Hérésies chrétiennes primitives et sociétés secrètes – Partie 1
« Rien d’authentique n’a transpiré au sujet des doctrines des Druses ; la croyance populaire parmi leurs voisins, est qu’ils adorent une idole qui a la forme d’un veau. »
KING(), The Gnostics and their Remains
« Ô Seigneurs de la Vérité sans faute, qui tournez éternellement dans un cycle… délivrez-moi de l’annihilation de cette Région des Deux Vérités. »
Livre égyptien des Morts, ch. CXXV
« Pythagore considérait avec raison le Nom Ineffable de Dieu… comme la clé des Mystères de la Cabale. »
S. PANCOAST, Blue and Red Light, ch. 1
Nous passerons en revue dans les deux chapitres suivants, les plus importantes sectes secrètes chrétiennes, les prétendues « Hérésies » qui vinrent à l’existence entre le 1er et le IVème siècle de notre ère.
Jetons un coup d’œil rapide sur les Ophites et les Nazaréens, et passons à leurs rejetons qui existent encore en Syrie et en Palestine sous le nom de Druses du Mont Liban ; et non loin de Basra ou Bassorah, en Perse, « sous celui de Mendéens, ou Disciples de Saint Jean (Jean-Baptiste). Toutes ces sectes ont une relation directe avec notre sujet, car elles ont une parenté cabalistique et ont appartenu, une fois, à la « Religion-Sagesse » secrète, reconnaissant comme l’Un Suprême, le Dieu-Mystère au Nom Ineffable. En passant en revue ces nombreuses sociétés secrètes du passé, nous les comparerons directement avec quelques-unes des sociétés modernes. Nous terminerons avec un rapide coup d’œil sur les Jésuites, et sur ce vénérable cauchemar de l’Eglise Catholique Romaine, la Franc-Maçonnerie moderne. Toutes ces confréries modernes, ou anciennes – exception faite des Francs-Maçons modernes – étaient toutes plus ou moins en relation avec la magie – tant pratique que théorique ; et chacune d’elles, sans en excepter la Franc-Maçonnerie, étaient et sont encore accusées de pratiquer la démonolâtrie, le blasphème et le libertinage.
Nous n’avons pas l’intention de faire l’historique de ces sectes ; nous voulons seulement comparer ces communautés tant calomniées avec les sectes chrétiennes, du passé et du présent, et en nous guidant sur les faits historiques, présenter la défense de la science secrète et celle des hommes qui l’étudient et en sont les champions, contre toute accusation injuste.
Une par une, les sectes des premiers siècles ont sombré dans l’oubli des temps, n’en laissant subsister qu’une seule dans son intégrité primitive. Celle-là existe encore, ayant conservé intact l’enseignement de son fondateur, et qui prouve sa foi par des actes puissants. Les sables mouvants qui engloutirent toutes les autres excroissances de l’agitation du temps de Jésus, avec son histoire, ses reliques et ses traditions ont été pour elle un terrain ferme. Chassés de leur pays d’origine, ses membres se sont réfugiés en Perse, et aujourd’hui le voyageur peut s’entretenir avec les descendants directs des « Disciples de Jean-Baptiste », qui écoutèrent sur les bords du Jourdain « l’homme envoyé par Dieu », qui crurent en lui et par lui furent baptisés. Ce peuple étrange, d’environ 30.000 âmes, est appelé à tort les « Chrétiens de saint Jean-Baptiste », mais on devrait l’appeler par son ancienne dénomination de Nazaréens, ou suivant la nouvelle, les Mendéens.
L’appellation de Chrétiens qu’on leur donne est tout à fait sans fondement. Ils ne croient ni en Jésus comme Christ, ni n’acceptent son expiation ; ils ne font pas non plus partie de son Eglise et n’acceptent pas ses « Saintes Ecritures ». Ils n’adorent pas non plus le Dieu-Jéhovah des Juifs et des Chrétiens, ce qui prouve que leur fondateur, Baptiste, ne l’adorait pas non plus. S’il ne l’a pas fait, quel droit aurait-il à une place dans la Bible, ou dans la galerie de portraits des saints Chrétiens ? De plus, si Ferho était son Dieu, et qu’il était « l’envoyé de Dieu », il a dû être envoyé par le Seigneur Ferho, et c’est en son nom qu’il baptisait et qu’il prêchait ? Or, si Jésus fut baptisé par Jean-Baptiste, nous devons supposer qu’il fut baptisé suivant sa foi, par conséquent, Jésus aussi croyait à Ferho, ou Faho, comme ils l’appellent ; cette conclusion est certainement autorisée par le silence que Jésus observait au sujet du nom de son « Père ». Et pourquoi l’hypothèse que Faho n’est qu’une des nombreuses corruptions de Fho ou Fo, comme les Tibétains et les Chinois nomment le Bouddha, paraîtrait-elle ridicule ? Dans le nord du Népal, le Bouddha est plus souvent appelé Fo que Bouddha. Le livre de la Mahâvansa montre que dès le début l’œuvre de la propagande Bouddhiste commença dans le Népal ; et l’histoire nous enseigne que les moines Bouddhistes pullulaient en Syrie (735c1) (735c2) et Babylone dans le siècle avant notre ère, et que Bouddhasp (le Bodhisattva) le prétendu Chaldéen, fut le fondateur du Sabisme (736) ou baptisme !
