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DIVISIONS PARMI LES PREMIERS CHRETIENS – Partie 6

Après dix-neuf siècles d’éliminations forcées de tout ce qui, dans les livres canoniques, pouvait mettre le chercheur sur la bonne voie, il est fort difficile de montrer, à la satisfaction de la science exacte, que les adorateurs « païens » d’Adonis, leurs voisins les Nazaréens, les Esséniens Pythagoriciens, les Thérapeutes guérisseurs (306c), les Ebionites et autres sectes, étaient tous, à de rares exceptions près, des adhérents aux anciens Mystères théurgiques. Malgré cela, nous établissons leur parenté, soit par analogie, soit en étudiant avec soin le sens caché de leurs rites et de leurs coutumes.

Il était donné à un contemporain de Jésus d’être l’instrument pour montrer à la postérité, en interprétant la littérature la plus ancienne des Israélites, jusqu’à quel point la philosophie de la cabale concordait, dans son ésotérisme, avec celle des plus profonds penseurs de Grèce. Ce contemporain, ardent disciple de Platon et d’Aristote, était Philon le Juif. Tout en commentant les livres mosaïques suivant la méthode purement cabalistique, il demeure le célèbre écrivain hébreu que Kingsley appelle le Père du Nouveau Platonisme.

Que les Thérapeutes de Philon étaient une branche des Esséniens, cela ne fait aucun doute : leur nom l’indique, Ε̉σσαι̃οί, Essaioi, médecins. Voilà la raison des contradictions, des fraudes et de toutes les ruses désespérées pour faire cadrer le canon juif avec la nativité galiléenne et sa divinité.

Luc, qui était médecin, est désigné dans les textes syriaques sous le nom de Asaïa, l’Essaien, ou l’Essénien. Josephe et Philon le Juif ont suffisamment décrit cette secte, pour ne laisser aucun doute dans notre esprit que le Réformateur Nazaréen, après avoir reçu son éducation dans leurs demeures situées dans le désert, et dûment initié aux Mystères, préféra l’existence libre et indépendante d’un Nazaria errant, et se sépara d’eux pour devenir un Thérapeute voyageur, un Nazaria, un guérisseur. Tout thérapeute, avant de quitter sa communauté, devait faire de même. Tant Jésus que saint Jean-Baptiste prêchèrent la fin de l’Age (307) ; cela prouve leur connaissance des computs secrets des prêtres et des cabalistes qui, avec les chefs des communautés esséniennes, possédaient seuls le secret de la durée des cycles. Ceux-ci étaient des cabalistes et des théurgistes ; « ils avaient leurs livres mystiques, et prédisaient l’avenir », nous dit Munk (308c).

Dunlap, dont les recherches personnelles, en ce sens, paraissent avoir été couronnées de succès, constate que les Esséniens, les Nazaréens, les Dosithéens, et quelques autres sectes, existaient toutes avant l’époque du Christ. Il nous dit : « Ils renonçaient aux plaisirs, méprisaient les richesses et s’aimaient les uns les autres, et à un plus haut degré que les autres sectes excluaient le mariage, considérant la conquête des passions comme une vertu (309) ».

Jésus prêcha toutes ces vertus ; et si nous devons accepter les Evangiles comme l’étalon de la vérité, le Christ était partisan de la métempsycose ou de la réincarnation, ainsi que l’étaient ces mêmes Esséniens qui, par leurs doctrines et leurs coutumes, étaient des Pythagoriciens. Jamblique affirme que le philosophe de Samos demeura pendant un certain temps avec eux au mont Carmel (310). Jésus, dans ses discours et ses sermons, parlait toujours en paraboles, et se servait de métaphores en s’adressant à son auditoire. C’était encore une coutume des Esséniens et des Nazaréens ; les Galiléens, qui habitaient dans les villes et les villages, ne faisaient jamais usage de langage allégorique. À vrai dire, quelques-uns de ses disciples étant, ainsi que lui, des Galiléens, s’étonnaient même de le voir faire usage de cette forme d’expression.  » – Pourquoi leur parles-tu en paraboles » lui demandèrent-ils souvent. « – Parce qu’il vous a été donné de connaître les Mystères du Royaume des Cieux, et que cela ne leur a pas été donné », fut la réponse, qui était celle d’un initié.  » – C’est pourquoi je leur ai parlé en paraboles, parce qu’en voyant ils ne voient point, et qu’en entendant ils n’entendent ni ne comprennent (311) ». Nous voyons, en outre, Jésus exprimer plus clairement encore sa pensée, et dans des phrases purement Pythagoriciennes lorsque, dans le Sermon sur la Montagne, il leur dit :

