L’ÉGLISE : OÙ EST-ELLE ? – partie 12
Tout le dogme trinitaire, accepté par les Chrétiens, est développé dans des phrases claires et ne donnant lieu à aucune équivoque dans le Livre d’Hermès « Pimandre ». « La Lumière c’est moi » dit Pimandre, la PENSEE DIVINE, « Je suis le nous ou l’intelligence et je suis ton dieu, et je suis plus âgé que le principe humain qui s’échappe de l’ombre. Je suis le germe de la pensée, la PAROLE resplendissante, le FILS DE DIEU. Réfléchis que ce qui pense et entend en toi est le Verbe du Maître, c’est la Pensée qui est Dieu le Père… L’océan céleste, l’ÆTHER, qui coule de l’est à l’ouest, est le Souffle du Père, le Principe qui donne la vie, le SAINT ESPRIT ! » « Car ils ne sont pas du tout séparés et leur union c’est la VIE (98). »
Si ancienne que soit l’origine d’Hermès, confondue dans la nuit des temps de la colonisation égyptienne, il existe cependant, d’après les Brahmanes, une prophétie bien plus ancienne, ayant un rapport direct avec le Krishna hindou. Il est étrange, pour ne pas dire plus, que les chrétiens prétendent fonder leur religion sur une prophétie de la Bible, qu’on ne retrouve nulle part dans ce livre. Dans quel chapitre ou verset, Jehovah « le Seigneur Dieu » promet-il à Adam et Eve de leur envoyer un Rédempteur pour sauver l’humanité ? « Je mettrai inimitié entre toi et la femme », dit le Seigneur Dieu au serpent, « entre ta postérité et sa postérité ; celle-ci t’écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon (99) ».
Il n’y a, dans ces paroles, pas la moindre allusion à un Rédempteur et les intelligences les plus subtiles ne pourraient en tirer telles que nous les voyons dans le troisième chapitre de la Genèse, quoi que ce soit qui ressemble à ce que les chrétiens s’efforcent d’en tirer. D’autre part, suivant les traditions du Manou, Brahma fait une promesse directe au premier couple de leur envoyer un Sauveur qui leur enseignera le chemin du salut.
« C’est des lèvres mêmes d’un messager de Brahma, qui naîtra à Kouroukshetra, Matsya, dans le pays de Panchola, aussi nommé Kanya-Koubja [Montagne de la Vierge] que tous les hommes de la terre apprendront à connaître leur devoir », dit Manou (livre II, shlokas 19 et 20).
Les Mexicains nommaient le Père de leur Trinité Ozamna, le Fils Bacab et le Saint Esprit Echvah, « et ils prétendent l’avoir reçue [la doctrine] de leurs ancêtres (100) ». Nous trouvons la trace d’une trinité chez les nations sémitiques, dans l’époque préhistorique du fabuleux Sésostris, que plus d’un critique a identifié avec Nemrod « le puissant chasseur ». Manethon fait réprimander le roi par l’oracle, lorsqu’il lui demande : « Dis-moi, oh toi, puissant dans le feu, qui, avant moi, a pu subjuguer toutes choses ? et qui le fera après moi ? » Et l’oracle lui répond ainsi : « Premièrement Dieu, puis le Verbe, et après eux l’Esprit (101). »
C’est dans ce qui précède que nous trouvons l’origine de la haine féroce des chrétiens pour les « Païens » et les théurgistes. On avait emprunté trop de choses ; les anciennes religions et les Néo-Platoniciens avaient été mis par eux à contribution, au point de rendre le monde perplexe pendant des milliers d’années. Si les anciennes croyances n’avaient été promptement détruites, il eût été impossible de prêcher la religion chrétienne comme une Nouvelle Dispensation, où la Révélation directe de Dieu le Père, par Dieu le Fils, et sous l’influence de Dieu le Saint-Esprit. Pour faire face aux exigences politiques les Pères eurent, pour gratifier les désirs de leurs riches prosélytes, à instituer même les fêtes de Pan. Ils allèrent jusqu’à adopter les cérémonies célébrées jusqu’alors par le monde païen en honneur du Dieu des jardins dans toute leur sincérité primitive (102). Il était grand temps de mettre fin à cette liaison. Ou le culte païen et la théurgie néo-platonicienne, avec tout leur cérémonial de magie, devaient être étouffés pour toujours, ou alors les chrétiens devaient embrasser le Néo-Platonisme.
Les polémiques violentes et les duels entre Irenee et les Gnostiques sont trop connus pour qu’on revienne là-dessus. Ils se continuèrent pendant plus de deux siècles après que le peu scrupuleux évêque de Lyon eut débité son dernier paradoxe religieux. Celse(), le Néo-Platonicien, et disciple de l’école d’Ammonius Saccas, avait jeté la confusion parmi les chrétiens, et même arrêté pendant un certain temps les progrès du prosélytisme en prouvant, avec succès, que les formes originelles et pures des plus importants dogmes chrétiens ne se trouvent que dans l’enseignement de Platon. Celse() accusa les chrétiens d’adopter les pires superstitions du Paganisme et d’introduire dans leurs ouvrages des passages des livres sibyllins sans avoir bien compris leur signification. Les accusations étaient si plausibles et les faits si notoires, que pendant longtemps, aucun écrivain chrétien n’osa en prendre la défense. Origene, à la requête pressante de son ami saint Ambroise, fut le premier à la prendre en main, car, ayant appartenu à la même école platonicienne d’Ammonius, on le considérait comme la personne la plus compétente pour réfuter des accusations si bien fondées. Mais son éloquence lui fit défaut et le seul remède qu’on apporta fut la destruction de tous les ouvrages de Celse() (103c). Cela n’eut guère lieu que dans le cinquième siècle, après que de nombreuses copies eussent été prises de ces ouvrages et qu’ils eurent été lus et étudiés par de nombreuses personnes. Si aucune copie n’est parvenue jusqu’aux savants de notre génération, ce n’est pas parce qu’il n’en existe pas aujourd’hui, mais pour la simple raison que les moines d’une certaine église Orientale du Mont Athos, ne veulent ni les laisser voir, ni reconnaître qu’ils en possèdent un exemplaire (104)(104c). Peut-être ignorent-ils eux-mêmes la valeur du contenu de ces manuscrits, par suite de leur profonde ignorance.
