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Hérésies chrétiennes primitives et sociétés secrètes – Partie 4

Nous avons la preuve combien peu était comprise la philosophie de l’antique doctrine secrète, par l’atroce persécution des Templiers par l’Eglise, et dans l’accusation qu’on leur portait d’adorer le Diable sous la forme d’un bouc – Baphomet ! Sans vouloir approfondir les anciens Mystères Maçonniques, nous sommes certains qu’il n’y a pas de maçon – de ceux qui savent quelque chose bien entendu – qui ne soit au courant de la véritable relation entre Baphomet et Azazel, le bouc émissaire du désert (777c), dont le caractère et la signification ont été entièrement faussés dans les traductions chrétiennes. « Ce terrible et vénérable nom de Dieu », dit Lanci (778c), bibliothécaire du Vatican, « par la plume des glossaires bibliques, a été un diable, une montagne, un désert, et un bouc. » Dans la « Royal Masonic Cyclopedia » de Mackenzie, l’auteur fait observer avec raison que « ce mot devrait être divisé en Azaz et El », car « il veut dire le Dieu de la Victoire, mais il est employé ici dans l’acception de l’auteur de la Mort, en contraste avec Jéhovah l’auteur de la Vie ; on offrait à ce dernier un bouc mort en sacrifice (779) ». La Trinité hindoue se compose de trois personnes, qui peuvent se convertir en une. La Trimurti est une, et indivisible dans son abstraction, et cependant nous constatons qu’une division métaphysique a lieu dès l’abord et tandis que Brahmâ, bien que représentant collectivement tous les trois, reste dans la coulisse, Vichnou est le dispensateur de Vie, le Créateur et le Préservateur, et Siva est le Destructeur et la Divinité qui donne la Mort. « Mort au Dispensateur de la Vie, Vie à celui qui donne la mort. L’antithèse symbolique est grandiose et belle » dit Gliddon (780c). Le Deus est Dæmon inversus des cabalistes devient alors compréhensible. Ce n’est que le désir intense et cruel d’effacer le dernier vestige des anciennes philosophies en faussant leur signification, de peur que ses propres dogmes ne leur soient pas correctement attribués, qui a poussé l’Eglise catholique à exercer une telle persécution systématique envers tous les Gnostiques, les Cabalistes et même envers les comparativement innocents Franc-maçons.

Hélas ! hélas ! Combien peu la divine semence semée à profusion par la main du doux philosophe de Judée, a-t-elle pris racine et porté son fruit ! Si celui qui flétrissait l’hypocrisie, qui prémunissait contre la prière publique, et en méprisait les exhibitions inutiles, pouvait jeter un regard attristé sur cette terre, depuis les régions de la béatitude éternelle, il verrait que cette semence n’est tombée ni sur un rocher stérile, ni sur le bord du chemin. Bien au contraire, elle a germé dans un terrain fertile ; un terrain engraissé jusqu’à la pléthore, par les mensonges et le sang des hommes !

« Car, si la vérité de Dieu a été rehaussée, à sa gloire, par mon mensonge, pourquoi, moi aussi, suis-je encore jugé comme pécheur ? » demande avec naïveté saint Paul, le meilleur et le plus sincère des apôtres. Puis il ajoute : « Ne ferons-nous pas le mal, pour qu’il en arrive du bien ! » (Romains III, 7-8). Voilà une confession qu’on veut nous faire passer comme ayant été directement inspirée de Dieu ! Si elle ne l’excuse pas, elle explique la maxime adoptée plus tard par l’Eglise, que « c’est un acte de vertu de tromper et de mentir, si par ce moyen les intérêts de l‘Eglise sont promus (781) ». Cette maxime fut appliquée dans son sens le plus étendu par ce professeur accompli de faux, l’Arménien Eusebe ; ou mieux encore par ce saint nitouche, Kaléidoscope biblique, Irenee. Ces hommes étaient suivis d’une armée de pieux assassins, qui, entre temps, avaient fait de sérieux progrès dans l’art de tromper, en proclamant qu’il était même légitime de tuer, si, par le meurtre, on arrivait à donner de la vigueur à la nouvelle religion. Theophilus, « cet ennemi acharné de la paix et de la vertu », comme on qualifiait ce célèbre évêque ; Cyrille, Athanase, le meurtrier d’Arius(), et toute une armée d’autres « Saints » canonisés, n’étaient que les dignes successeurs de saint Constantin, qui noya sa femme dans de l’eau bouillante ; qui massacra son jeune neveu ; qui, de sa propre et pieuse main, assassina deux de ses beaux-frères ; qui tua son propre fils Crispus, qui saigna à mort plusieurs hommes et femmes, et noya dans un puits un vieux moine. Malgré tout cela, Eusebe nous dit que cet Empereur chrétien fut récompensé par une vision du Christ, en personne, portant sa croix, qui lui ordonna de marcher vers de nouveaux triomphes, certain qu’il pouvait être de sa protection !

