L’ÉGLISE : OÙ EST-ELLE ? – partie 10
Si nous nous arrêtons maintenant pour jeter un coup d’œil sur un dogme fondamental du Christianisme, la doctrine de la rédemption, nous n’aurons aucune difficulté à lui trouver une origine païenne. Cette pierre angulaire d’une Eglise qui s’enorgueillissait d’être édifiée sur le roc pour de longs siècles a été maintenant mise au jour par la science, et on a montré son origine Gnostique. Le professeur Draper démontre que ce dogme était à peine connu du temps de Tertullien, et qu’il avait « pris naissance chez les hérétiques gnostiques (69) ». Nous ne nous permettrions pas de contredire une si haute autorité, si ce n’est pour suggérer que ce dogme n’a pas plus pris naissance chez eux, que leur notion du Christos, l’oint du Seigneur, et leur Sophia. Le premier fut copié d’après le « Messie Roi » originel, le principe mâle de la sagesse, et l’autre d’après la 3ème Séphiroth de la Cabale (70) Chaldéenne, voire même d’après le Brahmâ hindou et Sarasvati (71) et les Dionysius et Déméter païens. Ici nous sommes sur terre ferme, puisqu’il a été maintenant prouvé que le Nouveau Testament n’avait pas paru, dans sa forme complète, telle que nous le possédons aujourd’hui, sinon trois cents ans après l’époque des apôtres (72), et que le Zohar et d’autres ouvrages cabalistiques datent du premier siècle avant notre ère, s’ils ne sont pas encore bien plus âgés.
Les Gnostiques avaient beaucoup d’idées en commun avec les Esséniens ; et ceux-ci possédaient déjà leurs Mystères « majeurs et mineurs » deux siècles avant notre ère. C’était les Ozarim ou Initiés, les descendants des hiérophantes égyptiens, dans le pays desquels ils s’étaient établis plusieurs siècles avant leur conversion au Bouddhisme monastique par les missionnaires du Roi Asoka, et par la suite ils s’amalgamèrent avec les chrétiens primitifs ; ils avaient probablement existé avant que les anciens temples égyptiens n’aient été profanés et détruits pendant les continuelles invasions des Perses, des Grecs et d’autres hordes conquérantes. Les hiérophantes faisaient représenter leur rédemption dans le mystère de l’initiation, des siècles avant l’apparition des Gnostiques ou même des Esséniens. Elle était connue, chez les hiérophantes, sous le nom de BAPTEME DU SANG, et on la considérait non comme une expiation pour la « Chute de l’homme » dans l’Eden, mais simplement comme une expiation pour les péchés du passé, du présent et de l’avenir, de l’humanité ignorante, mais corrompue. L’hiérophante avait le choix entre offrir aux dieux, qu’il espérait rejoindre, sa vie pure et sans tache en sacrifice pour sa race, ou une victime animale. Cela ne dépendait que de sa propre volonté. Au dernier moment de la solennelle « nouvelle naissance », l’initiateur transmettait le « mot » à l’initié, et immédiatement après avoir placé une arme dans sa main droite, il lui ordonnait de frapper (73c1)(73c2)(73c3). Voilà la véritable origine du dogme Chrétien de la rédemption.
Certes, nombreux furent les « Christs » dans les âges préchrétiens. Mais ils moururent ignorés du monde et disparurent aussi silencieusement et mystérieusement de la vue des hommes que Moise du sommet de Pisgah, la montagne de Nebo (sagesse oraculaire) après avoir imposé les mains à Josue, qui de ce moment fut « rempli de l’esprit de sagesse » (c’est-à-dire qu’il fut initié).
Le mystère de l’Eucharistie n’est pas non plus la propriété exclusive des chrétiens. Godfrey Higgins démontre qu’il fut institué plusieurs siècles avant la « Sainte Cène », et il dit que « le sacrifice du pain et du vin était commun à beaucoup de nations (74) ». Ciceron en fait mention dans ses ouvrages et s’étonne de l’étrangeté du rite. Une signification ésotérique s’y rattachait dès le début de l’établissement des Mystères, et l’Eucharistie est un des plus anciens rites de l’antiquité. Chez les hiérophantes, il avait à peu près la même signification que chez les chrétiens. Cères représentait le Pain et Bacchus le Vin (75), la première étant la régénération de la vie au moyen de la semence, et l’autre – le raisin – l’emblème de la sagesse et de la connaissance, l’accumulation de l’esprit des choses, la fermentation et la puissance subséquente de la connaissance ésotérique, étant symbolisées par le vin. Le mystère avait une relation avec le drame de l’Eden ; il fut, dit-on, enseigné d’abord par Janus, qui fut aussi le premier à introduire dans les temples le sacrifice du « pain » et du « vin » pour commémorer la « chute dans la génération » sous le symbole de la « semence ». « Je suis la vigne et mon Père est le vigneron », dit Jésus [Jean XV, 1] en faisant allusion à la connaissance secrète qu’il pouvait enseigner. « Je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu’au jour où je le boirai de nouveau dans le royaume de Dieu. » [Marc XIV, 25].