La dispersion de l’école Eclectique était devenue le plus ardent espoir des Chrétiens ; on l’avait cherchée et contemplée avec une anxiété fébrile. Elle fut enfin obtenue. Ses membres furent dispersés par les monstres Theophilus, évêque d’Alexandrie, et son neveu Cyrille, le meurtrier de la jeune savante et innocente Hypatie (105c) !
A la suite de la mort de la fille martyrisée de Théon, le mathematicien(), il ne fut plus possible aux Néo-Platoniciens de continuer leur école à Alexandrie. Tant que vécut la jeune Hypatie, son amitié et son influence auprès d’Oreste, gouverneur de la ville, assura la sécurité et la protection des philosophes contre leurs ennemis féroces. Par sa mort ils perdirent leur plus puissant ami. Nous constatons combien elle était vénérée par tous ceux qui connaissaient son érudition, ses vertus et la noblesse de son caractère, dans les lettres que Synesius, évêque de Ptolémaïs lui adressait, et dont quelques fragments sont parvenus jusqu’à nous. « Mon cœur soupire après la présence de ton esprit divin », écrivait-il en l’an 413, « qui plus que tout autre chose calmerait l’amertume de ma destinée ». Dans une autre, il dit : « Oh, ma mère, ma sœur, mon instructeur, ma bienfaitrice ! Mon âme est fort triste. Le souvenir de mes enfants que j’ai perdus causera ma mort… Lorsque je reçois de tes nouvelles et que j’apprends que tu es plus heureuse que moi, je ne suis malheureux qu’à moitié (106). »
Quels eussent été les sentiments de ce noble et digne évêque chrétien, noble et digne entre tous, qui avait abandonné famille, enfants et bonheur pour la foi dans laquelle il avait été entraîné, si une vision prophétique lui avait révélé que la seule amie qui lui restait, sa « mère, sa sœur, sa bienfaitrice » devait sous peu devenir un amas de chair et de sang, écrasée sous le coup de massue de Pierre le Lecteur, que son jeune corps innocent serait taillé en pièces, « la chair raclée des os » avec des écailles d’huîtres et le résidu jeté dans les flammes par ordre du même évêque Cyrille, qu’il connaissait si bien, ce Cyrille qui plus tard fut CANONISE comme saint (107) !!.
Aucune religion du monde n’a eu une histoire aussi sanglante que le Christianisme. Toutes les autres, y compris les féroces batailles du « peuple élu » contre leurs proches parents, les tribus idolâtres d’Israël, pâlissent devant le fanatisme meurtrier des partisans du Christ ! L’extension rapide du Mahométisme conquérant par le glaive du prophète de l’Islam est une conséquence directe des batailles et des rixes sanglantes parmi les Chrétiens. Ce fut la guerre intestine entre les partisans de Nestor (Nestorius) et de Cyrille qui donna naissance à l’Islamisme ; et ce fut dans le couvent de Bozrah que la prolifique semence fut premièrement plantée par Bahira, le moine nestorien. Arrosé par des fleuves de sang, l’arbre de la Mecque s’est développé au point que dans le siècle actuel il abrite près de deux cents millions de fidèles. Les récents massacres bulgares (108) sont le résultat naturel du triomphe de Cyrille et des adorateurs de Marie.
Le politicien cruel et rusé, le moine conspirateur, glorifié dans l’histoire religieuse et couronné de l’auréole du saint ; les philosophes dépouillés, les Néo-Platoniciens et les Gnostiques journellement anathématisés par l’Eglise, dans le monde entier et pendant de longs siècles ; la malédiction d’une Divinité indifférente invoquée à tout instant sur les rites magiques et la pratique théurgique, et le clergé chrétien, lui-même, s’adonnant à la sorcellerie pendant des siècles ; des êtres comme Catherine de Medicis, Lucrec Borgiia, Jeanne de Naples, et Isabelle d Espagne présentés au monde comme les enfants dévoués de l’Eglise, quelques-uns d’entre eux, même décorés par le Pape de l’ordre de la « Rose Immaculée » l’emblème le plus sublime de la pureté et de la vertu féminines, symbole le plus sacré de la Vierge Mère de Dieu ! Voilà quels sont les exemples de la justice humaine ! Combien moins blasphématoire nous apparaît le rejet de Marie en tant que déesse immaculée, que son culte idolâtre accompagné de pratiques pareilles.
Nous présenterons, dans le chapitre suivant, quelques exemples de sorcellerie, tels qu’ils furent pratiqués sous le patronage de l’Eglise Romaine.