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L’ÉGLISE : OÙ EST-ELLE ? – partie 1

« Qu’il soit ANATHEME… quiconque dira que les Sciences humaines doivent se poursuivre dans un tel esprit de liberté, qu’il soit permis de prendre leurs assertions pour vraies même lorsqu’elles sont en opposition avec la doctrine révélée. »

Concile Œcuménique de 1870.

« Gloucester. – L’Eglise ! Où est-elle ? »

Henri VI. Acte I. Scène I. Shakespeare.

Soixante mille hommes (60.428) aux Etats-Unis d’Amérique reçoivent un salaire pour enseigner la Science de Dieu et Ses relations avec Ses créatures.

Ces hommes s’engagent à nous transmettre la connaissance qui traite de l’existence, du caractère et des attributs de notre Créateur ; de Ses Lois et de Son gouvernement ; des doctrines auxquelles nous devons croire et des devoirs que nous devons pratiquer. Parmi ceux-ci, cinq mille (5.141) (1) avec l’appoint de 1.273 étudiants en théologie pour leur venir en aide par la suite, enseignent cette science à cinq millions d’âmes suivant la formule prescrite par l’évêque de Rome. Cinquante-cinq mille (55.287) ecclésiastiques, fixes et voyageurs, représentant quinze sectes différentes (2), se contredisant toutes les unes les autres sur des questions théologiques plus ou moins vitales, instruisent, dans leurs doctrines respectives, trente-trois millions (33.500.000) d’autres personnes. Parmi ceux-ci, beaucoup d’entre eux enseignent suivant les canons de la branche cis-atlantique d’une église établie qui reconnaît la fille de feu le duc de Kent pour son chef spirituel. Il y a quelques centaines de mille Juifs ; quelques milliers d’Orientaux de toutes sortes ; et quelques rares individus qui appartiennent à l’Eglise grecque. Un homme à Salt Lake City, qui a dix-neuf femmes et plus d’une centaine d’enfants et petits-enfants, est le chef spirituel de quatre-vingt-dix mille âmes, qui croient qu’il est en rapport fréquent avec les dieux – car les Mormons sont Polythéistes de même que Polygames, et leur dieu principal est représenté comme habitant une planète à laquelle ils ont donné le nom de Colob.

Le Dieu des Unitaires est célibataire ; la Divinité des Presbytériens, des Méthodistes, des Congrégationnistes et des autres sectes orthodoxes protestantes, est un Père sans épouse, ayant un Fils qui est identique à Lui. On a dépensé une somme de $ 354.485.581 pour construire les soixante-deux mille et quelques églises, maisons de prière et de réunions où l’on enseigne toutes ces doctrines théologiques contradictoires. La valeur des presbytères protestants seuls, qui abritent les pasteurs et leurs familles est estimée à environ $ 54.115.297. La somme de seize millions de dollars (16.179.387) est en outre contribuée annuellement pour les dépenses des sectes protestantes seulement. Une église presbytérienne à New-York à elle seule a coûté en chiffres ronds un million de dollars ; un autel catholique à lui tout seul en a coûté le quart.

Nous ne mentionnerons pas la multitude des sectes plus petites, des communautés et des extravagantes petites hérésies originales qui naissent une année dans ce pays et meurent l’année suivante, comme autant de champignons après un jour de pluie. Nous ne nous arrêterons même pas à faire mention des soi-disant millions de spirites, car la plupart d’entre eux n’ont même pas le courage de se séparer de leurs sectes respectives. Ce sont les Nicodèmes de la porte de derrière.

Et maintenant demandons avec Pilate : Qu’est-ce que la Vérité ? Où faut-il la chercher dans cette multitude de sectes antagonistes ? Chacune prétend être basée sur la révélation divine ; chacune se targue de posséder la clé des portes du ciel. Laquelle est en possession de cette vérité rare ? Ou bien devons-nous conclure avec le philosophe bouddhiste : « Il n’y a qu’une seule vérité sur la terre, et elle est immuable ; la voici : il n’existe sur terre aucune vérité ! »