Ce que croient réellement les Baptistes, el-Mogtasila, ou Nazaréens, a été longuement décrit d’autre part, car ce sont les vrais Nazaréens dont nous avons tant parlé, et du Codex desquels nous avons fait des citations. Persécutés et menacés d’annihilation, ils se réfugièrent dans la secte Nestorienne, et permirent ainsi qu’on les classât arbitrairement parmi les Chrétiens, mais dès que l’occasion s’en présenta, ils se séparèrent et aujourd’hui, depuis des siècles, ils ne méritent même pas nominalement cette appellation. Il est aisé de comprendre pourquoi les soi-disant écrivains ecclésiastiques continuent à leur donner ce titre. Ils connaissent trop de choses au sujet du Christianisme primitif pour qu’on les ignore complètement ; car ils pourraient témoigner contre lui, par leurs traditions, sans que le stigmate de l’hérésie et de l’apostasie dont on les qualifierait vienne détruire la confiance dans ce qu’ils pourraient dire.
Mais où la science trouvera-t-elle un champ de recherche biblique plus approprié que parmi ce peuple trop longtemps négligé. On ne peut révoquer en doute l’héritage de la doctrine de Jean-Baptiste ; leurs traditions sont sans lacune. Ce qu’ils enseignent aujourd’hui leurs ancêtres l’ont enseigné à toutes les époques où ils apparaissent dans l’histoire. Ce sont les disciples de ce Jean qui, dit-on annonça la venue de Jésus, le baptisa, et qui déclara qu’il (Jean) n’était pas digne de délier le cordon de ses souliers. Pendant que les deux – le Messager et le Messie – étaient debout dans le Jourdain, l’aîné consacrant le cadet – son propre cousin, humainement parlant – les cieux s’entrouvrirent et Dieu Lui-Même, sous la forme d’une colombe, descendit en un rayon de lumière sur son « Fils Bien-aimé ». Si ce récit est exact, comment devons-nous alors expliquer l’infidélité de la part des survivants de ces Nazaréens ? Loin de croire que Jésus est le Fils Unique de Dieu, ils affirmèrent aux missionnaires persans, qui les premiers les firent connaître aux Européens au XVIIème siècle que le Christ du Nouveau Testament était un « faux instructeur » et que la doctrine juive, de même que celle de Jésus (?) émanait du royaume des ténèbres ! Qui le sait mieux qu’eux ? Où trouverait-on un témoignage vivant plus compétent ? Le clergé chrétien veut nous forcer à reconnaître un Sauveur oint, annoncé par Jean, et les disciples de ce même Baptiste, dès les siècles les plus reculés, ont stigmatisé ce personnage idéal comme un imposteur et son Père putatif, Jéhovah, comme une « faux Dieu », l’Ilda Baoth des Ophites ! Ce sera un jour néfaste pour le Christianisme, celui où un lettré honnête et sans peur, persuadera leurs anciens de lui permettre de traduire leurs livres secrets et de compiler leurs antiques traditions ! C’est une illusion étrange qui fait croire à certains auteurs que les Nazaréens ne possèdent pas d’autre littérature sacrée, d’autres reliques que les quatre ouvrages doctrinaux et ce curieux volume d’astrologie et de magie qu’ils sont tenus de parcourir à l’heure du coucher du soleil, chaque jour du soleil (dimanche).
