été véritablement bien dit (17). »

Nous en concluons que la seule différence caractéristique entre le Christianisme moderne et les anciennes religions païennes est la croyance de celui-là en un diable personnel et un enfer. « Les nations aryennes n’avaient pas de diable » affirme Max Muller. « Bien que d’un caractère sombre, Pluton était un personnage respectable ; et Loki [le Scandinave] bien qu’espiègle, n’était nullement un démon. La déesse allemande, Hell, de même que Proserpine, avait vu de meilleurs jours, de sorte que, quand on prêcha aux Teutons la notion d’un diable véritable, le Seth sémite, Satan ou Diabolus, ils le traitèrent avec bonhomie (18). »

Il en est de même de l’enfer. Le Hadès était un lieu bien différent de notre région de damnation éternelle ; on pourrait l’appeler plutôt un état intermédiaire de purification. Le Hel ou Hela des scandinaves ne donne pas non plus l’impression d’un lieu de punition, car, lorsque Frigga, la mère éplorée de Bal-dur, le dieu blanc, qui mourut et se trouva dans la sombre région des ténèbres (Hades), envoya Hermod, fils de Thor, à la recherche de son fils bien aimé, le messager le trouva, certes, dans la région inexorable ! mais cependant, confortablement assis sur un roc et lisant un livre (19). De plus, le royaume de la mort norvégien est situé dans les hautes latitudes polaires ; c’est un lieu froid et désolé, et ni les salles glacées de Hela, ni l’occupation de Bal-dur, n’ont une ressemblance quelconque avec l’enfer de flammes éternelles et les pauvres pécheurs damnés dont l’Eglise l’a si généreusement peuplé. Ce n’est pas non plus l’Amenthés des Egyptiens, le lieu de jugement et de purification ; pas plus que le Anderâh, l’abîme des ténèbres hindou ; car même les anges déchus, qui y furent précipités par Shiva, sont autorisés par Para-brahm, à considérer ce lieu comme un état intermédiaire, où l’occasion leur est offerte de se préparer pour des degrés de purification plus haute, et se libérer de leur triste condition. La Géhenne du Nouveau Testament était une localité située en dehors des murs de Jérusalem, et en la mentionnant, Jésus n’a fait qu’employer une métaphore banale. D’où donc est venu ce terrible dogme de l’enfer, ce levier d’Archimède de la théologie chrétienne, au moyen duquel on a réussi à subjuguer des millions de chrétiens depuis plus de dix-neuf siècles ? Certes on ne le trouve pas dans les Ecritures juives, ce dont peut faire foi tout lettré hébreu.

L’unique mention, dans la Bible de quelque chose ressemblant à l’enfer, serait Gehenna ou Hinnom, une vallée près de Jérusalem, là où était situé Tophet, localité où l’on entretenait constamment un feu pour des besoins sanitaires. Le prophète Jeremie nous dit que les Israélites avaient l’habitude de sacrifier à cet endroit leurs enfants à Moloch-Hercule ; plus tard, nous constatons que les Chrétiens remplacèrent tranquillement cette divinité par leur dieu de miséricorde, dont la colère ne peut être apaisée que si l’Eglise lui sacrifie ses enfants non baptisés et ses fils morts dans le péché, sur l’autel de la « damnation éternelle » !