Bien que nous n’ayons aucune envie d’empiéter sur le terrain foulé tant de fois par les savants qui ont démontré que tout dogme chrétien a son origine dans un rite païen, néanmoins les faits qu’ils ont mis à jour depuis l’affranchissement de la science ne perdent rien à être répétés. En outre notre but est d’examiner ces faits à un point de vue différent et peut-être nouveau ; celui des anciennes philosophies prises ésotériquement. C’est à peine si nous les avons effleurées dans les deux premiers tomes. Nous allons nous en servir comme étalon de comparaison des dogmes et des miracles chrétiens avec les doctrines et les phénomènes de l’ancienne magie, et la « Nouvelle Dispensation » moderne, ainsi que le Spiritisme est dénommé par ses adeptes. Puisque les matérialistes nient les phénomènes sans même les étudier, et puisque les théologiens, en les admettant, ne nous laissent que le choix entre deux absurdités palpables – le Diable ou les miracles – nous ne pouvons pas perdre grand-chose en nous adressant aux théurgistes, qui, eux, nous aideront peut être à jeter un flot de lumière sur un sujet particulièrement ténébreux.

Le professeur A. Butlerof, de l’Université Impériale de Saint-Pétersbourg, dit dans une publication récente, intitulée Manifestations médiumniques : « Que ces faits (ceux du spiritisme moderne) soient du nombre de ceux plus ou moins connus des anciens qu’ils soient identiques à ceux qui, dans les âges obscurs, donnaient une importance aux prêtres Egyptiens ou aux augures Romains ; qu’ils forment, même la base de la sorcellerie de nos Shamans sibériens ; qu’ils soient tout cela, si ce sont des faits véritables, cela ne nous importe pas. Tous les faits dans la nature appartiennent à la science, et chaque addition à ce domaine l’enrichit au lieu de l’appauvrir. Si l’humanité a admis une vérité et qu’elle la nie ensuite dans l’aveuglement de son orgueil, le fait de revenir à sa compréhension constitue un pas en avant et non un pas en arrière. »

Du jour où la science moderne donna ce qu’on peut considérer comme le coup mortel à la théologie dogmatique, en admettant que la religion est pleine de mystères, et que les mystères sont antiscientifiques, l’état mental des classes éduquées a présenté un aspect curieux. Dès ce moment, la société paraît se maintenir en équilibre par une seule jambe qu’on ne voit pas sur une corde tendue entre notre univers visible et le monde invisible ; craignant à tout instant de voir le bout rattaché à la foi se détacher soudain et la précipiter dans la destruction finale.

La grande masse de ceux qui se disent Chrétiens peut se diviser en trois groupes inégaux, les matérialistes, les spirites et les Chrétiens proprement dits. Les matérialistes et les spirites font cause commune contre les prétentions hiérarchiques du clergé ; celui-ci, de son côté, les dénonce aussi bien les uns que les autres avec la même véhémence. Les matérialistes sont aussi peu d’accord entre-eux que les sectes chrétiennes elles-mêmes ; les Comtistes, ou comme ils s’intitulent, les positivistes, étant exécrés et honnis au dernier degré par toute les écoles de penseurs, dont l’une est honorablement représentée en Angleterre par Maudsley. Rappelons-nous que le positivisme est cette « religion » de l’avenir, contre le fondateur de laquelle, Huxley, lui-même s’est élevé dans sa fameuse conférence The Physical Basis of Life. Maudsley, de son côté, se crut obligé de s’exprimer comme suit, au nom de la science moderne : « Ne nous étonnons pas si les hommes de science renient Comte comme leur législateur, et qu’ils protestent contre le roi qu’on veut leur imposer. N’ayant aucune obligation personnelle envers ses œuvres – et reconnaissant jusqu’à quel point, il a faussement représenté l’esprit et les prétentions de la science – ils répudient le serment de fidélité que ses disciples enthousiastes voudraient leur imposer, et que l’opinion populaire tend de plus en plus à considérer comme naturelle. Ils n’ont pas tort d’armer à temps leur indépendance, car si ce n’est bientôt fait, il sera bientôt trop tard pour l’affirmer utilement (3) ». Lorsqu’une doctrine matérialiste est répudiée à ce point par deux matérialistes tels que Huxley et Maudsley, il est grand temps de reconnaître qu’elle est l’absurdité même.

Chez les Chrétiens il n’y a que désaccord. Leurs diverses églises représentent tous les degrés des croyances religieuses depuis la crédulité omnivore de la foi aveugle, jusqu’à cette déférence condescendante et altière envers la Divinité qui voile à peine la conviction de leur propre sagesse divine. Toutes ces sectes croient plus ou moins à l’immortalité de l’âme. Quelques-unes admettent comme un fait les rapports entre les deux mondes ; d’autres en font une affaire de sentiment ; il y en a qui les nient d’emblée ; et il n’en est que peu pour observer une attitude d’attente réfléchie.