« – Ne donnez pas les choses saintes aux chiens,
Et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux ;
De peur qu’ils ne les foulent aux pieds,
Et ne se retournent et ne vous déchirent. »

Le professeur Wilder, l’éditeur des Eleusinian and Bacchic Mysteries de Taylor, remarque « la même disposition de la part de Jésus et de Paul() de diviser leurs doctrines en ésotériques et exotériques, les « Mystères du Royaume de Dieu », pour les apôtres, et les « paraboles » pour la multitude. « Nous prêchons la Sagesse, dit saint Paul, à ceux qui sont parfaits, (ou initiés) (312c). »

Dans les Mystères Eleusiniens et autres, les participants étaient toujours divisés en deux classes : les néophytes et les parfaits. Ceux-là étaient quelquefois admis à l’initiation préliminaire ; la représentation dramatique de Cérès, ou l’âme descendant dans le Hadès (313). Mais il n’était donné qu’aux « parfaits » de savourer et de connaître les Mystères du divin Elysium, la demeure céleste des bienheureux ; cet Elysium n’étant, incontestablement, rien d’autre que le « Royaume des Cieux ». Le nier ne serait que fermer les yeux à la vérité.

Le récit de l’Apôtre Paul(), dans sa seconde Epître aux Corinthiens (XII 2, 4.) a frappé nombre d’érudits, bien versés dans les descriptions des rites mystiques de l’initiation, données par quelques auteurs classiques, et faisant allusion, sans aucun doute, à l’Epoptéïa finale (314). « Je connais un homme, si ce fut dans son corps ou sans son corps, je ne sais, Dieu le sait, qui fut enlevé dans le Paradis et qui entendit des paroles ineffables qu’il n’est pas permis à un homme de redire. » Autant que nous le sachions, ces mots n’ont jamais été interprétés par les commentateurs comme une allusion à une vision béatifique d’un voyant « initié » ; mais la phraséologie ne prête pas à l’équivoque. Ces choses qu’il n’est pas permis de redire sont suggérées par les mots eux-mêmes, et la raison qu’on donne pour cela est la même que nous voyons répétée maintes et maintes fois par Platon, Proclus, Jamblique, Herodote et d’autres classiques. « Nous [ne] prêchons la SAGESSE [que] parmi les PARFAITS« , dit Paul() (315c), l’interprétation claire et non équivoque de cette phrase est : « Nous prêchons les doctrines ésotériques, profondes [ou finales], des Mystères (qu’on appelle la Sagesse) seulement parmi ceux qui sont initiés (316c). Par conséquent, en ce qui concerne l’homme qui fut « enlevé dans le paradis », et qui n’était autre que Paul() lui-même (317), le mot chrétien Paradis est venu remplacer celui d’Elyseum. Rappelons, pour rendre la preuve plus évidente, les paroles de Platon, déjà citées, qui nous dit qu’avant qu’un initié voie les Dieux dans leur lumière purifiée, il devait se libérer de son corps : c’est-à-dire en séparer son âme astrale (318c). Apulee décrit également son initiation aux Mystères de la même manière : « Je m’approchai des limites de la mort et, ayant foulé le seuil de Proserpine, je revins en arrière après avoir été transporté à travers tous les éléments. Dans la profondeur de la nuit, je vis briller le soleil d’une lumière resplendissante, avec les dieux infernaux et surnaturels, et m’approchant de ces divinités, je leur payai le tribut de mon adoration profonde (319). »