La fête des Mystères d’Eleusis commençait dans le mois de Boëdromion, correspondant à celui de septembre, époque de la vendange, et durait du 15 au 22 du mois, c’est-à-dire pendant sept jours (76). La fête juive des Tabernacles commençait le 15 et terminait le 22 du mois d’Ethanim, que Dunlap affirme avoir été dérivé de Adonim, Adonia, Attenim, Ethanim (77) ; dans l’Exode (XXIII, 16), cette fête porte le nom de fête de la moisson. « Tous les hommes d’Israël se réunirent auprès du roi Salomon, au mois d’Ethanim, qui est le septième mois, pendant la fête (78). »
Plutarque estime que la fête des loges était un rite Bachique, et non pas Eleusinien. Donc « on évoquait directement Bacchus », dit-il. Le culte Sabazien était sabbatique ; les noms de Evius ou Hévius, et Luaïos sont identiques à ceux de Hivite et Lévite. Le nom français Louis, est le Lévi hébreu ; de même que Iacchus est le Iao ou Jéhovah ; Baal ou Adon comme Bacchus était un dieu phallique. « Qui pourra monter à la montagne de l’Eternel ? (l’endroit élevé) » s’écrie le saint roi David(), « qui s’élèvera jusqu’à la place de son Kadoushou ושדק ? » (Psaumes, XXIV, 3). Kadesh peut avoir dans un sens la signification de consacrer, vénérer, sanctifier, et même d’initier, de mettre à part ; mais il veut aussi dire l’usage de rites lascifs (culte de Vénus) et la véritable interprétation du mot Kadesh est donnée au Deutéronome, XXIII, 17 ; Osée, IV, 14 ; et Genèse, XXXVIII du verset 15 au 22. Les « saintes » Kadeshuth de la Bible étaient identiques, quant à leur profession, aux Femmes-Nautch, à une époque plus récente dans les pagodes hindoues. Les Kadeshim hébreux ou galli, vivaient « dans la maison de l’Eternel et où les femmes tissaient des tentures pour le bosquet », ou pour le buste de Vénus Astarté, dit le septième verset du 23ème chapitre du 9ème Livre des Rois.
La danse exécutée par David() autour de l’arche était la « danse du cercle » qu’on dit avoir été instituée par les Amazones pour les Mystères. C’était la même danse que pratiquaient les filles de Siloh (Juges, XXI, 21 et 33 et passim) et les prophètes de Baal en sautant devant leur idole (Rois, XVIII, 26). Cette danse était caractéristique du culte sabbéen, car elle représentait le mouvement des planètes autour du soleil. Il n’y a pas de doute que cette danse était une folie bachique. À cette occasion on se servait de sistres, et le reproche de Mical ainsi que la réponse du roi sont tout à fait expressifs. « Le roi d’Israël se découvrit devant ses servantes, ainsi que se découvrent sans honte les vains compères [débauchés] ». Et il ajoute : « Je jouerai [j’agirai lubriquement] devant יהוה , et je serai plus vil encore, et je me rabaisserai à mes propres yeux (79) ». Si nous nous rappelons que David() avait séjourné parmi les Tyriens et les Philistins, où ces rites étaient communs, et qu’il avait arraché cette contrée à la maison de Saul(), à l’aide de mercenaires de leurs pays, l’acceptation et peut-être aussi l’introduction d’un culte païen de cette nature par le faible « psalmiste » n’a rien qui doive nous surprendre. David() ne savait rien de Moise, à ce qu’il paraît, et s’il introduisit le culte de Jéhovah, ce ne fut pas dans son caractère monothéiste, mais simplement comme l’un des nombreux dieux des nations avoisinantes – divinité tutélaire à laquelle il avait donné la préférence, et qu’il avait choisie entre « tous les autres dieux ».
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