Où donc, les ecclésiastiques ont-ils si bien appris les conditions qui existent en enfer, au point de diviser ses tourments en deux catégories, le poena damni et le poena sensus, l’une étant la privation de la vision béatifique et l’autre les tourments éternels dans un étang de soufre et de feu ? S’ils prétendent que c’est dans l’Apocalypse (XX, 10) nous sommes tout prêts à leur prouver d’où le théologien Jean(p) a tiré cette idée. « Et le diable qui les séduisait fut jeté dans l’étang de feu et de soufre où sont la bête et le faux prophète, et ils seront tourmentés… aux siècles des siècles », dit-il. Laissant de côté l’interprétation ésotérique que le « diable » ou démon tentateur, signifie notre propre corps terrestre, qui après la mort est dissous dans les éléments ignés ou éthériques (20c) le mot « éternel » par lequel nos théologiens ont traduit les mots « aux siècles des siècles », n’existe pas dans la langue hébraïque, ni comme mot, ni comme signification. Il n’y a en hébreu aucun mot qui rende exactement le sens d’éternité ; עולם oulam, suivant Le Clerc, ne veut dire qu’un espace de temps dont on ignore le commencement et la fin (21). Tout en démontrant que ce mot n’a en aucune façon la signification d’une durée infinie, et que dans l’Ancien Testament le mot pour toujours ne veut dire que pendant un long espace de temps, l’Archevêque Tillotson a complètement dénaturé sa signification en ce qui concerne les tourments de l’enfer. Selon lui, lorsqu’on dit que Sodome et Gomorrhe subissent les « flammes éternelles », il ne faut le comprendre que dans le sens que le feu ne fut éteint qu’une fois que les deux cités furent entièrement consumées ; mais pour feu de l’enfer, ces mots doivent être pris dans le sens absolu d’une durée infinie. Telle est la décision du savant ecclésiastique. Car la durée de la punition des méchants doit être proportionnée à la béatitude des justes. Il dit, par conséquent, « Ils (parlant des méchants) s’en iront εις πόλαοιν αιω̃νιον à la punition éternelle ; mais les justes iront ευςζωην αιωνιον, dans la vie éternelle (22). »

Le révérend T. Swinden (23c), en commentant les théories de ses prédécesseurs, remplit un volume tout entier d’arguments incontestables, tendant à démontrer que l’Enfer est situé dans le Soleil. Nous soupçonnons fort que le révérend commentateur doit avoir lu l’Apocalypse au lit, ce qui lui aura procuré des cauchemars. Il y a deux versets dans l’Apocalypse de saint Jean(p) qui disent : « Le quatrième ange versa sa coupe sur le soleil. Et il lui fut donné de brûler les hommes par le feu ; et les hommes furent brûlés par une grande chaleur, et ils blasphémèrent le nom de Dieu (24) ». Ce n’est qu’une allégorie pythagoricienne et cabalistique, et ni Pythagore ni saint Jean(p) n’eurent la primeur de cette idée. Pythagore plaçait la « sphère de purification dans le soleil » ; de plus il place ce soleil et sa sphère au centre de l’univers (25). Cette allégorie a une double signification : 1° Symboliquement, le soleil central, spirituel, la Divinité suprême. L’âme ayant atteint cette région se purifie de ses péchés, et s’unit à son esprit à tout jamais, ayant souffert, auparavant, en passant à travers toutes les autres sphères ; 2° En plaçant la sphère de feu visible dans le centre de l’univers, il ne fait qu’enseigner le système héliocentrique, qui était du ressort des mystères, et ne se donnait que dans une initiation plus élevée. Saint Jean(p) attribue à son Verbe une signification purement cabalistique, qu’aucun des « Pères », sauf ceux qui avaient appartenu à l’école néo-platonicienne, n’était capable de comprendre. Origene le comprenait bien, lui, ayant été un disciple d’Ammonius Saccas ; c’est pour cette raison que nous le voyons courageusement nier l’éternité des tourments de l’enfer. II soutient que non seulement les hommes, mais les diables eux-mêmes (et par ce terme il voulait désigner les pêcheurs humains désincarnés) après une punition d’une certaine durée, seront pardonnés et reprendront leur place au ciel (26). À la suite de cela et d’autres hérésies analogues, Origene naturellement fut exilé.

Nombreuses ont été les théories savantes et réellement inspirées, au sujet de l’emplacement de l’enfer. Celle qui eut le plus de succès le situa au centre de la terre. Cependant, à un moment donné, certains doutes sceptiques, troublant la placidité de la croyance en cette doctrine réconfortante, surgirent à la suite des déclarations embarrassantes des savants. Ainsi que le fait observer dans notre propre siècle, le Rev. Tobias Swinden, cette théorie est inadmissible pour deux raisons : 1° il est impossible de supposer qu’il puisse exister un stock de combustible ou de soufre, suffisants pour maintenir constamment un feu aussi ardent ; et 2° que les particules nitreuses de l’air y font défaut pour la combustion. « Et comment, s’écrie-t-il, un tel feu peut-il être éternel, lorsque, de cette manière, toute la substance terrestre aura graduellement été consumée (27) ? » Ce sceptique ignorait probablement, qu’il y a déjà plusieurs siècles, saint Augustin avait résolu le problème. N’avons-nous pas la déclaration de ce savant théologien que, malgré tout, l’enfer est bien situé au centre de la terre, car « Dieu fournit l’air au feu central au moyen d’un miracle » ? L’argument est irréfutable, de sorte que nous ne voulons pas chercher à le contredire (28).