Cette recherche de la vérité, certes, nous oblige à traverser des voies tortueuses. Nombreux sont les obstacles que la ruse ecclésiastique a mis sur notre chemin pour nous empêcher de trouver la source primaire des notions religieuses. C’est le procès du Christianisme qu’on est en train de faire et on le fait depuis que la science s’est crue assez puissante pour prendre le rôle d’Accusateur Public. Le présent ouvrage expose une partie de ce procès. Quelle vérité il y a t-il dans cette Théologie ? Quelles sont les sectes qui l’ont transmise ? D’où vient-elle en premier lieu ? Pour y répondre il faudrait faire l’historique de la Religion Mondiale, aussi bien à travers les sectes chrétiennes secrètes, qu’à travers celles des autres grandes subdivisions religieuses de la race ; car la Doctrine Secrète est la Vérité et la religion qui l’a conservée la moins adultérée est celle qui se rapproche le plus du divin.
Notre recherche nous emporte de-ci, de-là, mais ce n’est jamais sans un but spécial que nous établissons une comparaison critique entre deux sectes fort éloignées les unes des autres en ordre chronologique. Il est important de tenir constamment en vue un des buts de notre ouvrage – l’analyse des croyances religieuses et la définition de leur transmission depuis le passé jusqu’à nos jours. La barrière la plus infranchissable a été celle du Catholicisme Romain ; et ce n’est que lorsque les principes secrets de cette religion auront été mis à jour, qu’on comprendra quel est le bâton de fer sur lequel elle s’appuie pour affermir ses pas chancelants.
Nous commencerons par les Ophites, les Nazaréens et les Druses modernes. L’opinion personnelle de l’auteur, telle qu’elle sera présentée dans les diagrammes, sera certainement en désaccord avec les notions de parti pris d’Irenee, de Theodoret d’Epiphane (le saint renégat qui vendit ses frères), et cela en ce qu’elle reflète les idées de certains cabalistes intimement reliés aux mystérieux Druses du Mont Liban. Les okhals syriaques, ou Spiritualistes, comme on les appelle quelquefois, possèdent de nombreux manuscrits anciens et des joyaux en rapports avec le sujet qui nous occupe.
Dès le début, ainsi que nous l’avons fait voir, la première doctrine, celle des Ophites, se différencie de la description donnée par les Pères, en ce qu’elle fait de Bythos, ou la Profondeur, une émanation féminine, et lui fixe une place qui répond à celle du Pleroma, mais dans une région beaucoup plus élevée ; tandis que les Pères nous affirment que les Gnostiques donnaient le nom de Bythos à la Cause Première. Comme dans la doctrine cabalistique, il représente le néant infini et sans bornes dans lequel se cache au sein des ténèbres le moteur Primordial Inconnu de toutes choses. Il L’enveloppe comme un voile ; somme toute, nous y reconnaissons la « Shekinah » de l’Aïn-Soph. Pris séparément, le nom de IAΩ, Iao, marque le centre supérieur, ou plutôt le point présumé où l’Inconnu est supposé séjourner. Autour de Iao, court la légende CEMEC ΕΙΛΑΜ ΑΒΡΑΣΑΞ. « L’Eternel Soleil Abrasax » (Le Soleil spirituel Central de tous les Cabalistes, représenté dans quelques-uns de leurs diagrammes par le cercle de Tiphereth).
De cette région de la Profondeur insondable, émerge un cercle formé par des spirales ; dans le langage symbolique ceci veut dire un grand cycle κυκλος, composé d’autres plus petits. Enroulé au centre, de manière à suivre les spirales, se trouve le serpent – l’emblème de la sagesse et de l’éternité – le Double Androgyne : le cycle représente Ennoïa, la pensée Divine, et le Serpent – l’Agathodaimon, Ophis – l’Ombre de la Lumière. Tous deux étaient les Logoï des Ophites ; ou l’unité comme Logos se manifestant comme le double principe du bien et du mal ; car, suivant leur manière de voir, ces deux principes sont immuables, et ont existé de toute éternité, comme ils continueront toujours à exister.
Ce symbole explique pourquoi cette secte adorait le Serpent, comme un Sauveur, enroulé soit autour du pain sacramentel soit autour du Tau. En tant qu’unité, Ennoïa et Ophis sont le Logos ; une fois séparés, l’un est L’Arbre de Vie (Spirituelle) ; et l’autre L’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal. Par conséquent nous voyons qu’Ophis conseille au premier couple humain – la production matérielle d’Ilda-Baoth, mais qui était redevable à Sophia-Achamoth de sa nature spirituelle – de manger du fruit défendu, bien qu’Ophis représente la Sagesse Divine.
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