C’est à l’ombre de l’étendard Impérial et de sa célèbre devise In hoc signo vinces, que le Christianisme « visionnaire », qui n’avait progressé qu’avec peine depuis l’époque d’Irenee, proclama ses droits en pleine lumière du jour. Le Labarum avait probablement fourni le modèle de la vraie croix, qui fut découverte « miraculeusement » et conformément à la volonté impériale, quelques années plus tard. Il n’a fallu rien de moins qu’une telle vision remarquable, mise en doute de façon impie par certains critiques, dont le Dr Lardner, et un nouveau miracle par-dessus le marché, pour découvrir une croix là où il n’y en avait jamais eu. Toutefois nous devons, ou bien croire au phénomène ou alors le discuter, au risque de passer pour des infidèles ; et cela, malgré le fait que des calculs consciencieux constateraient que les fragments de la « vraie croix » se sont multipliés plus miraculeusement encore que les cinq pains de la boulangerie invisible et les deux poissons. Dans des cas analogues, les miracles qui viennent se placer si à propos, ne laissent pas de place pour les faits brutaux. L’histoire doit céder le pas afin que la fiction puisse entrer en jeu.

Si la doctrine du prétendu fondateur de la religion chrétienne est aujourd’hui prêchée, dix-neuf siècles écoulés avec plus ou moins de succès dans tous les coins du globe, nous sommes autorisés à croire qu’il serait plus étonné et consterné que qui que ce soit de la doctrine qu’on lui attribue. Dès le début, on a adopté un système de falsification délibérée. On jugera jusqu’à quel point Irenee était décidé à écraser la vérité pour édifier une Eglise à lui, sur les ruines des sept églises primitives mentionnées dans l’Apocalypse, par sa querelle avec Ptolemee. Et voilà encore un cas où la foi aveugle est incapable de l’emporter sur la preuve.

L’histoire ecclésiastique nous enseigne que la mission du Christ n’eut qu’une durée de trois années. Sur ce point il y a une contradiction flagrante entre les trois premiers synoptiques et le quatrième évangile ; mais c’est à Irenee qu’il échut de démontrer, déjà en l’an 180 de notre ère – époque probable où ce père écrivit ses ouvrages contre les hérésies – que même des piliers de l’Eglise comme lui, ou bien ne savaient rien de certain à cet égard, ou alors mentirent de propos délibéré et falsifièrent les dates afin de servir leurs besoins. Ce digne Père était si anxieux de répondre à toutes les objections contre ses plans, qu’il ne reculait devant aucun mensonge ou sophisme. Comment devons-nous comprendre la phase suivante, et quel est le falsificateur dans le cas ? Ptolemee() soutenait que Jésus était trop jeune pour avoir enseigné quoi que ce soit d’important ; et il ajoute que « le Christ n’a prêché que pendant une seule année, et a souffert le douzième mois ». En ceci la différence n’est pas grande entre Ptolemee() et les Evangiles. Mais Irenee, emporté par son but loin des limites de la prudence, d’une simple différence entre un et trois ans, en fait dix et même vingt ans ! « Renversant toute son œuvre [celle du Christ], et le frustrant de cet âge, qui est nécessaire et plus honorable que tout autre ; je parle de cet âge avancé pendant lequel aussi, comme instructeur il surpassa tous les autres. » Puis n’ayant aucune donnée certaine sur laquelle se baser, il se rejette sur la tradition, et prétend que le Christ prêcha pendant plus de DIX ans ! (livre II. c. 22, pp. 4-5). Autre part il donne à Jésus l’âge de cinquante ans.

Mais revenons à notre sujet qui est celui de faire connaître les diverses origines du Christianisme, ainsi que les sources où Jésus puisa ses propres notions de Dieu et de l’humanité.