Mordant le frein qui la retient, et faisant des vœux pour le retour des âges obscurs, l’Eglise Romaine regarde d’un mauvais œil les manifestations diaboliques ; elle laisse entendre ce qu’elle réserverait à leurs défenseurs si elle avait encore son pouvoir de jadis. S’il n’était évident que la science la tient elle-même sur la sellette et qu’elle a les mains liées, elle serait prête, sans préavis, à renouveler dans ce XIXème siècle les scènes révoltantes des siècles passés. Quant au clergé protestant, sa haine contre le spiritisme est si intense, qu’un journal fait la judicieuse remarque suivante : « Ils sont d’accord pour détruire la foi publique en tous les phénomènes spirites du passé, tels qu’ils sont relatés dans la Bible, afin de voir la pestilentielle hérésie moderne frappée au cœur (4). »

Faisant retour aux lois mosaïques, depuis longtemps tombées en désuétude, l’Eglise romaine prétend posséder le monopole des miracles, ainsi que le droit de les juger, en étant l’unique héritière par droit de succession directe. L’Ancien Testament, proscrit par Colenso, ses prédécesseurs et contemporains, est rappelé de son exil. Les prophètes que Sa Sainteté le Pape consent enfin à placer sinon sur le même pied que lui-même, du moins à une moindre distance (5), sont époussetés et nettoyés. Le souvenir de tout l’abracadabra démoniaque est évoqué à nouveau. Les horreurs blasphématoires du paganisme, son culte phallique, les miracles thaumaturgiques exécutés par Satan, les sacrifices humains, les incantations, les sortilèges, la magie et la sorcellerie sont remis en mémoire et le DEMONISME est placé en regard du spiritisme afin de leur permettre de se reconnaître et de s’identifier. Nos démonologues modernes ont soin d’ignorer quelques détails insignifiants, parmi lesquels nous reconnaissons la présence indéniable du phallisme païen, parmi les symboles chrétiens. Nous pourrions aisément démontrer qu’un puissant élément spirituel de ce culte existe dans le dogme de l’Immaculée conception de la Vierge, Mère de Dieu ; de même que nous avons la preuve d’un culte physique de fétiches dans l’adoration des saints membres des saints Cosme et Damien, à Isernia, près de Naples ; qu’un trafic lucratif était annuellement exercé par le clergé en ex-votos de cire, jusqu’à il y a à peine un demi-siècle (6).

Certes, les écrivains catholiques ont tort de déverser leur bile dans des phrases comme celle-ci : « Dans beaucoup de pagodes, la pierre phallique revêt constamment, ainsi que le babylos grec, la forme brutale et indécente du lingham… le Maha Deva (7). » Avant de souiller un symbole, dont la haute signification métaphysique est trop profonde pour les champions modernes de cette religion sensualiste par excellence, le catholicisme romain, ils devraient détruire leurs temples les plus anciens et en changer la forme des coupoles. Le Mahadéva d’Elephanta, la Tour Ronde de Bhangulpore, les minarets de l’Islam, qu’ils soient arrondis ou pointus, sont les modèles originaux du Campanile de saint Marc à Venise, de la cathédrale de Rochester et du Dôme plus moderne de Milan. Tous ces clochers, tourelles, dômes, ainsi que les temples chrétiens, sont des reproductions de l’idée primitive du lithos ou phallus érigé. « La tour occidentale de la cathédrale de Saint-Paul à Londres, dit l’auteur de The Rosicrucians, est un des doubles lithoï érigés devant chaque temple, tant chrétien que païen. » De plus, dans toutes les églises chrétiennes, a et surtout dans les temples protestants, où elles occupent une place très apparente, les deux tables de pierre de la Loi de Moise se trouvent côte à côte au-dessus de l’autel, réunies en une seule et dont la partie supérieure est arrondie… La pierre de droite est mâle, celle de gauche est femelle (8) ». Par conséquent ni les Catholiques, ni les Protestants ne devraient parler des « formes indécentes » des monuments païens, tant qu’ils ornent leurs propres temples avec les symboles du Lingham et du Yoni, et même qu’ils gravent sur ceux-ci les lois de leur Dieu.

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