Ce furent les Chrétiens qui, les premiers, érigèrent l’existence de Satan en dogme de l’Eglise. Et, l’ayant ainsi établi, celle-ci eut à lutter pendant plus de 1.700 ans contre la force mystérieuse que sa politique lui imposait d’attribuer à une origine diabolique. Malheureusement, cette force en se manifestant, vient renverser une pareille croyance, en raison de la ridicule disproportion qu’il y a entre la cause supposée et ses effets. Si le clergé n’a pas exagéré le véritable pouvoir de « l’Archi Ennemi de Dieu », il faut avouer qu’il prend de sérieuses précautions pour ne pas être qualifié de « Prince des Ténèbres » qui en veut à nos âmes. Si les « esprits » modernes sont des diables, ainsi que le prétend l’Eglise, ils ne peuvent être que ces « pauvres, imbéciles de diables » que Max Muller décrit comme apparaissant souvent, dans les contes allemands et norvégiens.

Malgré cela, le clergé craint, par-dessus tout, de se voir forcé d’abandonner cette emprise qu’il a sur l’humanité. Il refuse de nous laisser juger l’arbre à ses fruits, car ce raisonnement pourrait parfois le placer sur un terrain dangereux. Il refuse aussi d’admettre avec ceux qui n’ont pas de parti pris, que les phénomènes du Spiritisme ont, sans contredit, spiritualisé et ramené au bien maint athée et sceptique endurci. Mais, comme ils l’avouent eux-mêmes, à quoi servirait un Pape, s’il n’existait pas de Diable ?

Et voilà pourquoi Rome met en campagne ses meilleurs avocats et prédicateurs pour sauver ceux qui périssent dans « l’abîme sans fond ». Rome délègue ses écrivains les plus habiles pour servir cette cause – bien qu’ils répudient avec indignation une pareille accusation – et dans chaque préface des ouvrages du prolifique des Mousseaux, le Tertullien français de notre siècle, nous en voyons des preuves indéniables. Ainsi, entre autres certificats d’approbation ecclésiastique, chaque volume est agrémenté du texte d’une certaine lettre adressée de Rome à ce pieux auteur, par le Père Ventura de Raulica, universellement connu. Qui n’a pas entendu parler de ce prêtre fameux ? C’est un des principaux piliers de l’Eglise romaine, Ex-Général de l’Ordre des Théatins, Consulteur de la Sacrée Congrégation des Rites, Examinateur des Evêques, et du clergé romain, etc., etc. Ce document éminemment caractéristique restera afin d’étonner les générations futures par son pur esprit de démonolâtrie et sa sincérité à toute épreuve. Nous en traduisons un passage mot à mot, et en contribuant à sa propagation nous espérons mériter la bénédiction de notre Mère l’Eglise (29).

« Cher Monsieur et excellent ami :

… Satan remporta sa plus grande victoire le jour où il réussit â faire nier son existence. Démontrer l’existence de Satan est rétablir un des dogmes fondamentaux de l’Eglise, qui servent de base au Christianisme, et sans lesquels Satan ne serait qu’un vain mot… La Magie, le mesmérisme, le magnétisme, le somnambulisme, le spiritualisme, le spiritisme, l’hypnotisme… ne sont que d’autres noms pour le SATANISME.

Dévoiler une pareille vérité et la montrer sous son jour véritable, c’est démasquer l’ennemi ; c’est dévoiler le danger immense de certaines pratiques, réputées innocentes ; c’est bien mériter de l’humanité et de la religion…

« PERE VENTURA DE RAULICA. »

A-MEN !

Voilà un honneur inattendu pour nos « guides » américains en général et les innocents « guides Indiens » en particulier. Être ainsi présentés à Rome comme princes de l’Empire d’Eblis est plus qu’ils n’auraient jamais pu espérer dans d’autres pays.

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