Ainsi en commun avec Pythagore et d’autres hiérophantes réformateurs, Jésus divisa son enseignement en exotérique et ésotérique. Poursuivant fidèlement la méthode Pythagorico-Essénienne, il ne se mit jamais à table sans « rendre grâce ». « Le Prêtre prie avant de se mettre à table » dit Josephe, en décrivant les Esséniens (320). De même Jésus divisait ses partisans en « Néophytes », « Frères » et « Parfaits », si nous pouvons en juger d’après les différences qu’il établissait entre eux. Mais sa carrière de Rabbin public fut de si courte durée, qu’elle ne lui permit pas d’établir une école propre, et, à l’exception peut-être de saint Jean(), il n’apparaît pas qu’il ait initié aucun autre apôtre. Les amulettes et les talismans Gnostiques sont, pour la plupart des emblèmes, des allégories apocalyptiques. Les « sept voyelles » ont un rapport étroit avec les « sept sceaux » ; et le titre mystique d’Abraxas participe autant de la composition du Schem Hamphorash, « la parole divine », ou nom ineffable, que le nom qu’on appelle : « la Parole de Dieu, que « personne ne connaît si ce n’est lui-même » (321c), ainsi que le dit saint Jean(p).

Il serait difficile d’échapper aux preuves indiscutables que l’Apocalypse est la production d’un initié de la Cabale, en constatant que cette Révélation reproduit des passages entiers des livres d’Enoch et de Daniel, ce dernier étant déjà un abrégé de celui-là ; et lorsque, de plus, nous nous rendons compte que les Gnostiques-Ophites, qui rejetaient en totalité, l’Ancien Testament, « comme émanant d’un être inférieur » (Jehovah) », acceptaient les plus anciens prophètes, tels que Enoch, en basant leur foi religieuse sur les enseignements de ce livre, la preuve est évidente. Nous démontrerons, en outre, la relation intime qui existe entre toutes ces doctrines. De plus, l’histoire de la persécution des magiciens et des philosophes par Domitien fournit une preuve, aussi bonne qu’une autre, que saint Jean(p) passait généralement pour un cabaliste. Comme l’apôtre était compris dans le nombre et que, de plus, il était fort noté, l’édit impérial le bannit non seulement de Rome, mais même du continent. Ce n’était pas aux Chrétiens – les confondant avec les juifs ainsi que le font plusieurs historiens – que l’empereur en voulait, mais aux astrologues et aux cabalistes (322c).

Les accusations contre Jésus, de pratiquer la magie égyptienne, étaient nombreuses et, à un moment donné, universelles dans les villes où il était connu. Les Pharisiens, ainsi que le dit la Bible, furent les premiers à les lui jeter à la face, bien que le Rabbin Wisi soit d’opinion que Jésus était, lui-même Pharisien. Le Talmud indique clairement que Jacques le juste faisait partie de cette secte (323) ; mais il est avéré que ces partisans lapidaient tous les prophètes qui dénonçaient leur mauvaise vie, et ce n’est pas sur ce fait que nous basons notre affirmation. Ils l’accusèrent de sorcellerie, et de chasser les démons par Belzébub, leur prince, avec autant de raison que le clergé Catholique, en usa plus tard, pour accuser de la même faute plus d’un innocent martyr. Mais Justin Martyr, affirme, en se basant sur de meilleures autorités, que ceux de son temps qui n’étaient pas juifs prétendaient que les miracles de Jésus étaient dus à l’art magique – – exactement la même expression dont se servaient les sceptiques d’alors pour désigner les exploits thaumaturgiques accomplis dans les temples païens. « Ils allèrent jusqu’à l’appeler un magicien et un trompeur du peuple », se récrie le martyr (324). Dans l’Evangile de Nicodeme, (les Actes de Pilate), les juifs formulent la même accusation devant Pilate. « Ne t’avons-nous pas dit qu’il est un magicien (325c) ? » Celse admet la même accusation et en bon Néoplatonicien qu’il est, il y croit (326). La littérature des Talmudistes est remplie de ces menus détails, et leur plus grande accusation contre Jésus est « qu’il pouvait voler aussi facilement que d’autres marchaient (327c) ». Saint Augustin affirme que l’opinion générale était qu’il avait été initié en Egypte et qu’il écrivit des livres traitant de la Magie, qu’il transmit à saint Jean(). Il y avait un ouvrage intitulé Magia Jesu Christi, qui était attribué à Jésus lui-même (328). Dans les Clementini Recognitiones, Jésus est accusé de ne pas avoir accompli ses miracles comme prophète juif, mais comme magicien, c’est-à-dire comme initié des temples « païens » (329c).

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