Les Koïnobi habitaient l’Egypte, où Jésus passa se première enfance. On les confondait généralement avec les Thérapeutes, qui étaient une branche de cette société fort répandue. Telle est l’opinion de Godfrey Higgins et du Dr Rebold. Après la chute des principaux sanctuaires, chute qui commença déjà à l’époque de Platon, les nombreuses différentes sectes, comme celles des Gymnosophes et des Mages – desquels Clearque fait, bien à tort, dériver les premiers – les Pythagoriciens, les Soufis et les Rishis du Cachemire, instituèrent une espèce de Franc-maçonnerie internationale et universelle parmi leurs sociétés ésotériques. « Ces Rishis », nous dit Higgins, « sont les Soufis, les Esséniens, les Carmélites, ou les Nazarites du Temple (782). » « Cette science occulte, connue des prêtres de l’antiquité sous le nom de feu régénérateur« , dit le Père Rebold, « … science qui pendant plus de 3.000 ans fut la propriété exclusive des prêtres [hindous et égyptiens], à la connaissance de laquelle Moise fut initié à Héliopolis, où il reçut son éducation ; et Jésus parmi les prêtres Esséniens de [l’Egypte ou de] la Judée ; et au moyen de laquelle ces deux grands réformateurs, et tout particulièrement ce dernier exécutèrent beaucoup des miracles mentionnés dans les Ecritures (783).

Platon affirme que la religion mystique des Mages, connue sous le nom de Machagistia, est la forme de culte des choses divines, la moins corrompue. Plus tard, les Mystères des sanctuaires Chaldéens y furent incorporés par un des Zoroastres et par Darius Hystaspes (784c). Ce dernier la compléta et la perfectionna beaucoup à l’aide de la connaissance qu’il obtint chez les ascètes de l’Inde, dont les rites étaient identiques à ceux des Mages initiés (785). Ammien Marcellin, dans son histoire de l’expédition perse de Julien-, raconte qu’un jour, lorsque Hystaspes pénétrait courageusement dans les régions inconnues de l’Inde septentrionale, il arriva à un endroit boisé solitaire, dont les retraites tranquilles étaient « occupées par ces éminents sages, les Brachmanes (ou Shamans). Instruit par eux dans la science du mouvement des mondes et des corps célestes, et dans les purs rites religieux… il les incorpora à la doctrine des Mages. Ceux-ci rattachèrent cette doctrine à leur science particulière de prédire l’avenir, et ce furent leurs descendants qui transmirent le tout ensemble à la postérité (786) ». C’est de ces descendants, que les Soufis, composés principalement de Perses et de Syriens, ont acquis leurs connaissances en astrologie et en médecine, ainsi que la doctrine ésotérique de l’antiquité. « La doctrine des Soufis », dit C.-W. King(), « renfermait l’idée sublime d’une croyance universelle, qui pouvait être pratiquée secrètement en professant une religion extérieure quelconque ; et, de fait, cette doctrine adoptait le même point de vue au sujet des systèmes religieux, que celui des philosophes de l’antiquité par rapport à ces questions (787). » Les mystérieux Druses du Mont Liban sont les descendants de tous ceux-ci. On voit quelquefois, bien qu’on ne les rencontre que rarement, des Coptes solitaires, étudiants sincères, dispersés, ici et là, à travers les déserts sablonneux de l’Egypte, de l’Arabie Pétrée, de la Palestine et des forêts impénétrables de l’Abyssinie. Les disciples de cette mystérieuse école appartiennent à diverses nationalités, et les rejetons du tronc primitif sont aussi fort, nombreux. Le secret gardé par ces sous-loges, ainsi que par la grande loge suprême a toujours été en proportion de l’activité de la persécution religieuse ; et aujourd’hui devant le matérialisme croissant, leur existence même devient un mystère (788).

Mais ce n’est pas une raison pour croire que cette fraternité mystérieuse n’est qu’une fiction qui n’a même pas de nom, bien qu’elle soit encore ignorée jusqu’à ce jour. Il importe peu que ses affiliés portent un nom hindou, égyptien ou persan. Des personnes dignes de foi, et bien connues, outre l’auteur du présent ouvrage (qui relate quelques faits les concernant, par l’autorisation spéciale de celui qui a le droit de la donner) ont rencontré certains membres de ces sous-confréries. Dans un ouvrage récent et fort précieux sur les sociétés secrètes, la Royal Masonic Cyclopedia, de K. R. H. Mackenzie, nous voyons le savant auteur lui-même, membre honoraire de la Loge de Canongate Kilwinning N° 2 (Ecosse) et un maçon auquel on n’en fait pas accroître, donner la description suivante sous le titre, Hermetic Brothers of Egypt (p. 309)

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